LA PSEU­DO-THÉO­RIE DU “PEAK OIL”

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCIAL TIMES -

La théo­rie du “peak oil” fait par­tie d’une idéo­lo­gie plus large se­lon la­quelle la Terre est quelque chose de fi­ni. Il s’agit en réa­li­té d’une ma­ni­pu­la­tion in­tel­lec­tuelle réunis­sant les com­pa­gnies pé­tro­lières, l’Opep et les éco­lo­gistes, trois par­ties ayant in­té­rêt à avoir des prix du pé­trole éle­vés. Cette idée du “peak oil” se nour­rit du fan­tasme de l’épui­se­ment des res­sources de ma­tières pre­mières. Une ap­proche vé­hi­cu­lée de­puis plu­sieurs dé­cen­nies. Il n’y a qu’à se sou­ve­nir des pré­vi­sions des an­nées 70 du Club de Rome qui ta­blaient sur la fin des ma­tières pre­mières à dix, vingt ou trente ans. Pour par­ler du pé­trole, l’idée est que les ré­serves sont connues et fi­nies. Comme les res­sources sont li­mi­tées, chaque ex­trac­tion de ba­ril non com­pen­sée par de nou­velles dé­cou­vertes de pé­trole nous rap­proche du jour où les ré­serves com­mencent à di­mi­nuer (peak oil) pour al­ler jus­qu’à l’épui­se­ment. En 1973, on par­lait d’un ho­ri­zon à 30 ans, ce qui ame­nait ce mo­ment fa­tal à 2003. Or qu’a-t-on vu à cette date ? Rien, na­tu­rel­le­ment. Cet ho­ri­zon du peak oil ne cesse pas de re­cu­ler à me­sure qu’on avance… Au­jourd’hui, les te­nants de l’épui­se­ment des res­sources parlent tou­jours d’un ho­ri­zon à trente ans, ce qui im­plique un pas­sage par le peak oil d’ici dix ans. Mais cette ap­proche n’est en rien per­ti­nente car elle re­pose sur l’idée que les ré­serves sont connues. Or, et c’est le point cru­cial de la dé­mons­tra­tion, le vo­lume des ré­serves est in­con­nu. D’abord le cal­cul des ré­serves est en soi com­pli­qué : re­po­sant sur une pro­ba­bi­li­té ba­sée sur les dé­cou­vertes les plus ré­centes, il est sans cesse ré­vi­sé. En­suite et sur­tout, le mon­tant des ré­serves dé­pend à la fois de la phy­sique, des ca­pa­ci­tés tech­no­lo­giques et du prix que l’on est prêt à y mettre. Phy­si­que­ment, on n’a au­cune idée de ce qu’il y a dans le sous-sol en des­sous de 5.000 mètres, ni sous les océans et les pôles. C’est un point d’in­ter­ro­ga­tion ma­jeur sur le­quel la théo­rie du peak oil, qui pré­tend connaître les ré­serves, fait l’im­passe. Les ca­pa­ci­tés tech­niques ? On rai­sonne trop à tech­no­lo­gie constante. Or, sur ce plan, les pro­grès peuvent être énormes, comme on l’a vu ré­cem­ment avec l’ex­trac­tion du pé­trole de schiste, ce der­nier n’en­trant pas jusque-là dans les cal­culs de ré­serve. Le peak oil rentre na­tu­rel­le­ment dans la men­ta­li­té des éco­lo­gistes qui consi­dèrent qu’étant don­né que la Terre est un monde fi­ni, il faut ar­rê­ter la crois­sance. Et sans ren­trer dans la théo­rie com­plo­tiste, il s’est trou­vé, comme tou­jours dans ces cas, des scien­ti­fiques sti­pen­diés pour ac­cré­di­ter cette thèse. Quant aux com­pa­gnies pé­tro­lières, elles-mêmes pro­duc­trices de pé­trole, l’idéo­lo­gie du pic les ser­vaient aus­si, tant un prix du brut éle­vé sti­mule les pros­pec­tions et les su­per­pro­fits qui vont avec. Mais au­jourd’hui, où est pas­sé le peak oil ? Le ren­ver­se­ment est spec­ta­cu­laire, plus per­sonne n’en parle. Ceux qui le met­taient en avant, il n’y a pas si long­temps ,de­vraient à tout le moins s’ex­pli­quer et rendre des comptes main­te­nant. Une science dé­voyée a été mise au ser­vice d’une cause idéo­lo­gique et il est vrai que l’in­dus­trie pé­tro­lière, qui dis­pose de grands moyens fi­nan­ciers, a pu ache­ter des études d’ins­ti­tut de re­cherche à leur solde. La le­çon que je re­tiens de cette séquence in­croyable est

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