DES CONTRATS ORAUX

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCIAL TIMES -

Blatter vient de la pe­tite ville mon­ta­gnarde de Visp (7.500 ha­bi­tants), à en­vi­ron deux heures de Zu­rich en train. Ca­tho­lique ro­main, il a l’in­ten­tion d’y ren­trer pour la Toussaint. Son père tra­vaillait dans une usine chi­mique, et sa fille unique, Co­rinne, vit tou­jours là-bas, où elle en­seigne l’an­glais. Il a une pe­tite-fille de 14 ans, bap­ti­sée Se­le­na. Blatter ad­met que ses pro­blèmes l’ont frap­pée du­re­ment. «Je pense qu’elle souffre plus que moi», dit-il, lais­sant en­tendre que les cri­tiques coulent sur lui, alors qu’elle les prend per­son­nel­le­ment. Quand je de­mande à Blatter ce qu’il pense de Pla­ti­ni, il s’adosse au dos­sier de sa chaise, fait une pause, puis donne une ré­ponse de di­plo­mate, mais ten­due. «Pla­ti­ni fut un joueur ex­cep­tion­nel. C’est un type bien. Il pour­rait être un bon suc­ces­seur, oui. On pré­voyait, à une époque, qu’il al­lait me suc­cé­der». Pla­ti­ni est tou­jours dans la course pour la pré­si­dence de la Fi­fa, mais sa cam­pagne a dé­raillé quand il a été sus­pen­du en même temps que Blatter. Un ver­se­ment de la Fi­fa de 2 mil­lions de francs suisses sur son compte ban­caire, en 2011, a fait sur­face. «Il n’est pas né­ces­saire de ré­di­ger un contrat […] pour la loi suisse», pré­cise Blatter à pro­pos du vi­re­ment en fa­veur de Pla­ti­ni, ajou­tant que même des té­moins ne sont pas né­ces­saires. «Les ac­cords d’une poi­gnée de main sont va­lides. Le sys­tème an­glo-saxon n’est pas le même que le sys­tème ici, en Eu­rope cen­trale». Il a rai­son. La loi suisse ad­met les contrats oraux, mais je sou­ligne que ce n’est pas la pra­tique des grandes en­tre­prises. «Mais nous sommes un club», ré­pond-il. Quand je lui fais re­mar­quer que ce ver­se­ment n’a pas été comp­ta­bi­li­sé, il met un terme au su­jet. Si Blatter ad­met l’idée d’une ré­forme de la Fi­fa – «Il doit y avoir plus que quelques chan­ge­ments» –, il n’a au­cune gêne vis-à-vis de la cul­ture des poi­gnées de mains, des fa­veurs et des ac­cords se­crets qu’il a culti­vée. «Le sys­tème n’est pas mau­vais», juge-t-il, en ajou­tant que s’il avait été au­to­ri­sé à res­ter pré­sident, «alors nous se­rions sur le bon che­min». Son suc­ces­seur, se­lon lui, ne de­vrait pas ten­ter de chan­ger ce qu’il a créé. Je lui pose la ques­tion de l’ar­gent, des al­lé­ga­tions de fraudes et de cor­rup­tion qui le pour­suivent de­puis des an­nées. A-t-il, lui ou des per­sonnes tra­vaillant en son nom, ja­mais payé en es­pèces le sou­tien de membres de la Fi­fa ? Il in­voque ses pa­rents pour tout nier en bloc. «Nous avons un prin­cipe dans notre fa­mille. Le prin­cipe de base est de ne prendre de l’ar­gent que si vous l’avez ga­gné. Deuxiè­me­ment, de ne pas don­ner de l’ar­gent à qui­conque dans le but d’ob­te­nir l’avan­tage. Et le troi­sième : si vous de­vez de l’ar­gent, payez vos dettes. Ce sont des prin­cipes que j’ai sui­vis de­puis que [j’ai] 12 ans», dit-il. «C’est pour­quoi j’af­firme que ma conscience, pour ce qui concerne l’ar­gent, est to­ta­le­ment propre et trans­pa­rente». Est-il riche ? Non, ré­pond-il. Il ne gagne que ce que la Fi­fa lui verse, une somme qu’il re­fuse de com­mu­ni­quer car la Fi­fa pu­blie en un seul chiffre l’en­semble des émo­lu­ments de son équipe de di­rec­tion. L’an der­nier, la Fi­fa a payé 39,7 mil­lions de dol­lars au «per­son­nel clé de la di­rec­tion». «Ce que je fais avec mon ar­gent ? Ma fille a un ap­par­te­ment. J’ai un ap­par­te­ment, un ici et un là-bas. C’est tout. Je ne dé­pense pas de l’ar­gent juste pour mon­trer que j’ai de l’ar­gent. Si vous

«Ma ré­pu­ta­tion est gâ­chée parce que j’ai été consi­dé­ré comme le res­pon­sable de tout. Mais ce que je laisse ne

se­ra pas tou­ché.»

pre­nez les Suisses les plus riches, je ne suis pas dans les 3.000 pre­miers parce qu’ils en sont à 25 mil­lions de dol­lars». Après un si­lence, il ex­pose ce qu’il es­time être ses deux prin­ci­pales réus­sites à la Fi­fa : le pro­jet Goal, qui en­voie des mil­lions de dol­lars aux pays les plus pauvres et se targue d’avoir construit plus de 700 ter­rains de foot­ball de­puis 1998, et la dé­ci­sion de faire tour­ner la Coupe du monde d’un conti­nent à l’autre, et sur­tout de

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