TOU­RISME

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Me­riem KHDIMALLAH

FACE À LA CRISE, LES HÔ­TE­LIERS NE SONT PAS ÉGAUX LOI­SIR

Ala tête de l’hô­tel le Sul­tan Ham­ma­met de­puis 21 ans, Meh­di Al­la­ni, est re­ve­nu, dans une dé­cla­ra­tion à La Presse Bu­si­ness, sur la si­tua­tion du sec­teur tou­ris­tique et la stra­té­gie adop­tée par son éta­blis­se­ment pour dé­pas­ser la crise que connaît le tou­risme de­puis plu­sieurs an­nées.

LE TOU­RISME, VIC­TIME D’UN MANQUE DE CONFIANCE !

Le vice-pré­sident de l’hô­tel le Sul­tan Ham­ma­met a dé­cla­ré que l’une des grandes er­reurs ayant conduit à ra­ter le ren­dez-vous de la re­prise du tou­risme tu­ni­sien est le manque de confiance entre les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs. Au lieu de conti­nuer le tra­vail ac­com­pli au­pa­ra­vant et de ti­rer la le­çon des ex­pé­riences pas­sées pour tra­cer le bon che­min, le res­pon­sable qui s’ins­talle ef­face l’ar­doise et re­com­mence à zé­ro. Cette er­reur ré­pé­ti­tive ne peut en au­cun cas amé­lio­rer la si­tua­tion d’un sec­teur qui souffre de­puis des an­nées. La stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur né­ces­site une col­la­bo­ra­tion forte entre les dif­fé­rentes par­ties concer­nées. Ce chan­tier com­mence, bel et bien, dans les lo­caux du mi­nis­tère du Tou­risme, mais il passe for­cé­ment par d’autres dé­par­te­ments (In­té­rieur, Trans­port, Cul­ture, San­té, Edu­ca­tion, Amé­na­ge­ment du ter­ri­toire…). C’est toute une chaîne de com­pé­tences et de va­leur qui doit être mise en place pour dé­pas­ser la crise. D’après Meh­di Al­la­ni, la com­mu­ni­ca­tion

est et res­te­ra la mère des ré­formes pour gra­ver cette stra­té­gie dans le marbre. Pour at­teindre cet ob­jec­tif,

il faut être très or­ga­ni­sé. «Les moyens sont là et on a dé­jà fait re­cours à des agences de com­mu­ni­ca­tion in­ter­na­tio­nales. Le tra­vail qui a été me­né de­puis la ré­vo­lu­tion est co­los­sal, mais à chaque nou­velle no­mi­na­tion, tout tombe à l’eau», a-t-il dit.

LES PRIX À LA POR­TÉE DE TOUS LES TUNISIENS…

En ce qui concerne la ré­cente po­lé­mique sur les ta­rifs ap­pli­qués par les hô­tels tunisiens et ju­gés trop éle­vés, Meh­di Al­la­ni a in­di­qué que les ac­cu­sa­tions lan­cées à l’en­contre du tou­risme in­té­rieur sont in­fon­dées et que les hô­tels où les chambres dé­passent les 250 Dt la nui­tée se comptent sur les doigts de la main, en pré­ci­sant qu’il existe plu­sieurs for­mules res­pec­tant les bud­gets de cha­cun. «La trans­pa­rence des ta­rifs s’im­pose ! D’ailleurs ces ta­rifs existent sur les sites de vente en ligne et tous les clients paient la même somme. Il n’existe pas une dif­fé­rence entre les Tunisiens et les tou­ristes étran­gers… Les prix pro­po­sés par les hô­tels dé­pendent de leurs clas­si­fi­ca­tions et ils sont à la por­tée de tous les Tunisiens», a-t-il as­su­ré. Il a ajou­té que le bra­dage des prix n’entre pas dans la po­li­tique du Sul­tan. De­puis des an­nées, l’éta­blis­se­ment n’a ces­sé d’in­ves­tir pour amé­lio­rer la qua­li­té des pro­duits et ser­vices of­ferts. Donc, il ne peut pas cé­der aux si­rènes de bra­dage des prix. Ain­si, deux op­tions se pré­sentent à chaque hô­te­lier:

La stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur né­ces­site une col­la­bo­ra­tion forte entre les dif­fé­rentes par­ties concer­nées, la com­mu­ni­ca­tion est et res­te­ra la mère des ré­formes pour gra­ver cette stra­té­gie dans le marbre

Au­cun in­di­ca­teur ne peut iden­ti­fier les es­ti­ma­tions pour le mois de sep­tembre, parce que le mar­ché tu­ni­sien ré­agit re­la­ti­ve­ment tard Les ac­cu­sa­tions lan­cées à l’en­contre du tou­risme in­té­rieur sont in­fon­dées et les hô­tels où les chambres dé­passent les 250 dt la nui­tée se comptent sur les doigts de la main

amé­lio­rer le pro­duit et of­frir un ser­vice de bonne qua­li­té pour al­ler tou­jours de l’avant et in­ves­tir da­van­tage dans ce pro­duit ou at­ti­rer les clients à tra­vers un prix bas, au dé­tri­ment de la qua­li­té. «Face à la crise, les hô­te­liers ne sont pas égaux ! Notre éta­blis­se­ment a choi­si, sa dé­marche de­puis des an­nées. Dés le dé­but, notre ob­jec­tif était clair et bien dé­fi­ni : at­teindre les normes et les stan­dards de qua­li­té. Donc, il était im­pos­sible d’adop­ter une po­li­tique de bra­dage des prix… Beau­coup ont ti­ré les prix vers le bas. Au dé­tri­ment de la qua­li­té et sans as­su­mer leurs charges, ils ont don­né de la Tu­ni­sie

une image ca­tas­tro­phique», a-t-il in­di­qué. Meh­di Al­la­ni a fait sa­voir que pour l’hô­tel le Sul­tan, les ta­rifs sont re­la­ti­ve­ment chers que ce soit pour les Eu­ro­péens, les Algériens ou les Tunisiens. Lorsque le taux d’oc­cu­pa­tion était bas (hi­ver ou prin­temps), le client coû­tait à l’hô­tel 95di­nars (coût d’ex­ploi­ta­tion sans amor­tis­se­ment ou frais ban­caires). Pour évi­ter la vente à perte, il faut en­vi­sa­ger une vente à 130di­nars. Tou­te­fois, en pleine sai­son, les coûts peuvent être maî­tri­sés, puisque le taux d’oc­cu­pa­tion monte. On est sur un coût client qui a voi­si­né 70dt.

LE CLIENT TU­NI­SIEN, UN BON IN­VES­TIS­SE­MENT

L’hô­tel le Sul­tan pa­rie for­te­ment sur le mar­ché lo­cal. 80% de ses clients les plus fi­dèles sont des Tunisiens, contre 15% d’Algériens et seule­ment 5% d’Eu­ro­péens. Le tou­riste russe ne re­pré­sente pas un gain im­por­tant pour les hô­tels tunisiens, d’une ma­nière gé­né­rale, vu que les prix pro­po­sés par les agences de voyages russes sont très bas. Al­la­ni a in­di­qué que les Russes ne payent que 125 dol­lars (soit près de 260 di­nars tunisiens) pour les billets d’avions et l’hô­tel, contre 400 dol­lars dans des cir­cons­tances or­di­naires. «Dans cette pé­riode de crise que connaissent les hô­tels, le but, cette an­née, est d’ar­ri­ver aux chiffres réa­li­sés en 2015 afin de ré­af­fir­mer la re­nais­sance du tou­risme lo­cal en at­ti­rant le plus de clien­tèle», a-t-il en­core pré­ci­sé. Pour son éta­blis­se­ment, avant 2010, le mar­ché lo­cal re­pré­sen­tait 5%. En 2015, le mar­ché lo­cal re­pré­sen­tait 88 à 90% sur toute l’an­née.

AU­CUNE VI­SI­BI­LI­TÉ SUR L’AVE­NIR

On est en pleine sai­son, et on a une vi­si­bi­li­té à 15 jours ! Au­cun in­di­ca­teur ne peut iden­ti­fier les es­ti­ma­tions pour le mois de sep­tembre, parce que le mar­ché tu­ni­sien ré­agit re­la­ti­ve­ment tard. 2016 est une an­née noire pour le tou­risme. Il est vrai que le mar­ché russe est en hausse, mais ce­la ne couvre pas les autres mar­chés qui sont en chute libre : le mar­ché fran­çais et le mar­ché al­le­mand en baisse abys­sale, le mar­ché bri­tan­nique et le mar­ché belge sont fer­més... Certes, il y a une cer­taine sta­bi­li­té en termes de sé­cu­ri­té (c’est une an­née plus sereine que 2015) mais les chiffres ne sont pas ras­su­rants. «2015 a des­si­né 2016…Es­pé­rons que cette sta­bi­li­té en 2016 nous serve en 2017», a-t-il sou­hai­té, ajou­tant que pour cet hi­ver, les hô­te­liers sont ap­pe­lés à être plus at­ten­tifs et à gar­der leurs stan­dards, sur­tout qu’ils vont tra­vailler avec un taux d’oc­cu­pa­tion trop faible (entre 20 et 25%). A une ques­tion sur le re­fus qu’il a op­po­sé à la 5e étoile pour son éta­blis­se­ment, Meh­di Al­la­ni a in­di­qué qu’ «on nous a pro­po­sé à deux re­prises cette 5e étoile. Nous l’avons re­fu­sée. Nous pré­fé­rons être le meilleur 4 étoiles qu’un 5 étoiles par­mi d’autres. En Tu­ni­sie, je con­si­dère que les vé­ri­tables 5 étoiles se comptent sur les doigts d’une main. Beau­coup d’hô­tels au­raient dû être dé­clas­sés. Avec le Sul­tan, je m’adresse à une clien­tèle fa­mi­liale qui ne veut pas avoir la pres­sion d’un 5 étoiles». Con­cer­nant la si­tua­tion gé­né­rale dans le pays, Meh­di Al­la­ni, en con­clu­sion, se dit très fier de voir un gou­ver­ne­ment qui se des­sine et qui se­ra plein de jeunes. Choi­sir des com­pé­tences tu­ni­siennes et jeunes est une dé­ci­sion cou­ra­geuse et une bonne nou­velle qui va don­ner une bouf­fée d’oxy­gène dans cette phase très dé­li­cate de l’his­toire du pays. Ce gou­ver­ne­ment se­ra aus­si en mixi­té du genre. On ne peut qu’en­cou­ra­ger cette ini­tia­tive et on est là pour ai­der, as­sis­ter, don­ner des conseils, don­ner de notre temps et de notre per­sonne ….pour l’in­té­rêt na­tio­nal.

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