Si l’Ins­tance était un mi­nis­tère au­rait-elle fait face aux mêmes dif­fi­cul­tés ?

La Presse Business (Tunisia) - - EN COUVERTURE -

L’Ins­tance ne peut ja­mais être un mi­nis­tère. Nous n’al­lons pas in­ven­ter la roue. Il y a des cri­tères et des stan­dards in­ter­na­tio­naux en ma­tière de lutte contre la cor­rup­tion qui im­posent la créa­tion d’une ins­tance spé­cia­li­sée et in­dé­pen­dante. En fait, dans la ma­jo­ri­té des cas, les af­faires de cor­rup­tion concernent sur­tout des res­pon­sables de l’exé­cu­tif. Et ce n’est pas propre à la Tunisie, c’est une règle mon­diale. L’Ins­tance ne peut donc être sous la tu­telle d’un pou­voir qu’elle doit suivre et fouiller dans ses dos­siers.

Est-ce que l’Ins­tance est étanche à la cor­rup­tion ?

Cer­tai­ne­ment. Nous res­pec­tons tous les re­com­man­da­tions de la conven­tion in­ter­na­tio­nale en ma­tière de lutte contre la cor­rup­tion. Il y a plu­sieurs garde-fous mis en place qui em­pêchent la cor­rup­tion de s'in­fil­trer au sein de l’Ins­tance.

L’adage dit : «Aux grands maux, les grands re­mèdes», donc de gros moyens. La cor­rup­tion est l’un des grands maux de la Tunisie. Dis­po­sez-vous des moyens né­ces­saires pour me­ner à bien votre mis­sion ?

Il est vrai que le mi­nistre des Fi­nances a pro­mis une en­ve­loppe de 7,4 mil­lions de di­nars pour l’Ins­tance, mais on at­tend tou­jours la concré­ti­sa­tion de cette pro­messe. Les stan­dards in­ter­na­tio­naux sti­pulent qu’un pays qui veut lut­ter conve­na­ble­ment contre la cor­rup­tion doit mo­bi­li­ser un dol­lar par tête d’ha­bi­tant. Nor­ma­le­ment, dans cette lo­gique, l’Ins­tance de­vrait bé­né­fi­cier d’un bud­get de plus de 22 mil­lions de di­nars. J’ajoute que les stan­dards parlent de si­tua­tion nor­male, alors que la Tunisie est dans une si­tua­tion cri­tique où la cor­rup­tion bat son plein. Le pré­sident de la Ré­pu­blique m’a as­su­ré qu’il fe­ra tout pour do­ter l’Ins­tance des moyens né­ces­saires, le chef du gou­ver­ne­ment aus­si. Il faut, main­te­nant, concré­ti­ser ces pro­messes. Il est temps de do­ter l’Ins­tance des moyens né­ces­saires pour qu’elle puisse tra­vailler conve­na­ble­ment.

De ma­nière gé­né­rale, qu’est-ce qui manque au sys­tème de lutte contre la cor­rup­tion ?

Il manque une stra­té­gie na­tio­nale. Il manque une vo­lon­té na­tio­nale concrète qui se ma­ni­feste par une stra­té­gie na­tio­nale. Il faut évi­ter la confu­sion entre stra­té­gie na­tio­nale et stra­té­gie gou­ver­ne­men­tale. Celle-ci n’est qu’un élé­ment du sys­tème. La stra­té­gie gou­ver­ne­men­tale est es­sen­tielle, mais dans un cadre glo­bal. Il fau­drait éta­blir une feuille de route, as­si­gner les res­pon­sa­bi­li­tés, dres­ser des bi­lans… Nous ne pou­vons lut­ter contre la cor­rup­tion uni­que­ment avec une stra­té­gie gou­ver­ne­men­tale.

Ce n’est pas à vous d’ini­tier la ré­flexion sur une stra­té­gie na­tio­nale ?

Nous sommes en train de le faire. Il y a un pro­jet de plan pour une stra­té­gie na­tio­nale et j’ap­pelle le gou­ver­ne­ment, le Par­le­ment, les médias et la so­cié­té ci­vile à se joindre à nous pour nous concer­ter au­tour d’une stra­té­gie na­tio­nale de lutte contre la cor­rup­tion.

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