AUSTÉRITÉ, EST-CE LE BON CHOIX?

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO -

Un do­cu­ment of­fi­ciel is­su de La Kas­bah pré­co­nise l’austérité et la maî­trise des dé­penses en ma­tière de pré­pa­ra­tion du pro­jet de bud­get de 2017, à tra­vers, no­tam­ment, une meilleure maî­trise de la masse sa­la­riale, en vue de ré­ta­blir les grands équi­libres bud­gé­taires. La note, qu’on évoque avec des tré­mo­los dans la voix, tra­duit l’en­trée ef­fec­tive des re­com­man­da­tions de la FMI et de la Banque mon­diale re­la­tives aux ré­formes bud­gé­taires, fi­nan­cières et éco­no­miques dras­tiques, qui ont condi­tion­né les prêts ac­cor­dés à notre pays. Il s’agit, donc, de la maî­trise des dé­penses de ges­tion, no­tam­ment celles des sa­laires, dont la masse a at­teint, en 2016, un seuil cri­tique re­pré­sen­tant 14 % du PIB contre 10.7 % en 2010, et ce, du fait des re­cru­te­ments et ré­gu­la­ri­sa­tions dans la fonc­tion pu­blique, des ma­jo­ra­tions sa­la­riales, et des aug­men­ta­tions spé­ci­fiques pour l’en­semble des corps, à l’ins­tar des sé­cu­ri­taires, mi­li­taires, mé­de­cins, ins­ti­tu­teurs et pro­fes­seurs. Pour re­trou­ver ses équi­libres fi­nan­ciers, l’État est donc for­cé de ré­duire l’en­det­te­ment pu­blic par une ré­duc­tion de ses dé­penses avec, no­tam­ment, le gel de l’em­bauche ou en­core des coupes de sa­laire dans les ser­vices pu­blics. De ce fait, la pré­si­dence du gou­ver­ne­ment pré­voit de prendre des me­sures ex­cep­tion­nelles sus­cep­tibles de ra­me­ner la masse sa­la­riale à 12 % du PIB à l’ho­ri­zon 2020, et ce, par le biais de me­sures dou­lou­reuses telles que la ré­duc­tion des in­dem­ni­tés ser­vies au titre des heures sup­plé­men­taires ou de la prime de ren­de­ment. Faire le choix de l’austérité, alors que les condi­tions éco­no­miques ne se prêtent pas à un re­dres­se­ment bud­gé­taire aus­si ra­pide, peut avoir des consé­quences dé­sas­treuses sur le plan so­cial. Au lieu d’agir vi­gou­reu­se­ment pour sti­mu­ler l’éco­no­mie, ce qu’il ne fait pas à l’heure ac­tuelle, le gou­ver­ne­ment prend le risque d’étouf­fer da­van­tage les ca­té­go­ries vul­né­rables et dé­fa­vo­ri­sées qui sont ma­jo­ri­tai­re­ment pré­sentes dans les ser­vices pu­blics, en par­ti­cu­lier ceux de la san­té et de l’édu­ca­tion. En ef­fet, l’austérité vient ré­duire les res­sources in­ves­ties dans les ser­vices pu­blics. En consé­quence, les ser­vices oc­troyés à la po­pu­la­tion se­ront moins ac­ces­sibles; cer­tains pro­grammes se­ront aban­don­nés et la pres­sion aug­men­te­ra sur les em­ployés. Ce­la vien­dra ac­cen­tuer les in­éga­li­tés so­ciales, les pro­blèmes so­ciaux et re­tar­de­ra la re­prise éco­no­mique. Dans le contexte ac­tuel d’une éco­no­mie dé­pri­mée, l’Etat ne doit pas se dé­char­ger de son rôle, même s’il s’est en­ga­gé à le faire. On sait à quel point les fi­nances pu­bliques sont plom­bées mais, comme le sou­ligne l’éco­no­miste Pierre For­tin et on le re­joint : «l’austérité pour­rait nuire gra­ve­ment à la crois­sance éco­no­mique, à la sta­bi­li­té so­ciale et à l’ef­fi­ca­ci­té de l’ad­mi­nis­tra­tion

pu­blique». L’austérité est né­ces­saire, mais elle est ris­quée. Et peut consti­tuer un choix qui ne fonc­tionne pas.

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