ARBORICULTURE FRUI­TIÈRE

Dé­but août 2016, des doua­niers ont sai­si au poste fron­ta­lier tu­ni­so-al­gé­rien de Ka­laât Khas­ba (gou­ver­no­rat du Kef) un lot de bou­tures de pal­miers im­por­té de ma­nière non ré­gle­men­taire par un ar­bo­ri­cul­teur de Ta­jé­rouine. L’im­por­ta­tion anar­chique des bou­ture

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Balkis K.

CES IN­SECTES ET PARASITES QUI ME­NACENT NOS PRO­DUITS DU TER­ROIR

La mise en place de ces points de contrôle phy­to­sa­ni­taire est d’une ex­trême ur­gence, d’au­tant plus que ces parasites tueurs de vé­gé­taux me­nacent, sé­rieu­se­ment, notre arboriculture frui­tière (oli­ve­raies, pal­me­raies, oran­ge­raies, pom­me­raies et autres), et, par consé­quent, nos pro­duits de ter­roir : huile d’olive, agrumes, dattes, pommes…. Le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, en charge de ce dos­sier, est certes conscient du dan­ger dans la me­sure où il a pro­mul­gué des textes qui in­ter­disent l’im­por­ta­tion de re­jets et de bou­tures de pal­miers, no­tam­ment en pro­ve­nance du ter­ri­toire al­gé­rien doit avoir les moyens de sa po­li­tique et do­ter les postes fron­ta­liers de points de contrôle phy­to­sa­ni­taire. Car l’im­por­ta­tion anar­chique de ces plants peut en­gen­drer, se­lon le dé­par­te­ment agri­cole, la pro­pa­ga­tion de graves ma­la­dies qui at­taquent les pal­miers.

CES IN­SECTES ET PARASITES QUI ME­NACENT LA TU­NI­SIE.

Par­mi ces ma­la­dies fi­gure le «bayoudh». Cette pa­tho­lo­gie, la plus grave, qui peut pro­vo­quer une épi­dé­mie réelle dans les oa­sis, a tué 12 mil­lions de pal­miers de­puis son ap­pa­ri­tion au Ma­roc et qui s’est ac­com­pa­gnée de la des­truc­tion des meilleures va­rié­tés de dattes. Elle s’est en­suite pro­pa­gée en Al­gé­rie où elle a oc­ca­sion­né d’énormes dé­gâts. Il y a aus­si le cha­ran­çon rouge. C’est un ra­va­geur re­dou­table qui at­taque le pal­mier aus­si bien or­ne­men­tal que dat­tier. Se­lon le la­bo­ra­toire de pro­tec­tion des vé­gé­taux à l’Ins­ti­tut na­tio­nal de la re­cherche agro­no­mique de Tu­ni­sie (In­rat), il a été si­gna­lé pour la pre­mière fois en Tu­ni­sie en 2011, après avoir réus­si à s’in­tro­duire dans d’autres pays mé­di­ter­ra­néens de­puis 1996. Les symp­tômes de l’at­taque du cha­ran­çon rouge, qui ap­pa­raissent plu­sieurs se­maines après l’in­fes­ta­tion par la larve ca­chée à l’in­té­rieur de l’arbre, sont per­cep­tibles à tra­vers la pré­sence de suin­te­ments li­quides bruns et vis­queux qui ponc­tuent les ori­fices per­fo­rés par les grosses larves à la base des palmes. D’autres in­sectes et parasites por­tant des noms ré­bar­ba­tifs tels qu’Er­wi­nia amy­lo­vo­ra, le feu bac­té­rien qui at­taque les pom­me­raies, la Ce­ra­ti­tis Ca­pi­ta­ta, la mi­neuse des oran­ge­raies, Xy­lel­la fas­ti­dio­sa, un pa­ra­site qui at­taque les oli­ve­raies. Ces ra­va­geurs, dont cer­tains ont dé­jà mi­gré dans notre pays tan­dis que d’autres pour­raient le faire à tout mo­ment, pour peu que les pré­cau­tions né­ces­saires ne soient pas prises. Pour cer­tains de ces in­sectes et bac­té­ries, qui sont gé­né­ra­le­ment in­vi­sibles, des re­mèdes existent et sont en usage. Pour d’autres, au­cune pa­rade n’a en­core été trou­vée et de­meurent une sé­rieuse me­nace pour note arboriculture frui­tière, d’au­tant plus que leur mi­gra­tion est de plus en plus fa­vo­ri­sée par la li­bé­ra­li­sa­tion des échanges entre les pays, li­bé­ra­li­sa­tion que fa­ci­lite des moyens de lo­co­mo­tion di­vers : avions, ba­teaux, trains, vé­hi­cules en tous genres…. L’Er­wi­nia amy­lo­vo­ra, agent pa­tho­gène à l’ori­gine de la ma­la­die dite «feu bac­té­rien», est l’une des plus dan­ge­reuses ma­la­dies qui

De­vant les li­mites de la lutte chi­mique et les re­tom­bés né­fastes des in­sec­ti­cides sur la san­té hu­maine le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture et de l’En­vi­ron­ne­ment met en oeuvre un in­sec­ta­rium spé­cia­li­sé dans l’éle­vage d’in­sectes pré­da­teurs.

peut at­ta­quer poi­riers, pom­miers, co­gnas­siers, né­fliers et de quelques autres es­pèces. Cette ma­la­die a été in­tro­duite en Tu­ni­sie en 2011 à tra­vers le trans­fert illé­gal de plants de­puis l’Al­gé­rie. Se­lon des sta­tis­tiques of­fi­cielles, le feu bac­té­rien a anéan­ti, en 2013, à Mor­nag et à La Ma­nou­ba, 6.000 hec­tares de poi­riers. Cette ma­la­die, qui a fait son ap­pa­ri­tion au XIXe siècle, est une bac­té­rie qui se pro­page ra­pi­de­ment et se re­pro­duit dans des condi­tions cli­ma­tiques dif­fi­ciles (des tem­pé­ra­tures va­riant entre 15 et 25 de­grés et un taux d’hu­mi­di­té qui dé­passe les 70%). À la suite de l’in­fec­tion, les fleurs et les feuilles des bou­quets flo­raux flé­trissent et noir­cissent. Dans des condi­tions fa­vo­rables, des branches en­tières peuvent flé­trir, se des­sé­cher en quelques jours et pro­vo­quer la mort du poi­rier. L’ar­ra­chage de­vient im­pé­ra­tif avec comme co­rol­laire un coût éco­no­mique pour l’ar­bo­ri­cul­teur qui doit in­ves­tir de nou­veau pour re­plan­ter sa terre. La cé­ra­tite est aus­si une mouche friande des agrumes. C’était une mi­neuse des oranges. Les mouches adultes pondent leurs oeufs sous l’épi­derme des fruits, par­ti­cu­liè­re­ment là où la peau est dé­jà dé­chi­rée. L’oeuf éclot au bout de trois jours, et la larve se dé­ve­loppe à l’in­té­rieur du fruit en se nour­ris­sant de la pulpe.

CER­TAINS IN­SECTES SONT CONTRÔ­LÉS, D’AUTRES NON

Cette mouche est heu­reu­se­ment sous contrôle. La lutte contre cet in­secte est pas­sée, dans une pre­mière étape, de l’épan­dage par avion de pes­ti­cides chi­miques à la gé­né­ra­li­sa­tion pro­gres­sive de l’uti­li­sa­tion de pes­ti­cides bio­lo­giques, le but étant de ré­duire au maxi­mum les ré­si­dus chi­miques. Néan­moins, la pro­tec­tion chi­mique avec des ap­pli­ca­tions fré­quentes d’in­sec­ti­cides ne tarde pas à faire ap­pa­raître des phé­no­mènes d’ac­cou­tu­mance sou­vent ac­com­pa­gnés de la ma­ni­fes­ta­tion d’autres ra­va­geurs. Ain­si, de­vant les li­mites de la lutte chi­mique et les re­tom­bés né­fastes des in­sec­ti­cides sur la san­té hu­maine, la faune utile et l’en­vi­ron­ne­ment, la nou­velle stra­té­gie du mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture et de l’En­vi­ron­ne­ment s’oriente vers la mise en oeuvre d’une mé­thode de lutte bio­lo­gique dans le cadre de la lutte in­té­grée par la créa­tion, à Bé­ni Khal­led, d’un in­sec­ta­rium spé­cia­li­sé dans l’éle­vage d’in­sectes pré­da­teurs. Cette lutte bio­lo­gique, en­ta­mée il y a deux dé­cen­nies, com­mence à don­ner ses fruits. Vient en­suite la bac­té­rie

Xy­lel­la fas­ti­dio­sa. Cette bac­té­rie tueuse ne s’est pas en­core in­tro­duite en Tu­ni­sie. Elle est si­gna­lée, ac­tuel­le­ment, dans un pays voi­sin, l’Ita­lie, où elle a dé­jà anéan­ti plus de 300.000 hec­tares d’oli­viers. Trans­por­tée par un in­secte dé­nom­mé Phi­la­neus spu­ma­rius, elle peut, par l’ef­fet de son ve­nin in­jec­té dans les arbres, pro­vo­quer leur des­sè­che­ment, et par­tant, leur mort et ar­ra­chage im­mé­diat. Pis en­core, au­cune pa­rade n’a en­core été dé­cou­verte jusque-là contre cette bac­té­rie tueuse. La liste des in­sectes et parasites qui me­nacent notre arboriculture frui­tière est bien plus longue, si on lui ajoute les co­che­nilles, les aleu­rodes, les pu­ce­rons, les acri­diens (cri­quets pè­le­rins…)…

POUR DES SER­VICES DE CONTRÔLE PHY­TO­SA­NI­TAIRE AUX POSTES FRON­TA­LIERS

Ce­la pour dire que l’en­jeu de la lutte contre ces ra­va­geurs et de la pré­ven­tion contre leur in­va­sion est de taille, rien que sur le plan éco­no­mique. Est-il né­ces­saire de rap­pe­ler que l’arboriculture frui­tière pro­cure au pays un ap­port non né­gli­geable en de­vises par l’ex­por­ta­tion de pro­duits de ter­roir : oranges, huile d’olive, dattes, gre­nades, et autres fruits ? A titre in­di­ca­tif, en 2015, l’huile d’olive et les dattes ont été ex­por­tées, à elles seules, pour une va­leur en de­vises de 2,5 mil­liards de di­nars, une vé­ri­table bouf­fée d’oxy­gène en cette pé­riode où les re­cettes du tou­risme connais­saient un trend bais­sier si­gni­fi­ca­tif, par l’ef­fet du ter­ro­risme. Quant aux so­lu­tions à mettre en place pour lut­ter contre ces parasites, elles sont au nombre de trois et sont en vi­gueur dans tous les pays in­dus­tria­li­sés. Il s’agit de créer des ser­vices phy­to­sa­ni­taires aux postes fron­ta­liers, d’in­ten­si­fier le contrôle sur le ter­rain de l’arboriculture frui­tière du pays et de mettre en qua­ran­taine des plants et bou­tures im­por­tés des zones in­fes­tées.

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