UN CERCLE VER­TUEUX

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCIAL TIMES -

À ses dires, il a créé un cercle ver­tueux : la Fi­fa aide les en­fants des pays en dé­ve­lop­pe­ment à jouer au foot en construi­sant pour eux des ter­rains de sport. Elle en bé­né­fi­cie quand ils rentrent chez eux et re­gardent les grands matches à la TV. Ce tra­vail, in­siste-t-il, ne pour­ra pas être dé­fait. «Ma ré­pu­ta­tion est gâ­chée parce que j’ai été at­ta­qué, bru­ta­le­ment, comme le res­pon­sable de tout. Mais ce que je laisse ne se­ra pas tou­ché». Avec le re­cul, il se de­mande s’il n’au­rait pas été mieux pour lui de se re­ti­rer quand il était au som­met, après la Coupe du monde 2014 au Bré­sil. Quand je l’in­ter­roge sur l’af­faire ISL, qui a ré­vé­lé en 2008 qu’une agence de spor­tifs, fon­dée par Horst Dass­ler de Adi­das, avait ver­sé 138 mil­lions de francs suisses en pots-de-vin à des membres haut pla­cés de la Fi­fa, Blatter re­fuse d’abor­der le su­jet. Il n’a été ju­gé cou­pable d’au­cune mal­ver­sa­tion et, dit-il, l’af­faire est main­te­nant close. Il plai­sante sur la «double ac­cu­sa­tion» : «Pour la loi amé­ri­caine, vous ne pou­vez pas être condam­né deux fois !». Je rap­pelle une autre af­faire, aux ÉtatsU­nis, en 2006, quand la Fi­fa a ver­sé un dé­dom­ma­ge­ment de 90 mil­lions de dol­lars à Mas­terCard pour avoir re­nié un contrat pour en si­gner un autre, plus lu­cra­tif, avec Vi­sa. «Nous n’avons pas été très très fu­tés», ad­met Blatter. «C’était nul. Mais par­fois, parce que vous tra­vaillez dur, vous faites des er­reurs. Vous ne pou­vez juste pas pendre tout le monde». Comme nous pas­sons en re­vue les ques­tions épi­neuses de sa for­tune, de la cor­rup­tion et de l’opa­ci­té de la Fi­fa, Blatter reste calme. Il es­time être un homme contre qui on a plus pé­ché qu’il n’a pé­ché lui-même, et il ré­pète qu’il a peu de contrôle sur le com­por­te­ment du co­mi­té exé­cu­tif de la Fi­fa. Ce n’est pas lui qui a nom­mé ses membres mais les six fé­dé­ra­tions conti­nen­tales de foot­ball. «Des re­grets ? Je n’ai pas de re­grets», dit-il. «Le seul re­gret que j’ai est que dans ma vie dans le foot­ball, je suis un homme très gé­né­reux en pen­sées, je crois que les gens sont bien ; et puis j’ai réa­li­sé que la plu­part du temps j’ai été, di­sons, pié­gé par les gens. Vous faites confiance à 100% et puis vous voyez que toute cette confiance a juste ser­vi pour ob­te­nir un avan­tage ou un autre. Je ne l’ai pas fait seule­ment une fois, je l’ai fait plus d’une fois. Je dois sup­por­ter ce­la, et je le sup­porte».

LA SUISSE NE L’A PAS PRO­TÉ­GÉ

En at­ten­dant, il fus­tige la Suisse pour ne pas l’avoir pro­té­gé. «Je suis un ci­toyen suisse. J’ai même été un sol­dat ! J’ai été le com­man­dant d’un ré­gi­ment de 3.500 per­sonnes. J’ai ser­vi mon pays !» pro­teste-t-il, en se ré­fé­rant à ses états de ser­vice dans les an­nées 60 comme co­lo­nel du Com­man­de­ment de l’uni­té d’ap­pro­vi­sion­ne­ment de l’ar­mée suisse du­rant la guerre froide. Ces der­niers temps, il ne lui reste plus beau­coup d’al­liés. Il dit qu’il a comp­té sur les doigts d’une main le nombre d’amis au­quel il a pu faire ap­pel lors­qu’il a dû dé­ci­der s’il de­vait se re­ti­rer ou non après toutes ces an­nées au som­met du foot­ball. Il ad­met que sa ré­pu­ta­tion a été rui­née. Mais

«Si vous aviez vu mon vi­sage quand je l’ai ou­verte la lettre, je n’étais pas l’homme le plus heu­reux du monde d’avoir à dire que c’était le Qa­tar. Ab­so­lu­ment pas».

il ne peut pas s’ar­rê­ter. Il reste fier du tra­vail d’une vie. «Quel­qu’un d’autre au­rait-il pu le faire ? S’il était as­sez fou pour ne vivre que pour le foot­ball, alors il pour­rait l’avoir fait. Mais il est dif­fi­cile de trou­ver des gens qui ont été dans ce sport pas seule­ment avec leur corps, pas seule­ment avec leur es­prit, ou leur coeur, mais avec leur âme. Et j’étais de­dans. Et si vous me de­man­dez ce que je vais faire plus tard, je suis tou­jours de­dans.»

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.