PIÈGE MOR­TEL

La Presse Business (Tunisia) - - POST-SCRIPTUM - Par Saous­sen BOULEKBACHE

S’il est vrai que les em­prunts per­mettent l’ar­ri­vée d’ar­gent frais et im­mé­dia­te­ment dans les caisses de l’Etat, ils ne fe­ront que creu­ser da­van­tage la dé­pen­dance de la Tunisie à l’égard de ses cré­di­teurs étran­gers. Se­lon les der­nières sta­tis­tiques, la dette pu­blique tu­ni­sienne re­pré­sente au­jourd’hui 85 mil­liards de di­nars, soit 54% du PIB. Ce taux, qui était de 40% en 2010, ne ces­se­ra pas de grim­per. Il pas­se­ra, se­lon les es­ti­ma­tions, à 56% en 2016, puis à 58,4% en 2017, à 59% en 2018 et à 59% en 2019 pour re­tom­ber à 57,8% en 2020. Cette hé­mor­ra­gie cau­sée par la dette avait, en 2010, une com­po­si­tion autre que celle d’au­jourd’hui. 60% des dus étaient ex­té­rieurs et 40% re­pré­sen­taient les em­prunts lo­caux. Ac­tuel­le­ment, la dette ex­té­rieure a grim­pé à 65%, alors que les em­prunts in­té­rieurs ont re­cu­lé de 5 points. Ce lé­ger chan­ge­ment se­rait lié, se­lon les ana­lystes, à deux prin­ci­paux fac­teurs : le manque de li­qui­di­té sur le mar­ché in­té­rieur et l’éro­sion de l’épargne pu­blique et pri­vée. Même si cer­tains éco­no­mistes es­timent que la si­tua­tion est pour le mo­ment sou­te­nable, elle ne pour­ra per­du­rer éter­nel­le­ment. Il est évident que l’Etat tu­ni­sien cher­che­ra à tra­vers ses em­prunts in­ter­na­tio­naux à ré­cu­pé­rer de l’ar­gent frais afin de faire face aux dé­penses crois­santes et conso­li­der son stock d'avoirs en de­vises étran­gères pour sta­bi­li­ser le taux de change du di­nar. La Tunisie conti­nue­ra à émettre de nou­veaux em­prunts obli­ga­taires sur le mar­ché in­ter­na­tio­nal à hau­teur de 750 mil­lions à un mil­liard d’eu­ros. Il s’agit no­tam­ment pour le pays de fi­nan- cer le dé­fi­cit bud­gé­taire qui s’ag­grave. Que des ex­cuses ! Ré­gu­liè­re­ment, on s’écharpe au su­jet de la dette sans sa­voir né­ces­sai­re­ment de quoi on parle. Sa­vez-vous que l’un des plus grands bailleurs de fonds, en l’oc­cur­rence le FMI, a re­con­nu dans une étude qu’il n’existe pas de seuil cri­tique du mon­tant de la dette pu­blique? De nom­breux éco­no­mistes af­firment éga­le­ment que la dette pu­blique n’est qu’un «faux pro­blème», voire qu’elle n’en est pas un du tout. C’est ab­so­lu­ment sidérant! Et si on par­lait un peu plus sé­rieu­se­ment de ce far­deau lé­gué aux gé­né­ra­tions fu­tures ? Nos chers po­li­ti­ciens croient dur comme fer à de telles ana­lyses et tombent fa­ci­le­ment dans le piège mor­tel de la dette. Ils pro­fitent de leur pou­voir et abusent de leurs contri­buables pour gé­né­rer les re­cettes né­ces­saires au paie­ment des in­té­rêts de ces hy­per­dettes. En fait, ils ne pensent qu’à sau­ver leur ap­pa­rence; ils re­fusent de ré­duire les dé­gâts, comme le fe­rait tout res­pon­sable qui se res­pecte. Ces di­ri­geants en herbe bri­colent le sys­tème pour boos­ter cer­taines for­tunes. Ils confec­tionnent une sorte d’épargne ga­ran­tie et sur me­sure pour les très gros re­ve­nus. Cette dette, ou bou­clier cache-mi­sère, per­met d’ac­croître les ri­chesses pri­vées en les fai­sant fi­nan­cer par le pauvre ci­toyen. Le der­nier scandale des Pa­na­ma Pa­pers ex­plique bien des choses. Et jus­qu’à ce que le piège se re­ferme, cette dette nous vaut une sur­veillance ren­for­cée et per­ma­nente de la part des ins­tances fi­nan­cières mon­diales, une sorte de nou­veau pro­tec­to­rat.

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