LA MÉ­DI­TA­TION PLEINE CONSCIENCE

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE -

FAIRE RIMER BU­SI­NESS AVEC SA­GESSE

Les bien­faits de ce e dis­ci­pline sont va­li­dés par de nom­breuses études scien­ti­fiques. Et par des cadres que nous avons ren­con­trés.

epuis deux ans, les adeptes de la mé­di­ta­tion pleine conscience sont de plus en plus nom­breux. Le prin­cipe de cette dis­ci­pline en plein es­sor : mo­bi­li­ser son at­ten­tion sur sa res­pi­ra­tion ou une par­tie de son corps et se concen­trer sur ses sen­sa­tions, sans pen­ser à la pré­sen­ta­tion im­por­tante ou au ren­dez-vous cru­cial qui nous at­tendent dans trois heures.

Arme an­ti­stress

La mé­di­ta­tion pleine conscience n’a au­cune conno­ta­tion re­li­gieuse. Ap­pa­rue il y a trente-cinq ans aux EtatsU­nis et ini­tia­le­ment des­ti­née à ré­duire le stress des pa­tients et du per­son­nel dans les hô­pi­taux, elle s’est élar­gie à tous les sec­teurs. De grandes en­tre­prises comme Uni­bailRo­dam­co, la Maif ou So­dexo la pro­posent au­jourd’hui à leurs sa­la­riés. A l’ins­tar de Del­phine Er­notte (France Té­lé­vi­sions), de Jean-François Rial (Voya­geurs du Monde) ou du chef étoi­lé Thier­ry Marx, de nom­breuses per­son­na­li­tés la pra­tiquent. Et des études scien­ti­fiques ont va­li­dé les bé­né­fices qu’ap­porte sa pra­tique ré­gu­lière : ré­duc­tion du stress, amé­lio­ra­tion de la con­cen­tra­tion, contrôle des émo­tions...

Bo­nus créa­tif

Al­dric, jeune de­si­gner en agence de com­mu­ni­ca­tion, sou­ligne ses ef­fets sur la con­cen­tra­tion : «Elle m’aide dans mon tra­vail de créa­tion, mon esprit est moins tour­men­té par les sou­cis ma­té­riels».

Tous les mind­ful­lers ont consta­té qu’ils par­ve­naient à cal­mer le «ba­billage men­tal» pour mieux fo­ca­li­ser leur at­ten­tion et être plus ef­fi­cace et créa­tif. Si la mé­di­ta­tion n’est pas un moyen de trai­ter le burn-out, au­quel un sa­la­rié sur cinq se dit ex­po­sé, elle peut le pré­ve­nir : «Sa pra­tique vous aide à prendre conscience du pro­blème, elle ac­tive vos si­gnaux d’alerte avant qu’il ne soit trop tard», af­firme Vé­ro­nique, char­gée de pro­jet dans un or­ga­nisme de for­ma­tion et pra­ti­quante convain­cue.

Sous la douche

La mé­di­ta­tion pleine conscience peut se pra­ti­quer à peu près n’im­porte où — dans les trans­ports en com­mun, sous la douche ou dans les em­bou­teillages — puis­qu’elle se ré­sume à un exer­cice de res­pi­ra­tion de quelques mi­nutes, ac­com­pa­gné par­fois d’un mou­ve­ment phy­sique. Si vous avez la bou­geotte, adop­tez la «marche mé­di­ta­tive». Elle consiste à se concen­trer sur ses pas. Ch­ris­to­pher Gué­rin, DG Eu­rope de Nexans (spé­cia­liste des câbles), pro­fite pour sa part de ses tra­jets en TGV ou en avion «pour ré­ap­prendre à connec­ter corps, sen­sa­tions et pen­sées». Lui, qui avait ten­dance à fonc­tion­ner «en pi­lo­tage au­to­ma­tique» es­time «avoir dé­ve­lop­pé une pré­sence consciente et se­reine qui a re­cen­tré son ac­tion sur l’es­sen­tiel». Mais uti­li­ser la mé­di­ta­tion pour sim­ple­ment être plus per­for­mant et moins stres­sé au bou­lot se­rait la dé­voyer. Se­lon le moine boud­dhiste Mat­thieu Ri­card, qui par­ti­ci­pait, l’au­tomne der­nier, à une confé­rence sur la mé­di­ta­tion en entreprise, la pra­tique doit in­clure la bien­veillance. Par­mi les exer­cices qu’il pré­co­nise : faire re­vivre l’amour bien­veillant en pen­sant à un être cher. Puis étendre men­ta­le­ment ce sen­ti­ment à une per­sonne moins proche et, en­fin, à un in­di­vi­du que vous ne por­tez pas dans votre coeur. Ce­la ne prend qu’une di­zaine de mi­nutes.

Com­mu­ni­ca­tion apai­sée

Se­lon la re­cherche scien­ti­fique amé­ri­caine, la pra­tique ré­pé­tée de la mé­di­ta­tion chan­ge­rait le mé­ta­bo­lisme de notre cer­veau (moindre al­té­ra­tion de la ma­tière grise, dé­ve­lop­pe­ment de l’hip­po­campe im­pli­qué dans le pro­ces­sus de mé­mo­ri­sa­tion, ré­tré­cis­se­ment de l’amyg­dale qui gère les émo­tions...) et mo­di­fie­rait notre com­por­te­ment. Plus at­ten­tif aux autres et plus conscient des en­jeux, le mind­full ma­na­ger com­mu­nique de ma­nière plus ap­pro­priée. Pour au­tant, ce n’est pas un ma­na­ger bi­sou­nours. Isa­belle, cadre dans une banque, n’hé­site pas à ex­pri­mer son désac­cord avec ses col­la­bo­ra­teurs : «Mais sans agres­si­vi­té. Ma com­mu­ni­ca­tion est apai­sée, je pose les mots qu’il

faut.» «Au fi­nal, la qua­li­té du col­lec­tif se ren­force», sou­ligne Sé­bas­tien Hen­ry, ex-di­rec­teur d’une so­cié­té de for­ma­tion, de­ve­nu coach pour ai­der des di­ri­geants à ti­rer par­ti des bien­faits de la mé­di­ta­tion. Les dé­ci­deurs au­raient d’ailleurs bien be­soin de ga­gner en bien­veillance. Leur en­ne­mi à eux, c’est leur ego sur­di­men­sion­né. La mé­di­ta­tion per­met de s’en dé­ta­cher et de ga­gner en lu­ci­di­té. Moins ob­sé­dés par leur in­té­rêt in­di­vi­duel, les di­ri­geants de pleine conscience pren­draient des dé­ci­sions plus justes. Et pour­raient alors faire rimer bu­si­ness avec sa­gesse.

Et main­te­nant la mé­di­ta­tion

Head­space, Bud­dhi­fy, Mé­di­ter avec Chris­tophe An­dré... C’est l’arrivée en force des ap­plis spé­cia­li­sées. L’une des plus ré­centes, Pe­tit Bam­Bou, re­ven­dique 110.000 ins­crits moins d’un an après son lan­ce­ment. «Pour un dé­bu­tant, le vrai dé­fi est de par­ve­nir à an­crer la pra­tique dans ses ha­bi­tudes», ex­plique son co­créa­teur, Ben­ja­min Blas­co, un po­ly­tech­ni­cien qui a lâ­ché un poste de di­rec­tion chez PayPal pour se lan­cer dans l’aven­ture. Son ap­pli per­met de suivre une séance per­son­na­li­sée et dif­fé­rente tous les jours. Les huit pre­mières le­çons sont gra­tuites, le reste du ca­ta­logue est ac­ces­sible, moyen­nant un abon­ne­ment de 4,99 eu­ros par mois. In­té­res­sant pour les dé­bu­tants, même si les pu­ristes trouvent que l’uti­li­sa­tion du smart­phone n’est guère com­pa­tible avec la quête de sé­ré­ni­té. A vé­ri­fier par soi-même.

Pra­ti­quez avec un ins­truc­teur !

Pour Sé­bas­tien Hen­ry, coach de di­ri­geants, il est in­dis­pen­sable pour ti­rer pro­fit de cette dis­ci­pline. On peut en­suite mé­di­ter au quo­ti­dien de fa­çon in­di­vi­duelle, en es­sayant de gar­der la même qua­li­té de pré­sence dans toutes ses ac­tions. En­fin, mé­di­ter en groupe ou entre membres d’une même équipe est éga­le­ment très bé­né­fique.

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