A CAUSE DE LA PO­LI­TIQUE DES QUOTAS

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Sar­rah O. BAKRY

PEU­GEOT PSA ME­NACE DE QUIT­TER LA TU­NI­SIE !

“Le monde est grand!”, voi­ci, tex­to, ce que vient d’af­fir­mer Jean-Chris­tophe Qué­mard, di­rec­teur de Peu­geot PSA pour l’Afrique et le Moyen-Orient après une des­crip­tion de ce que “donne” le groupe à notre pays et ce qu’il en “re­çoit”, me ant en cause la ma­nière de fixer les quotas à l’importation des voi­tures de la marque. Une me­nace claire de par­tir qui ar­rive alors que la marque an­nonce pour ce juillet un mo­dèle “Spé­cial Tu­ni­sie” de la pe­tite ci­ta­dine Peu­geot 108.

Pour­quoi Peu­geot PSA quit­te­rait-il la Tu­ni­sie pour al­ler sous d’autres cieux ? C’est un peu l’ef­fet d’un bombe qui éclate quand on s’y at­tend le moins, car rien n’in­di­quait une telle mon­tée au cré­neau. Même la ques­tion des quotas ne par­ve­nait plus à émou­voir grand monde, alors que c’est le su­jet fil rouge de tous les concessionnaires au­to­mo­bile qui opèrent en Tu­ni­sie, et ce­la ne date pas d’hier! Et pour­tant, il y a tout juste quelques jours, nous ren­con­trions les gens de Peu­geot PSA, les choses ont été dites de la ma­nière la plus claire. “Jean-Chris­tophe Qué­mard, di­rec­teur de Peu­geot PSA pour l’Afrique et le Moyen-Orient, est en

Tu­ni­sie. Il ap­porte une aide spé­ci­fique, il amène de bonnes nou­velles... Il a ren­con­tré le Chef du gou­ver­ne­ment, Ha­bib Es­sid, et plu­sieurs mi­nistres ,alors que nous lan­çons la nou­velle Peu­geot 2008

en Tu­ni­sie”, an­nonce Ab­der­ra­him Zoua­ri, pdg de la Sta­fim qui re­pré­sente Peu­geot PSA en Tu­ni­sie. Ce­la com­mence donc très dou­ce­ment, de ma­nière conci­liante, mais on sent dé­jà quelque chose dans le ton de Jean-Chris­tophe Qué­mard : “Nous avons des re­la­tions re­mar­quables avec la Sta­fim, nous croyons beau­coup à la Tu­ni­sie et ses at­tri­buts uniques, elle a avec la France une so­lide proxi­mi­té cultu­relle...” Puis, c’est le pas­sage aux choses sé­rieuses...

“PEU­GEOT PSA ACHÈTE PLUS EN TU­NI­SIE QU’IL NE VEND”

“Je suis ve­nu il y a une an­née et j’ai en­ta­mé des dis­cus­sions avec le gou­ver­ne­ment tu­ni­sien pour le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­dus­trie au­to­mo­bile dans votre pays et au­jourd’hui, un an après, je re­viens alors que Peu­geot PSA est tou­jours nu­mé­ro Un en Tu­ni­sie et nous par­lons du dé­ve­lop­pe­ment de

Sta­fim, est so­lide, elle a été re­dres­sée”, an­nonce Qué­mard en pre­nant le soin de rap­pe­ler que le groupe Peu­geot PSA, qui vient de re­ce­voir le Prix “Best Plant 2015” pour 3 de ses sites de pro­duc­tion, a un plan très riche, s’éten­dant de 2016 à 2021 avec de nom­breux nou­veaux vé­hi­cules : 8 uti­li­taires, 8 à mo­teurs hy­brides, 4 à mo­teurs élec­triques...et la voi­ture au­to­nome dont l’es­sai a été concluant. Et le ton com­mence à mon­ter, alors que Qué­mard se livre à une ana­lyse de la si­tua­tion glo­bale de Peu­geot PSA en Tu­ni­sie, aus­si bien sur les sites in­dus­triels qu’en tant que conces­sion­naire : “Nous ve­nons de par­ler fran­che­ment au gou­ver­ne­ment tu­ni­sien : Sta­fim crée de la va­leur en Tu­ni­sie et Peu­geot PSA achète plus en Tu­ni­sie qu’il ne vend. Nous ven­dons pour 200 mil­lions d’eu­ros en au­to­mo­biles mais nous ache­tons des pièces fa­bri­quées en Tu­ni­sie pour 250 mil­lions d’eu­ros, se­lon les chiffres de 2015. C’est la meilleure preuve de notre en­ga­ge­ment et ce­la conti­nue. En ve­nant ici l’an­née der­nière, j’ai pris l’en­ga­ge­ment d’ache­ter pour 100 mil­lions d’eu­ros en plus de pièces de re­change à im­por­ter de Tu­ni­sie. Au­jourd’hui nous avons dé­pas­sé toutes les pré­vi­sions, car nous ve­nons de si­gner pour 116 mil­lions d’eu­ros de Sour­cing de pièces ad­di­tion­nelles ; ce qui fait que nous pas­sons au­jourd’hui de 250 à 350 mil­lions d’eu­ros pour des pièces à im­por­ter de Tu­ni­sie.”

“PAS POS­SIBLE DE RES­TER SUR 300 VOI­TURES PAR AN”

Se­lon Qué­mard, Peu­geot PSA croit en la Tu­ni­sie, re­con­naît la qua­li­té du four­nis­seur tu­ni­sien, constate une meilleure com­pé­ti­ti­vi­té éco­no­mique et la com­pé­tence des four­nis­seurs lo­caux... Clô­tu­rant une longue in­tro­duc­tion au mes­sage prin­ci­pal, ce­lui pour le­quel le chef du dé­par­te­ment Afrique et Moyen-Orient de Peu­geot PSA est ve­nu jus­te­ment main­te­nant en Tu­ni­sie : “Le mes­sage est ce­lui d’un en­ga­ge­ment te­nu et la vo­lon­té de pour­suivre dans cette di­rec­tion pour al­ler plus loin. Nous avons la vo­lon­té

de conti­nuer à être créa­teurs de ri­chesse en Tu­ni­sie, mais nous vou­drions que ce­la se tra­duise par l’évo­lu­tion consé­quente de notre part dans le mar­ché au­to­mo­bile en Tu­ni­sie.” C’est dit, clair et net. Mais pour qu’au­cun doute ne sub­siste dans les esprits quant à ce

qu’il veut dire, Qué­mard ajoute : “Nous sa­vons que la Tu­ni­sie a une po­li­tique de quotas pour des ques­tions de ba­lance de paie­ment mais les quotas doivent te­nir compte des en­ga­ge­ments de Peu­geot PSA, dans l’in­té­rêt du pays et du client tu­ni­sien. Il n’est pas pos­sible de res­ter sur 300 voi­tures Peu­geot PSA ven­dues par an en Tu­ni­sie. Ce n’est pas pos­sible dans une lo­gique d’in­ves­tis­se­ment. Nous de­vons res­ter lo­giques.” Ce mes­sage de Peu­geot PSA vient d’être adres­sé en di­rect au chef du gou­ver­ne­ment, Ha­bib Es­sid, par Qué­mard qui fait l’équi­li­briste entre res­ter en Tu­ni­sie et avoir plus de quotas en l’an­non­çant : “Le chef du gou­ver­ne­ment tu­ni­sien m’a en­ten­du. Nous al­lons conti­nuer à pro­duire des pièces au­to­mo­bile en Tu­ni­sie mais j’ai sou­li­gné que le cli­mat glo­bal des af­faires est dé­ter­mi­nant et l’in­ves­tis­seur consi­dère beau­coup de fac­teurs. Si ce­la est réa­li­sé nous pou­vons al­ler plus loin en­semble avec : -un par­te­na­riat avec la so­cié­té de transformation des vé­hi­cules com­mer­ciaux; -un ré­seau après-vente mul­ti marques ; -le dé­ve­lop­pe­ment des vé­hi­cules d’oc­ca­sion ; -al­ler plus loin dans la col­la­bo­ra­tion in­dus­trielle avec la Tu­ni­sie, une re­la­tion du­rable et pro­fi­table.”

“LE MONDE EST GRAND !...”

Du grand art, de fait. Car Qué­mard a su si­gni­fier clai­re­ment la pour­suite des en­ga­ge­ments de Peu­geot PSA tout en res­tant “me­na­çant”. Pour­tant, il monte d’un cran quand nous évo­quons l’offre d’autres marques avec des prix à par­tir de 17 mille di­nars au mo­ment où le pou­voir d’achat du Tu­ni­sien moyen est en baisse et que les prix ac­tuel­le­ment pra­ti­qués par sa marque dé­passent les 30 mille di­nars. Qué­mard ré­pond du tac au tac qu’il faut com­pa­rer ce qui est com­pa­rable et que Peu­geot PSA pro­duit aux meilleures normes de sé­cu­ri­té, aux plus hauts stan­dards de qua­li­té, in­siste sur l’éco­no­mie et la fia­bi­li­té... “Nous ne tran­si­ge­rons ja­mais sur ce point et je ne pense pas que nous ayons tort. Nous ne com­mer­cia­li­se­rons pas des voi­tures de qua­li­té in­fé­rieure. Nous sommes convain­cus que les Tu­ni­siens ne com­pren­draient pas qu’on leur pro­pose des “de­mi-vé­hi­cules”. Et

“Les quotas doivent te­nir compte des en­ga­ge­ments de Peu­geot PSA, dans l’in­té­rêt du pays et du client tu­ni­sien.”

aus­si, nous croyons que l’on ne peut pas vendre des voi­tures puis “se bar­rer” pour gé­rer le tout à par­tir de l’autre bout du monde. Il y a un équi­libre à trou­ver et nos voi­tures sont ap­pré­ciées pour ce­la.” Puis, sur un ton pas­sa­ble­ment éva­sif, Qué­mard nous lance comme s’il ré­flé­chis­sait à voix haute : “Le monde est grand!...”

Et, à notre humble opi­nion, l’al­lu­sion est par­fai­te­ment claire, ne souf­frant au­cune in­ter­pré­ta­tion et Ha­bib Es­sid se­rait bien ins­pi­ré de prê­ter une oreille très at­ten­tive à cette “me­nace” qui était à ce point évi­dente que Ab­der­ra­him Zoua­ri à pris la peine d’ex­pli­quer pour di­luer un peu l’ef­fet

coup de poing de Qué­mard : “Le dés­équi­libre de 500 mil­lions de di­nars de la ba­lance des paie­ments cau­sé par l’importation des voi­tures se­lon un mi­nistre du gou­ver­ne­ment Es­sid est à bien com­prendre... Il y a ceux qui in­ves­tissent dans l’in­dus­trie tu­ni­sienne et qui mé­ritent d’être trai­tés en tant que tels. Peu­geot PSA a pro­mis une aug­men­ta­tion de 150 mil­lions d’eu­ros (330 mil­liards de nos mil­limes) d’in­ves­tis­se­ments en 3 ans en im­por­ta­tions de pièces des usines tu­ni­siennes au rythme de 50 mil­lions d’eu­ros pas an mais, en une seule an­née, il a in­ves­ti pour 116 mil­lions d’eu­ros. Il est dans l’in­té­rêt de la Tu­ni­sie que les quotas soient plus souples.”

LA “ME­NACE TCHÈQUE” AVEC L’USINE LA PLUS COM­PACTE DU MONDE

Mal­gré la ten­ta­tive de Ab­der­ra­him Zoua­ri de mettre de l’eau dans le vin de Jean-Chris­tophe Qué­mard, il reste par­fai­te­ment évident que les al­lu­sions du di­rec­teur de Peu­geot PSA pour l’Afrique et le Moyen-Orient dé­passent la ques­tion des quotas pour des consi­dé­ra­tions de site. Ce n’est pas la même chose et c’est plus grave. Car tout in­dique que cette agres­si­vi­té (jus­ti­fiée, du moins dans le code Win-Win) ne s’ar­rê­te­ra pas là si le site Tu­ni­sie n’évo­lue pas à la lu­mière de ce qui se passe au­jourd’hui entre Peu­geot PSA et ses par­te­naires et que l’on pour­rait nom­mer la “me­nace tchèque” pour éva­luer le plus et le moins que peut of­frir un pays d’accueil au construc­teur. La “me­nace tchèque” est un site de pro­duc­tion de vé­hi­cules qui a coû­té 1,3 mil­liard d’eu­ros et qui est com­mun à 3 marques, dont PSA Peu­geot, as­so­ciées dans une co­en­tre­prise : l’usine TPCA (Toyo­ta Peu­geot Ci­troën Au­to­mo­bile) qui pro­duit 300.000 vé­hi­cules par an et em­ploie 3.000 sa­la­riés sur 125 hectares en Tché­quie. On y fa­brique les Ci­troën C1, Peu­geot 107 (puis Peu­geot 108) et Toyo­ta Ay­go, voi­tures d’en­trée de gamme ven­dues à par­tir de 8.500 eu­ros. Le hic c’est que l’usine, qui com­prend tous les élé­ments ha­bi­tuels (ate­liers d’em­bou­tis­sage, de fer­rage, de pein­ture et de mon­tage), est réa­li­sée d’un seul te­nant sur 21 hectares et cer­tains four­nis­seurs se sont im­plan­tés dans l’en­ceinte même du site. Con­çue par Toyo­ta, c’est l’usine la plus com­pacte du monde qui fonc­tionne en trois équipes en ro­ta­tion sur deux tour­nées entre cha­cune des­quelles s’opère un ar­rêt quo­ti­dien stan­dard per­mettent la main­te­nance ou la ré­cu­pé­ra­tion de re­tard de pro­duc­tion. Le sys­tème lui per­met d’être en pro­duc­tion 290 jours par an, à rai­son de 1.046 vé­hi­cules par jour. C’est ce genre de par­te­naires, avec de nou­velles idées pour la­mi­ner les sa­cro-saints coûts de pro­duc­tion, que les grandes poin­tures comme Peu­geot PSA vont de plus en plus cher­cher dans les an­nées à ve­nir. La Tu­ni­sie, comme d’autres pays de Sour­cing, est face à ce di­lemme de­puis plu­sieurs an­nées car la “me­nace tchèque” est là de­puis 2005 ; un di­lemme que la ré­cente “me­nace” de Qué­mard ne fait qu’ac­cen­tuer.

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