LA RÉ­AC­TION DES PAYS CONSOM­MA­TEURS

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCIAL TIMES -

Mais ce re­lè­ve­ment po­li­tique des prix du pé­trole, en tou­chant un point vi­tal chez les pays consom­ma­teurs, a sus­ci­té de la part de ces der­niers une im­pul­sion dé­ci­sive, qui s’est tra­duite par un for­mi­dable dé­ploie­ment tech­no­lo­gique en ma­tière éner­gé­tique. Tout d’un coup on s’est dit : il n’y a plus de pé­trole ! L’Oc­ci­dent — je n’aime pas beau­coup ce terme —, di­sons plu­tôt les pays consom­ma­teurs, ne pou­vaient pas ad­mettre qu’une ma­tière pre­mière aus­si im­por­tante soit mise au ser­vice d’une cause re­li­gieuse dans une lo­gique de confron­ta­tion. Et par ré­ac­tion, ils ont fait tout leur pos­sible pour y échap­per. Ce qui a mar­qué de la part des pays consom­ma­teurs une vraie lu­ci­di­té, ces der­niers ayant mis le pa­quet à tous les ni­veaux, et pas uni­que­ment ce­lui des di­ri­geants po­li­tiques, pour sor­tir de cette dé­pen­dance éner­gé­tique. Car dans le même temps, le prix éle­vé du pé­trole a eu pour ef­fet d’en­cou­ra­ger la re­cherche de pé­trole non Opep et dans les éner­gies non pé­tro­lières, et il a sti­mu­lé les éco­no­mies d’éner­gie dans des pro­por­tions in­croyables. En 1973, la France consom­mait 127 mil­lions de tonnes, pour moins de 80 mil­lions au­jourd’hui, alors que le PIB a tri­plé entre-temps. Et ce phé­no­mène d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique a été ob­ser­vé dans tous les pays oc­ci­den­taux et même par exemple en Ita­lie, pays que l’on dit pour­tant mal gou­ver­né où la consom­ma­tion de pé­trole a di­mi­nué qua­si­ment de moi­tié. Or une aug­men­ta­tion de l’offre d’éner­gie conco­mi­tante à une res­tric­tion de la de­mande de pé­trole ne peut dé­bou­cher iné­luc­ta­ble­ment que sur un contre-choc qui vient ré­ta­blir l’équi­libre. D’où le dé­ve­lop­pe­ment hier du nu­cléaire, et de­main du so­laire. Le lob­by nu­cléaire a été, par­ti­cu­liè­re­ment en France, très puis­sant, un vé­ri­table État dans l’État. J’y ai même consa­cré un livre, “Les Nu­cléo­crates”, qui poin­taient les ques­tions de la sé­cu­ri­té et du trai­te­ment des dé­chets nu­cléaires. Mais au­jourd’hui, les cen­trales nu­cléaires ont vieilli et il faut les dé­man­te­ler, ce qui n’est pas un mince pro­blème. Sur la sé­cu­ri­té nu­cléaire, force est de consta­ter que les deux gros ac­ci­dents nu­cléaires ont eu lieu en Ukraine et au Ja­pon, pas en France !

LE CHAN­GE­MENT DE STRA­TÉ­GIE DE L’ARA­BIE SAOU­DITE

Pen­dant près de quatre dé­cen­nies, l’Opep a veillé à ré­gu­ler le mar­ché, ou­vrant ou fer­mant les ro­bi­nets en fonc­tion de ses in­té­rêts vis-à-vis du mar­ché. Mais der­rière, c’était l’Ara­bie saou­dite qui était à la ma­noeuvre. Avec ses ré­serves pé­tro­lières énormes (70 % des ré­serves mon­diales) et un ni­veau de pro­duc­tion entre 8 et 11 mil­lions de ba­rils par jour, le Royaume est l’ac­teur ma­jeur. Com­ment com­prendre dès lors son at­ti­tude de­puis deux ans consis­tant à lais­ser bais­ser le prix du pé­trole ? C’est la grande ques­tion. Je com­pare l’Ara­bie saou­dite à l’Union so­vié­tique, deux ré­gimes gou­ver­nés par une gé­ron­to­cra­tie. Le pro­blème des dy­nas­ties mu­sul­manes, c’est la po­ly­ga­mie : parce que les di­ri­geants ont plu­sieurs femmes, la suc­ces­sion ne se fait pas de père en fils, mais de frère à frère, ce qui re­tarde le re­nou­vel­le­ment

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