EST-CE LE BON MO­MENT POUR S’EN­DET­TER ?

L’aus­té­ri­té de ces der­nières an­nées se solde, en Eu­rope, par un échec. Le dé­bat se pour­suit pour­tant, en­tre­te­nu par les ta­li­bans de la ri­gueur qui, de Bruxelles à Francfort, conti­nuent de prê­cher la res­tric­tion bud­gé­taire en prome ant la pros­pé­ri­té pour p

La Presse Business (Tunisia) - - TENDANCE -

La stra­té­gie fi­nan­cière d’Al­tice fas­cine au­tant qu’elle in­ter­roge. Pour fi­nan­cer ses 52 mil­liards d’eu­ros d’ac­qui­si­tions, pro­fi­tant de taux bas, voire très bas, sur les mar­chés, le con­sor­tium luxem­bour­geois, fon­dé par Pa­trick Dra­hi, a eu mas­si­ve­ment re­cours à l’en­det­te­ment. Tant et si bien que, se­lon les cal­culs d’Al­phaVa­lue, sa dette conso­li­dée de­vrait at­teindre 45 mil­liards d’eu­ros à la fin de l’an­née pour un ex­cé­dent brut d’ex­ploi­ta­tion (Ebit­da) de 9 mil­liards. Soit un ra­tio de 5, bien éloi­gné des 3 ou 3,5, dé­crit par la plu­part des ana­lystes comme la ligne rouge à ne pas fran­chir. Dé­jà, dans un cli­mat gé­né­ral plus ten­du, les mar­chés com­mencent à dou­ter. Pour s’of­frir le câ­bloo­pé­ra­teur Ca­ble­vi­sion va­lo­ri­sé à 15,8 mil­liards d’eu­ros, Al­tice avait pré­vu une le­vée de fonds obli­ga­taire de 6,3 mil­liards. Mais, de­vant le peu d’en­train des in­ves­tis­seurs à sous­crire, le groupe a dû ré­duire la voilure à 4,8 mil­liards et aug­men­ter le ren­de­ment pro­po­sé. Il n’en fal­lait pas plus pour in­quié­ter les mar­chés sur les ca­pa­ci­tés de fi­nan­ce­ment d’Al­tice, qui a dé­vis­sé en Bourse la se­maine der­nière. Face à cette alerte, quatre conseils pour gé­rer un en­det­te­ment qui, s’il n’est pas mau­vais en soi, doit être te­nu au cor­deau, au re­gard de ses ca­pa­ci­tés.

Ana­ly­ser la de e non fi­nan­cière

« En se fo­ca­li­sant sur la dette fi­nan­cière, on ou­blie souvent la dette non fi­nan­cière qui est pour­tant tout aus­si im­por­tante » ,pré­vient Ré­gis Bégué, di­rec­teur de la re­cherche et de la ges­tion ac­tions chez La­zard Frères Ges­tion. Pro­vi­sions pour charges cer­taines, pro­vi­sions pour dé­penses in­cer­taines, pro­vi­sions pour im­pôts dif­fé­rés... De nom­breuses en­tre­prises y sont confron­tées : BP avait ain­si dû pré­voir 50 mil­liards de dol­lars à la suite

«Dans le cadre d’une ac­qui­si­tion, plus vous vous ende ez, plus ce­la fait grim­per votre cours de Bourse, plus ce­la fa­ci­lite votre re­fi­nan­ce­ment par aug­men­ta­tion

de ca­pi­tal, ana­lyse Ré­gis Bégué.

de la ma­rée noire dans le golfe du Mexique, EDF avait, à la fin 2013, pro­vi­sion­né près de 43 mil­liards d’eu­ros pour an­ti­ci­per les re­tom­bées de son ac­ti­vi­té nu­cléaire, et, plus ré­cem­ment, Volks­wa­gen a an­non­cé une pro­vi­sion de 6,5 mil­liards d’eu­ros après la ré­vé­la­tion du scan­dale des tests tru­qués. «C’est en fonc­tion de cet en­det­te­ment non fi­nan­cier que l’en­tre­prise pour­ra dé­ter­mi­ner sa ca­pa­ci­té d’en­det­te­ment fi­nan­cier» , as­sure

Ré­gis Bégué.

Le bon pro­jet au bon mo­ment

Si l’en­det­te­ment est struc­tu­rel, comme dans le cas d’Ar­ce­lorMit­tal, les in­ves­tis­seurs le ver­ront d’un plus mau­vais oeil que s’il vise à fi­nan­cer un dé­ve­lop­pe­ment. «Mais, pour convaincre, une ac­qui­si­tion doit ré­pondre à cer­tains cri­tères de ren­ta­bi­li­té : il faut des sy­ner­gies de coût, de crois­sance et de vente» , sou­ligne Jean-Mi­chel Ca­rayon, se­nior vice-pré­sident de Moo­dy’s France. At­ten­tion, tou­te­fois, aux illu­sions à court terme. «Le coût moyen pon­dé­ré du ca­pi­tal est le vrai in­di­ca­teur à ob­ser­ver, af­firme Ré­gis Bégué. Quand il in­ves­tit dans un puits de pé­trole, un pé­tro­lier exige un re­tour sur in­ves­tis­se­ment mi­ni­mum de 15 %, car le coût moyen pon­dé­ré du ca­pi­tal est de 9 ou 10 %, bien loin des 3 % que lui coûte, fa­cia­le­ment, sa dette». Mais, au-de­là de la qua­li­té du

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