RETIRONS LE STEAK DU ME­NU

La Presse Business (Tunisia) - - EDITO -

Les abat­toirs re­le­vant des mu­ni­ci­pa­li­tés dans tous les gou­ver­no­rats du pays n’ont pas été mis à ni­veau et ne ré­pondent pas aux normes d’hy­giène, se­lon le pré­sident de la Chambre syn­di­cale na­tio­nale des bou­chers re­le­vant de l’Uti­ca (Union tu­ni­sienne de l’in­dus­trie, du com­merce et de l’ar­ti­sa­nat). Dans tous les abat­toirs contrô­lés, les vé­té­ri­naires ou les auxi­liaires of­fi­ciels n’étaient pas pré­sents en per­ma­nence, alors que les abat­tages de­vraient être sou­mis à leur su­per­vi­sion constante. Il en a ré­sul­té, d’après la «Con­nect Agri», un ni­vel­le­ment par le bas des pra­tiques d’éle­vage, d’abat­tage et de trai­te­ment de la viande rouge. Ain­si, le sec­teur semble avoir rayé de son vo­ca­bu­laire et de sa mé­moire les no­tions de normes sa­ni­taires, sta­tut épi­dé­mio­lo­gique, chaîne de froid, et a re­lé­gué aux ou­bliettes : tra­ça­bi­li­té, res­suyage, ma­tu­ra­tion, amé­lio­ra­tion gé­né­tique... Nos abat­toirs se sont trans­for­més en tue­ries pour ani­maux, nos bou­chers en dé­pe­ceurs de bêtes. Ce constat sé­vère dé­coule du fait que le sec­teur de la viande rouge a plon­gé dans un ar­chaïsme en­dé­mique qui dure de­puis l’In­dé­pen­dance, date à la­quelle le sec­teur s’est ar­rê­té d’évo­luer. En ef­fet, la pro­duc­tion de cette viande rouge échappe es­sen­tiel­le­ment au contrôle de l’ad­mi­nis­tra­tion agri­cole, puisque 85% de notre pro­duc­tion de cette viande pro­viennent es­sen­tiel­le­ment de dé­ten­teurs d’ani­maux des zones ru­rales mais aus­si des zones pé­ri­ur­baines à qui cette ac­ti­vi­té per­met de sur­vivre ou d’avoir un com­plé­ment de re­ve­nu. Ce­la dit, en at­ten­dant la mise en oeuvre d’un plan di­rec­teur pour la ré­ha­bi­li­ta­tion des abat­toirs qui per­met­tra la ges­tion de ces es­paces par des so­cié­tés de ser­vices spé­cia­li­sées, en co­or­di­na­tion avec le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, et ce, en vue de pro­po­ser à la vente des pro­duits de qua­li­té et bien contrô­lés, il se­rait ju­di­cieux de pen­ser sé­rieu­se­ment à re­ti­rer le steak de son me­nu. Car, en plus des risques sa­ni­taires qu’en­courent les consom­ma­teurs au ni­veau de toute la chaîne, le faible ni­veau de pro­duc­tion qui ac­cule l’Etat à l’importation en de­vises de cen­taines de tonnes de viandes rouges pour ré­gu­ler les stocks, on ne peut ac­cep­ter que de vils pro­fi­teurs abattent les ani­maux dans ces condi­tions dou­teuses. L’autre rai­son est le gas­pillage en eau in­duit par l’éle­vage bo­vin, puis­qu’il faut 50.000 litres d’eau pour pro­duire un ki­lo de viande de boeuf. Les scien­ti­fiques s’ac­cordent éga­le­ment sur le fait que la viande est le nou­vel amiante– plus meur­trière que le ta­bac : CO2, mé­thane et oxyde ni­treux pro­ve­nant du sec­teur de l’éle­vage tuent nos océans, créant des zones mortes acides, hy­poxiques. 90% des poissons de pe­tite taille sont broyés pour nour­rir le bé­tail. Les vaches vé­gé­ta­riennes sont au­jourd’hui les plus grands pré­da­teurs ma­rins. 10.000 es­pèces sont ain­si anéan­ties chaque an­née au pro­fit d’une seule in­dus­trie. Si un autre or­ga­nisme agis­sait ain­si, les bio­lo­gistes l’ap­pel­le­raient vi­rus. La viande pro­voque éga­le­ment un large éven­tail de can­cers et de ma­la­dies car­diaques. Il faut re­ti­rer le steak du me­nu, car la viande est une in­dus­trie qui tue les ani­maux, voire nous-mêmes et nos éco­no­mies. Ré­duire la consom­ma­tion de la viande de seule­ment 10% nour­ri­rait 100 mil­lions de per­sonnes. Nous pou­vons tout sim­ple­ment en ré­duire la consom­ma­tion.

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