LA «BOURSE» OU LA VIE

La Presse Business (Tunisia) - - EDITO -

V ingt ans après sa créa­tion, la Bourse des va­leurs im­mo­bi­lières de Tu­nis fait encore pâle fi­gure. Les ef­forts dé­ployés pour ra­vi­ver l’ac­ti­vi­té bour­sière n’ont abou­ti qu’à des ré­sul­tats en de­mi-teinte. Qu’est-ce donc qui bloque l’ac­cès à la Bourse et em­pêche le mar­ché fi­nan­cier tu­ni­sien d’at­teindre une taille res­pec­table ? D’abord, le pro­fil des co­ta­tions est tou­jours do­mi­né par les sec­teurs de la dis­tri­bu­tion et la grande consom­ma­tion. Le Tu­nin­dex souffre cruel­le­ment de la non-re­pré­sen­ta­ti­vi­té des sec­teurs les plus im­por­tants de l’éco­no­mie na­tio­nale, à sa­voir, l’éner­gie, les té­lé­com­mu­ni­ca­tions, le tou­risme, l’agri­cul­ture, etc. La Bourse de Tu­nis est ain­si pri­vée de 40% des sec­teurs qui forment notre PIB. Seule­ment 79 en­tre­prises tu­ni­siennes sont co­tées en Bourse, sur un to­tal de 2.000, re­pré­sen­tant 80% des im­pôts payés à l’Etat. En­suite, la confu­sion qui s’est ins­tal­lée entre le mar­ché pa­ral­lèle, source de plu­sieurs flops d’in­tro­duc­tion bour­sière, et le mar­ché prin­ci­pal, encore dif­fi­cile d’ac­cès à plu­sieurs en­tre­prises, re­pousse les in­ves­tis­seurs. D’où l’image un peu terne dont souffre la Bourse dans sa glo­ba­li­té. Certes, pour faire re­bom­ber le torse au mar­ché fi­nan­cier tu­ni­sien, il est in­dis­pen­sable de «mul­ti­plier par cinq la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière, ac­tuel­le­ment de l’ordre de 19 mil­liards de di­nars (21% du PIB)», selon le Di­rec­teur gé­né­ral de la Bourse de Tu­nis, Bi­lel Sah­noun, qui plaide en fa­veur d’une ou­ver­ture « sym­bo­lique » du ca­pi­tal de quelques en­tre­prises pu­bliques. En ef­fet, ce coup de pouce per­met­trait de ren­for­cer consi­dé­ra­ble­ment la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière de la place de Tu­nis, car il consti­tue l’un des cri­tères ma­jeurs exa­mi­nés par les in­ves­tis­seurs étran­gers qui peuvent ap­por­ter des fonds consé­quents en Tu­ni­sie. Mais, pour sé­duire le sec­teur pri­vé, encore du­bi­ta­tif, il faut un al­lè­ge­ment fis­cal et une ré­duc­tion des frais d’in­tro­duc­tion. Force est de re­con­naître que la place fi­nan­cière souffre de la mé­con­nais­sance de la part des en­tre­prises des avan­tages qu’en­gendre une co­ta­tion en Bourse. Car, par­mi les fac­teurs qui ex­pliquent la ré­ti­cence des chefs d’en­tre­prise à l’ou­ver­ture du ca­pi­tal, c’est la peur de perdre le contrôle de leurs en­tre­prises et les craintes liées à l’exi­gence de com­mu­ni­ca­tion et de trans­pa­rence. Pour­tant, l’in­tro­duc­tion en Bourse, vé­ri­table ac­quis d’ordre stra­té­gique, offre la no­to­rié­té qui per­met d’en­vi­sa­ger le concours de nou­veaux par­te­naires et de ren­for­cer les fonds propres. Sur ce plan, les ré­per­cus­sions d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion au mar­ché fi­nan­cier sont plu­rielles. Car, à me­sure que la Bourse gagne en im­por­tance, il y au­ra da­van­tage de trans­pa­rence au ni­veau des en­tre­prises, qu’elles soient pu­bliques ou pri­vées, ce qui per­met­tra une éva­lua­tion plus fiable, et les règles de trans­pa­rence et les exi­gences en ma­tière d’au­dit en­traî­ne­ront une meilleure ges­tion des en­tre­prises avec des in­ci­dences fa­vo­rables à l’éco­no­mie. De plus, l’ac­cès des hol­dings et des groupes de so­cié­tés au mar­ché fi­nan­cier per­met­tra d’al­lé­ger consi­dé­ra­ble­ment la pres­sion sur le sys­tème ban­caire et de ré­duire énor­mé­ment l’ex­po­si­tion des banques aux risques de dé­faut de paye­ment, sa­chant que 68% des PME tu­ni­siennes ne peuvent ac­cé­der au fi­nan­ce­ment ban­caire parce qu’elles n’ont pas suf­fi­sam­ment de ga­ran­ties, et 53% d’entre elles ont des pro­blèmes de gou­ver­nance. Mais qui dit Bourse, dit tra­ders, dit golden boys, dit suc­cess- sto­ries… En 20 ans, la Bourse de Tu­nis n’a pas encore su vé­hi­cu­ler ces mes­sages po­si­tifs. Au contraire, elle traîne le bou­let de l’image écor­née d’un mar­ché alternatif à haut risque. Il est grand temps que les pou­voirs pu­blics viennent à la rescousse du mar­ché fi­nan­cier. Ce­la com­mence par la Bourse qui, elle, peut re­don­ner vie à une ac­ti­vi­té éco­no­mique maus­sade.

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