FABLE DE LA BCT

La Presse Business (Tunisia) - - POST-SCRIPTUM - Par Saous­sen BOULEKBACHE

Le sta­tut de la BCT a été, la se­maine der­nière, sou­mis à l’exa­men à l’As­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple (ARP). Ou plu­tôt, il y a été li­vré en pâ­ture. Du fait de son ca­rac­tère hau­te­ment tech­nique, on tou­chait là, à la li­mite de l’exer­cice dé­mo­cra­tique. Seuls, en ef­fet, quelques spé­cia­listes pou­vaient vrai­ment ar­gu­men­ter sur les dis­po­si­tions d’un texte qui va re­loo­ker la Grande dame de l’ave­nue Hé­di-Noui­ra. Une simple opé­ra­tion de chi­rur­gie es­thé­tique, es­timent les uns ; pour d’autres, c’est car­ré­ment de la chi­mio­thé­ra­pie. Dans tous les cas, l’au­to­ri­té mo­né­taire, celle-là même qui, jusque-là, est la gar­dienne du temple en ma­tière de sta­bi­li­té mo­né­taire et de maî­trise de l’in­fla­tion, ne de­vait plus tout à fait être la même. Tout, en l’oc­cur­rence, était pos­sible. La nou­velle BCT pour­rait bien n’être que l’an­cienne, to­ta­le­ment dé­fi­gu­rée ; un monstre ma­gis­tra­le­ment in­dé­pen­dant et aux pou­voirs illi­mi­tés. Le nou­veau-né pour­rait aus­si n’être qu’une belle co­quille, mais to­ta­le­ment vi­dée de son es­sence. Tout dé­pen­dait de la bonne vo­lon­té de nos re­pré­sen­tants au Bar­do, avo­cats de mé­tier pour la ma­jo­ri­té d’entre eux et, pour les autres, de for­ma­tion… lit­té­raire, c’est-à-dire dont le cur­sus, la for­ma­tion et l’ex­per­tise sont à des an­nées-lu­mière des rouages de la fi­nance, de la po­li­tique mo­né­taire et de tout ce qui ré­git le « bon » fonc­tion­ne­ment d’une banque cen­trale. De­puis deux se­maines, donc, des dé­pu­tés ont dé­ci­dé de pas­ser leurs nuits de­bout à re­faire le monde, sous les yeux com­plices et cu­rieux de ceux qui voient par­tout la main invisible et ma­lé­fique du FMI. Ici, on ré­clame des têtes, à com­men­cer par celle du gou­ver­neur, là, on prône la dé­mo­cra­tie par l’élec­tion de ce même gou­ver­neur ; là en­core, on ap­pelle à la des­truc­tion glo­bale du sys­tème ca­pi­ta­liste. De vieilles lunes anar­cho-syn­di­ca­listes y cô­toient des rêves aus­si in­sen­sés que de vou­loir confier la « ges­tion » d’un pou­lailler à un loup ! Cha­cun fut d’avis qu’il ne fal­lait pas confier une bou­teille d’encre sans bou­chon à un en­fant qui a un pan­ta­lon neuf. Le nou­veau sta­tut de la BCT a en­fin été adop­té, mais per­sonne ne sait en­core si les pou­voirs de ce nou­veau-né se­ront an­gé­liques ou dé­mo­niaques.

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