UN CLI­MAT SO­CIAL POUR­RI

Il y a, certes, ex­cès de grèves ; mais il n’y a pas que ça.

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCE - Par Omar KAM­MOUN

Au­jourd’hui, c’est l’Ugtt (Union gé­né­rale tu­ni­sienne du travail) qui gou­verne en Tunisie». Par­ti­ci­pant à une ré­cente ren­contre du Cercle Kheï­red­dine sur le cli­mat so­cial et la siua­tion des en­tre­prises pri­vées, Na­faâ En­naï­fer, pré­sident de la Com­mis­sion des af­faires éco­no­miques à l’Uti­ca (Union tu­ni­sienne de l’in­dus­trie, du com­merce et de l’ar­ti­sa­nat) a op­té pour un dis­cours clair et franc. Pour lui, «on a trop ca­res­sé dans le sens du poil. Il est temps d’avoir du courage et de dire la vé­ri­té». En­naï­fer es­time que le cli­mat so­cial s’est gra­ve­ment dé­té­rio­ré, ces der­nières an­nées, à cause de l’ex­cès de grèves, lé­gi­times et illé­gi­times. «Cette ten­sion so­ciale est le prin­ci­pal mo­tif de la dé­gra­da­tion de l’image du pays, du dé­part des in­ves­tis­seurs étran­gers et de la dis­sua­sion de plu­sieurs autres à in­ves­tir en Tunisie, de la fer­me­ture des en­tre­prises et de la sup­pres­sion des postes d’em­ploi… Ayons le courage de dire la vé­ri­té telle qu’elle est, sans la ma­quiller», s’in­surge-t-il. D’ailleurs, c’est cette ten­dance «de se désen­ga­ger de ses res­pon­sa­bi­li­tés» et de suivre «la po­li­tique de l’au­truche» qui a fa­vo­ri­sé le pour­ris­se­ment du cli­mat so­cial et qui a lour­de­ment pé­na­li­sé les en­tre­prises et l’éco­no­mie na­tio­nale. «Il faut ar­rê­ter de don­ner de fausses pro­messes. Nous ne pou­vons créer de l’em­ploi sans sti­mu­ler l’in­ves­tis­se­ment pri­vé. Or, l’in­ves­tis­se­ment pri­vé ne peut se dé­ve­lop­per sans un cli­mat d’af­faires pro­pice que, mal­heu­reu­se­ment, nous n’avons plus en Tunisie», re­grette-t-il. Et d’ajou­ter : «L’in­ves­tis­seur a be­soin de confiance, or notre ré­pu­ta­tion s’est dé­té­rio­rée à cause des grèves et du har­cè­le­ment per­ma­nent des en­tre­prises. Nous n’avons ces­sé, ces der­niers temps, d’adres­ser les pires mes­sages pos­sibles à la com­mu­nau­té d’af­faires in­ter­na­tio­nale». En fait, la plu­part des en­tre­prises du tex­tile, pas­sant ac­tuel­le­ment par une crise, étaient flo­ris­santes avant 2011. Et pour cause : elles ont per­du la confiance de leurs par­te­naires étran­gers à cause du cli­mat so­cial pour­ri.

QUELLE RES­PON­SA­BI­LI­TÉ POUR L’EN­TRE­PRISE ?

Il est vrai que le cli­mat so­cial s’est gra­ve­ment dé­gra­dé, ces der­nières an­nées. Mais cette dé­té­rio­ra­tion n’est pas gra­tuite. Ayons le courage de dire qu’au­cun des ob­jec­tifs de la ré­vo­lu­tion n’a été at­teint. Pire, la pau­vre­té, le chômage et la pré­ca­ri­té ont lar­ge­ment ga­gné du ter­rain de­puis 2011. Les ci­toyens ont marre des dis­cours et des fausses pro­messes et, à l’ins­tar des chefs d’en­tre­prise, eux aus­si ont be­soin de vi­si­bi­li­té et de si­gnaux po­si­tifs qui, mal­heu­reu­se­ment, tardent à ve­nir. Les ci­toyens ont, eux aus­si, be­soin d’avoir confiance en l’ave­nir du pays, de voir les pro­jets pro­mis lors des cam­pagnes élec­to­rales se concré­ti­ser et sur­tout sen­tir leur pou­voir d’achat s’amé­lio­rer. Et puis, on ne peut tout col­ler sur le dos de l’Ugtt. Certes, la cen­trale ou­vrière abuse par­fois dans sa dé­fense des em­ployés, mais c’est aus­si pour ré­pondre aux dé­pas­se­ments et à l’abus des em­ployeurs qui re­fusent d’être trans­pa­rents, de consi­dé­rer leurs em­ployés comme des par­te­naires, d’amé­lio­rer les condi­tions du travail et de res­pec­ter leurs en­ga­ge­ments.

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