MAR­CHÉ OBLI­GA­TAIRE

Les au­to­ri­tés mo­né­taires ont tout à ga­gner du dy­na­misme du mar­ché obli­ga­taire.

La Presse Business (Tunisia) - - BOURSE -

Tant que le vent de dy­na­misme ne souffle pas sur le mar­ché obli­ga­taire, les marges de ma­noeuvres de la po­li­tique mo­né­taire res­te­ront très étroites”. Franc et di­rect, comme à l’ac­cou­tu­mée, l’éco­no­miste Moez Laâ­bi­di es­time, dans une d’ana­lyse éla­bo­rée pour le compte de l’in­ter­mé­diaire en Bourse MacSa, que l’his­toire ré­cente de la crise fi­nan­cière des sub­primes a mon­tré à quel point le dy­na­misme du mar­ché obli­ga­taire, et plus pré­ci­sé­ment l’ac­ti­va­tion du com­par­ti­ment se­con­daire de ce mar­ché, pour­rait amé­lio­rer l’ef­fi­ca­ci­té de la po­li­tique mo­né­taire. En cas de dé­gra­da­tion de la conjonc­ture éco­no­mique et de mon­tée des pres­sions ré­ces­sion­nistes, les Banques cen­trales se­ront ame­nées à bais­ser leurs taux di­rec­teurs. Or, dans cer­tains cas, les taux d’in­té­rêt at­ter­rissent dans la zone de trappe à li­qui­di­té et l’éco­no­mie ne dé­marre pas. Dans une telle si­tua­tion, les au­to­ri­tés mo­né­taires pour­raient re­cou­rir au mar­ché obli­ga­taire pour ac­ti­ver les ins­tru­ments non conven­tion­nels (Quan­ti­ta­tive ea­sing, Cre­dit ea­sing, Ope­ra­ti on twist, …). Seuls les éco­no­mies dis­po­sant d’un mar­ché obli­ga­taire dy­na­mique pour­ront re­cou­rir à ce type d’ins­tru­ment. Dans le cadre de ces po­li­tiques, les Banques cen­trales in­ter­viennent sur le com­par­ti­ment se­con­daire du mar­ché obli­ga­taire pour ache­ter des titres longs, pous­sant les cours des obli­ga­tions vers la hausse et en­traî­nant la baisse des taux d’in­té­rêt à long terme. Dans cette note in­ti­tu­lée « Le sti­mu­lus mo­né­taire de la BCE est-il à la por­tée de la BCT ? », Laâ­bi­di af­firme que cette op­por­tu­ni­té n’est pas of­ferte aux éco­no­mies en dé­ve­lop­pe­ment, dont le mar­ché obli­ga­taire se­con­daire est qua­si in­exis­tant, comme c’est le cas de la Tu­ni­sie.

UN DY­NA­MISME CONDI­TION­NÉ

L’in­ter­ven­tion de la Banque cen­trale sur le mar­ché obli­ga­taire se­rait très utile pour contre­car­rer l’es­souf­fle­ment des ins­tru­ments mo­né­taires conven­tion­nels. D’une part, les opé­ra­tions d’achat de titres sou­ve­rains pour­ront faire bais­ser les taux longs et du coup, al­lé­ger les condi­tions de fi­nan­ce­ment des en­tre­prises (in­ves­tis­se­ments) et des mé­nages (in­ves­tis­se­ments im­mo­bi­liers et consom­ma­tion). D’autre part, dans une si­tua­tion de grip­page du ca­nal ban­caire, les Banques cen­trales peuvent être ame­nées à in­ter­ve­nir di­rec­te­ment sur le com­par­ti­ment cor­po­rate du mar­ché obli­ga­taire pour ache­ter les titres des en­tre­prises. Les au­to­ri­tés mo­né­taires ont tout à ga­gner du dy­na­misme du mar­ché obli­ga­taire et de l’émer­gence d’une courbe de ren­de­ment (yield curve), in­dis­pen­sable pour bench­mar­ker les autres émis­sions et aus­si pour gui­der les an­ti­ci­pa­tions des opé­ra­teurs (For­ward gui­dance). Ce dy­na­misme exige un cer­tain nombre de condi­tions : - du cô­té des émet­teurs, plus de fer­me­té pour an­crer la cul­ture de la bonne gou­ver­nance afin de mieux ré­pondre aux exi­gences des émis­sions obli­ga­taires (ra­ting, pros­pec­tus …); - du cô­té des sous­crip­teurs, il fau­drait adop­ter une ges­tion dy­na­mique des titres obli­ga­taires en ins­tau­rant la va­lo­ri­sa­tion « mark-to-mar­ket » du por­te­feuille obli­ga­taire et en dé­lais­sant le com­por­te­ment de « buy & hold », qui jus­ti­fie l’at­ta­che­ment à une va­lo­ri­sa­tion au «prix his­to­rique»; - du cô­té du ré­gu­la­teur, une réelle vo­lon­té po­li­tique s’im­pose. Elle pour­rait se tra­duire par la fer­me­té dans l’ap­pli­ca­tion du texte ré­gle­men­taire et la sou­plesse des pro­cé­dures d’émis­sion des em­prunts obli­ga­taires..

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