SI­LENCE VAUT AS­SEN­TI­MENT

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Ré­dac­teur en chef

L’ad­mi­nis­tra­tion freine l’in­ves­tis­se­ment. Son in­dif­fé­rence dé­cou­rage plus d’un por­teur de pro­jets, sur­tout ceux in­no­vants. Com­bien de jeunes li­vrés à eux­mêmes dans les ronces in­ex­tri­cables des pro­cé­dures ad­mi­nis­tra­tives fi­nissent par bais­ser les bras ? Non parce qu’ils ont re­çu un avis dé­fa­vo­rable, mais parce qu’ils n’ont tou­jours pas eu de ré­ponse. Leurs rêves volent en éclats tout sim­ple­ment à cause de cette iner­tie ad­mi­nis­tra­tive. Certes, des cir­cu­laires ex­hortent et obligent même les ad­mi­nis­tra­tions à ré­pondre aux re­quêtes des ci­toyens dans un dé­lai de quinze jours. N’em­pêche, le re­qué­rant est com­plè­te­ment dé­bous­so­lé par ce ba­gue­nau­dage ad­mi­nis­tra­tif entre les di­verses struc­tures qui ren­voient aux ca­lendes grecques une ré­ponse qui n’ar­ri­ve­ra ja­mais. Pour mettre fin au cal­vaire des ci­toyens, des in­ves­tis­seurs et des en­tre­prises, la France, par exemple, se sont ins­pi­rés de l’adage arabe : «Si­lence vaut as­sen­ti­ment» (as­sou­kout alé­met er­rid­ha). Ain­si, le se­cré­taire d’État fran­çais, char­gé de la Ré­forme de l’État ; a pré­sen­té les pro­jets de dé­crets met­tant en oeuvre cette maxime au sein des ad­mi­nis­tra­tions d’État. Vé­ri­table ré­vo­lu­tion ad­mi­nis­tra­tive au pro­fit des par­ti­cu­liers et des en­tre­prises qui ne ver­ront plus leurs droits bafoués par l’in­dif­fé­rence ad­mi­nis­tra­tive. La France marque ain­si l’abou­tis­se­ment d’un chan­tier ma­jeur, pla­cé au coeur de la sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures. Cette «ré­vo­lu­tion ju­ri­dique» du «si­lence vaut as­sen­ti­ment» a pour am­bi­tion de ré­ta­blir le lien entre les ci­toyens et leur ad­mi­nis­tra­tion, en ac­cé­lé­rant les dé­lais de ré­ponse à leurs de­mandes. Ce prin­cipe se sub­sti­tue­ra à la règle «si­lence va­lant re­jet», vieille de 150 ans. L’ab­sence de ré­ponse de l’ad­mi­nis­tra­tion se­ra dé­sor­mais créa­trice de droits. La nou­velle règle ne dis­pen­se­ra pas cette ad­mi­nis­tra­tion de son de­voir de ré­pondre dans les meilleurs dé­lais aux de­mandes qui lui sont adres­sées. Le nou­veau prin­cipe per­met­tra en re­vanche d’as­su­rer que les éven­tuels re­tards de l’ad­mi­nis­tra­tion ne pré­ju­di­cie­ront plus aux de­man­deurs. Hors ex­cep­tions fon­dées sur la Cons­ti­tu­tion et les en­ga­ge­ments in­ter­na­tio­naux, ce sont main­te­nant près des deux tiers des ré­gimes d’au­to­ri­sa­tion qui sont dé­sor­mais sou­mis à la règle du « si­lence vaut as­sen­ti­ment», soit près de 1.200 pro­cé­dures. Des pro­cé­dures aus­si concrètes que celles de la va­li­da­tion des ac­quis de l’ex­pé­rience, l’ins­crip­tion en pre­mière an­née à l’uni­ver­si­té ou en­core l’im­ma­tri­cu­la­tion au ré­per­toire des mé­tiers entrent dé­sor­mais dans le champ de ce prin­cipe. Au ser­vice des par­ti­cu­liers, comme des en­tre­prises, cette évo­lu­tion marque une avan­cée im­por­tante dans les re­la­tions entre les ci­toyens et leur ad­mi­nis­tra­tion et consti­tue ain­si un puis­sant ou­til de ré­forme ad­mi­nis­tra­tive et de mo­der­ni­sa­tion de l’ac­tion pu­blique. Au-de­là de l’as­pect quan­ti­ta­tif, qui montre le ca­rac­tère sys­té­ma­tique et vo­lon­ta­riste de la dé­marche de sim­pli­fi­ca­tion, cette ju­ris­pru­dence s’ap­pli­que­ra au quo­ti­dien à des pro­cé­dures qui ont un im­pact réel sur la vie des Fran­çais et des en­tre­prises, et té­moigne, con­crè­te­ment et sur une très grande di­ver­si­té de champs, des avan­cées de la sim­pli­fi­ca­tion. Voi­là en­core une no­tion qui émane bien de chez nous, mais qui fait for­tune

ac­cord…■ ailleurs. Qu’en pense le gou­ver­ne­ment ? Vous l’avez de­vi­né, son si­lence vau­drait

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