LE COM­MERCE DE LA MORT

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Ré­dac­teur en chef

La contre­fa­çon dé­tient 7% du mar­ché mon­dial des pro­duits phar­ma­ceu­tiques. Les faux mé­di­ca­ments tuent en­vi­ron 800.000 per­sonnes par an dans le monde. En Tu­ni­sie, on est tout aus­si mal pro­té­gé. Les ser­vices du contrôle au mi­nis­tère du Com­merce ont re­cen­sé en­vi­ron 6 mil­lions de pro­duits contre­faits com­mer­cia­li­sés sur le sol national de­puis dix ans. Le comble, c’est que de­puis 2006, seule­ment 350 ré­cla­ma­tions ont été dé­po­sées au­près des ser­vices de contrôle. C’est que le Tu­ni­sien, dont le pou­voir d’achat s’érode à vue d’oeil, s’ac­com­mode avec de tels pro­duits no­cifs et dan­ge­reux de­puis que nos fron­tières sont de­ve­nues per­méables aux pro­duits im­por­tés de Chine, d’Inde et de Tur­quie. Quand il s’agit de vê­te­ments, de jouets ou de pièces de re­change, les dé­gâts sont d’ordre ma­té­riel et portent sur la mau­vaise qua­li­té du pro­duit et son in­adé­qua­tion au be­soin réel de l’usa­ger. Par contre, quand le fléau touche la san­té du ci­toyen et met en pé­ril sa vie, ce n’est plus de scan­dale, mais de crime qu’il s’agit. Le dan­ger vient de Chine ou d’Inde, là où les la­bo­ra­toires sont d’un haut ni­veau tech­nique. Dans les mé­di­ca­ments contre­faits, la sub­stance ef­fi­cace est sou­vent soit sous-do­sée, soit ab­sente, soit rem­pla­cée, soit mé­lan­gée à des pro­duits dan­ge­reux comme l’an­ti­gel des voi­tures qu’on re­trouve dans les si­rops. Au grand dam des Tu­ni­siens, l’in­for­ma­tion sur les pro­duits phar­ma­ceu­tiques contre­faits fait en­core dé­faut chez nous. Les en­quêtes et vé­ri­fi­ca­tions des ori­gines des pro­duits et de leur au­then­ti­ci­té ne sont ef­fec­tuées que ra­re­ment, et suite à des ré­cla­ma­tions des pro­fes­sion­nels de la san­té. L’ar­se­nal ju­ri­dique, s’il n’est pas dé­ployé sur le terrain par des moyens tech­niques, ne se­ra d’au­cun im­pact sur ce dan­ger ma­jeur. C’est pour­quoi, face à l’es­sor du com­merce illi­cite de faux mé­di­ca­ments, le secteur tente de ré­agir. Puces Rfid, Da­ta­ma­trix. Ad­van­ced Track & Trace, Mar­queurs chi­miques, Na­no­par­ti­cules, au­tant de tech­niques et de sys­tèmes de co­di­fi­ca­tion qui visent à as­su­rer la tra­ça­bi­li­té des trai­te­ments mis sur le mar­ché. En Tu­ni­sie, c’est «GS1 Da­ta­Ma­trix» qui vient d’être ins­ti­tué comme ou­til de contrôle de la tra­ça­bi­li­té des mé­di­ca­ments et pour op­ti­mi­ser la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment en mé­di­ca­ments à tra­vers la ges­tion des stocks et des mé­di­ca­ments pé­ri­més. Seule­ment, pour amé­lio­rer la lutte contre la contre­fa­çon, cer­tains pays ont adop­té, en plus du contrôle de la tra­ça­bi­li­té, le prin­cipe du libre ac­cès aux mé­di­ca­ments de­vant le comp­toir des of­fi­cines. Presque du prêt-à-soi­gner par des mé­di­ca­ments à la por­tée des pa­tients et qui, du fait de leurs in­di­ca­tions thé­ra­peu­tiques, peuvent être uti­li­sés sans l’in­ter­ven­tion d’un mé­de­cin pour le diag­nos­tic, l’ini­tia­tion ou la sur­veillance d’un trai­te­ment. Le ma­lade n’au­ra plus à sup­por­ter les ho­no­raires du mé­de­cin pour un simple rhume, par exemple. Il est éta­bli que les pro­duits contre­faits, en rai­son de leur prix at­trayant pour des ma­lades sou­vent dé­mu­nis, re­pré­sentent 30 à 70% du stock mé­di­ca­men­teux en Afrique sub­sa­ha­rienne, par exemple. Mais dans cette lutte, in­for­mer est une condi­tion de suc­cès. Or, mal­gré les bé­né­fices en­gran­gés par les in­dus­tries phar­ma­ceu­tiques en Tu­ni­sie, les la­bo­ra­toires font en­core la fine bouche en ma­tière de com­mu­ni­ca­tion. Certes, la loi in­ter­dit la pu­bli­ci­té pour les mé­di­ca­ments, mais pas à la sen­si­bi­li­sa­tion. Car, c’est aus­si un moyen de conso­li­der leurs marges en par­ti­ci­pant à la lutte contre les faux mé­di­ca­ments.

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