CE QUE LE CONTI­NENT DE­MANDE

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Ré­dac­teur en chef

Les ca­pa­ci­tés sont le chaî­non man­quant qui en­trave la réa­li­sa­tion des ob­jec­tifs des pro­grammes de dé­ve­lop­pe­ment en Afrique. D’après les ex­perts réunis dans la ca­pi­tale du Zim­babwe pour dis­cu­ter de di­verses ini­tia­tives de ren­for­ce­ment des ca­pa­ci­tés sur le conti­nent dans le contexte plus large des ob­jec­tifs de dé­ve­lop­pe­ment du­rable et de l’Agen­da 2063 de l’Union afri­caine, si le conti­nent dé­cide de mettre en oeuvre tous les pro­jets im­por­tants en­vi­sa­gés par les pays afri­cains, l’on au­rait be­soin de pas moins de 7,4 mil­lions d’in­gé­nieurs. Ain­si, nous avons be­soin de 1,6 mil­lion de scien­ti­fiques et de cher­cheurs en agro­no­mie, nous man­quons de 2,8 mil­lions d’in­gé­nieurs du trai­te­ment de l’eau et de l’as­sai­nis­se­ment des eaux usées. Et ce­la concerne uni­que­ment les be­soins iden­ti­fiés pour at­teindre les ob­jec­tifs fixés pour 2023 – la pre­mière phase du pro­gramme Afri­ca 2063. Chose qui ne semble pas être fa­cile à at­teindre, puisque plus de 80 % des étu­diants afri­cains suivent ac­tuel­le­ment des cur­sus de sciences so­ciales et de lettres. De ce fait, l’Afrique doit faire des ef­forts pour en­rayer cette ten­dance et orien­ter da­van­tage d’étu­diants vers les sciences, les tech­no­lo­gies, l’in­gé­nie­rie et les maths. Outre les com­pé­tences pu­re­ment tech­niques, l’Afrique a aus­si be­soin de ren­for­ce­ment des ca­pa­ci­tés or­ga­ni­sa­tion­nelles, telles que l’as­su­rance et le lea­der­ship né­ces­saires pour trou­ver des so­lu­tions adap­tées à ses pro­blèmes. Il est à no­ter éga­le­ment que le manque de com­pé­tences ne concerne pas uni­que­ment le sec­teur pri­vé, mais aus­si le sec­teur ins­ti­tu­tion­nel. Or, l’Afrique va res­ter confron­tée à ce pro­blème de for­ma­tion, du fait de l’ab­sence d’une in­fra­struc­ture uni­ver­si­taire adé­quate et du manque d’un corps pro­fes­so­ral de qua­li­té, in­té­gré dans le mar­ché in­ter­na­tio­nal du sa­voir. Ce­pen­dant, la Tu­ni­sie dis­pose des atouts re­quis pour de­ve­nir une des­ti­na­tion édu­ca­tion­nelle de ré­fé­rence pour at­ti­rer les étu­diants afri­cains, sur­tout que le coût an­nuel pour un étu­diant (y com­pris les frais de sco­la­ri­té, de trans­port, et autres) se si­tue entre 12.000 dol­lars (en France) et 30.000 (aux Etats-Unis ou en Grande-Bre­tagne). Ces coûts sont gé­né­ra­le­ment en­core plus éle­vés dans les uni­ver­si­tés pri­vées de grande re­nom­mée et peuvent at­teindre 55.000 dol­lars par an et par étu­diant. Outre le fait que la Tu­ni­sie offre un sys­tème de sco­la­ri­té beau­coup moins oné­reux, il est bon de sa­voir que l’ac­cueil de 20.000 étu­diants étran­gers ré­par­tis sur l’en­semble du ter­ri­toire cor­res­pond à l’équi­valent du sé­jour d'un mil­lion de tou­ristes pen­dant un an (un étu­diant passe en moyenne 9 mois par an dans le pays d’ac­cueil). Le dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur des ex­por­ta­tions de ser­vices édu­ca­tion­nels offre au pays d’autres avan­tages dont, no­tam­ment, la créa­tion d’em­plois à des coûts re­la­ti­ve­ment faibles, le dé­ve­lop­pe­ment na­tu­rel et pa­ral­lèle des ac­ti­vi­tés de re­cherche et de consul­ta­tion, l’ef­fet im­mé­diat et fu­tur sur le dé­ve­lop­pe­ment des in­ves­tis­se­ments étran­gers en Tu­ni­sie (les mul­ti­na­tio­nales choi­sissent les sites pour l’im­plan­ta­tion de leurs centres de re­cherche, prin­ci­pa­le­ment aux en­vi­rons de pôles uni­ver­si­taires) et le dé­ve­lop­pe­ment des re­la­tions com­mer­ciales de la Tu­ni­sie avec les autres pays de la ré­gion (à la fin de leurs études, les an­ciens étu­diants étran­gers, fu­turs cadres su­pé­rieurs dans leurs pays, au­ront des at­taches avec le nôtre et des af­fi­ni­tés per­son­nelles avec leurs ca­ma­rades de classe tu­ni­siens) et en­fin le rayon­ne­ment scien­ti­fique de la Tu­ni­sie en tant que centre de pro­grès scien­ti­fique et four­nis­seur de ser­vices édu­ca­tion­nels de qua­li­té. A cette fin, une ap­proche stra­té­gique et co­or­don­née est né­ces­saire pour en­cou­ra­ger les four­nis­seurs des ser­vices édu­ca­tion­nels à par­tir à la conquête d’un mar­ché for­te­ment de­man­deur.

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