TORPEUR HÉBÉTÉE

La Presse Business (Tunisia) - - EDITO -

e re­port de la pro­mul­ga­tion du code de l’in­ves­tis­se­ment par l’As­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple (ARP), pour cause de va­cances, en dit long sur le sens de la res­pon­sa­bi­li­té de nos élus. Ce re­port, qui in­ter­vient à une pé­riode cru­ciale où le pays se pré­pare à or­ga­ni­ser la Con­fé­rence in­ter­na­tio­nale de l’in­ves­tis­se­ment au mois de no­vembre pro­chain, est for­cé­ment un pé­ché de trop, dont les consé­quences se fe­ront res­sen­tir sur le climat de l’in­ves­tis­se­ment en Tu­ni­sie. A les en­tendre, lors de la séance de vote de confiance au gou­ver­ne­ment Es­sid, qui a pris l’al­lure d’une foire d’em­poigne où tout est per­mis, adres­ser à des mi­nistres re­tran­chés sur le banc des ac­cu­sés des re­proches de tous genres, on a l’im­pres­sion que ces Mes­sieurs dé­tiennent la so­lu­tion mi­racle pour sau­ver le pays. Pure illu­sion ! Car, au grand dam des Tu­ni­siens, l’hé­mi­cycle du Bar­do qui, pour la énième fois, prend l’al­lure d’un grand cha­pi­teau, voire d’une arène de gla­dia­teurs où les fac­tions po­li­tiques de l’An­ti­qui­té croi­saient dé­jà les armes, a res­ti­tué l’image d’un Par­le­ment qui roule les Tu­ni­siens dans la fa­rine. Prendre congé à un mo­ment qui marque un grand tour­nant pour un pays pris dans le tour­billon d’une crise qui em­porte dans son sillage fi­nance, éco­no­mie et em­plois, est, pour le moins qu’on puisse dire, ir­res­pon­sable. A en­tendre leurs for­mules as­sas­sines et leurs cri­tiques au scal­pel du ren­de­ment de la dé­funte co­pie du gou­ver­ne­ment, on pense im­mé­dia­te­ment qu’ils n’étaient pas des ac­teurs ef­fec­tifs dans la stra­té­gie et la po­li­tique mises en oeuvre par ce même gou­ver­ne­ment. Car, quand on tire à bou­lets rouges sur les mi­nistres par­tants, quand on prend en otages les mi­nistres res­tants et quand on ter­ro­rise les mi­nistres en­trants, on ne peut que ba­li­ser la voie de son propre échec. Un échec qui se­ra de toute fa­çon cui­sant pour tous. En ef­fet, il est simple, voire fa­cile, de se dé­ro­ber à sa res­pon­sa­bi­li­té et d’uti­li­ser des for­mules au vi­triol pour dia­bo­li­ser l’ac­tion gou­ver­ne­men­tale et ti­rer par là même son épingle du jeu. Il n’em­pêche, l’échec d’une équipe gou­ver­ne­men­tale est dé­jà sy­no­nyme de l’échec de l’ARP dans la ges­tion des af­faires pu­bliques du pays. En ef­fet, fau­til rap­pe­ler que c’est sous ce cha­pi­teau qu’on a ava­li­sé l’oc­troi de mil­lions de dol­lars en prêts? Que l’en­det­te­ment a at­teint un seuil his­to­rique? Que la loi de fi­nances a été adop­tée avec ses tra­vers connus, tels que la double im­po­si­tion sur les jeux? Que le taux d’in­fla­tion a connu ses pointes les plus graves? Que le ter­ro­risme a étan­ché sa soif à plu­sieurs re­prises sous cette lé­gis­la­ture? Que la classe moyenne s’est ré­tré­cie comme peau de cha­grin? Que la pau­vre­té a ga­gné de nou­veaux pans de la so­cié­té ? Que la mor­ta­li­té néo-na­tale a aug­men­té ? Que les Tu­ni­siens qui dé­priment as­sistent sans bron­cher à la même ca­co­pho­nie et aux dis­cus­sions sur des ques­tions fu­tiles, usantes, frus­trantes et ra­geantes, à l’ARP ? Mais, de là à dia­bo­li­ser mé­dia­ti­que­ment pour ap­prou­ver en cou­lisse, lois, mi­nistres et pro­jets, c’est de la schi­zo­phré­nie par­le­men­taire. Car per­sonne ne peut obli­ger un dé­pu­té à ap­prou­ver des noms, à va­li­der des lois, à en­té­ri­ner une ac­tion gou­ver­ne­men­tale dont il n’est pas convain­cu. Main­te­nant, alors que le pays se pré­sente comme un champ de braises et que

!■ nos élus ont op­té pour un far­niente li­mace, vive le droit à la torpeur hébétée

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