RÉ­SUL­TATS DES TUNISIENS AUX JEUX OLYM­PIQUES

On re­gar­dait chaque jour nos ath­lètes tom­ber l’un après l’autre, face à une concur­rence mieux ar­mée et plus réa­liste. Nous, on a suc­com­bé au moindre test; on avait pris les choses à la lé­gère pour, fi­na­le­ment, avoir les ré­sul­tats qu’on mé­ri­tait dans l’ens

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par : Ra­fik EL HERGUEM

DU RÊVE AU CAU­CHE­MAR…

On est pas­sé en quelques jours d’un état d’op­ti­misme, d’es­poir à un autre beau­coup moins gai, beau­coup moins heu­reux. On parle de l’hu­meur des Tunisiens après les pe­tits et mo­destes ré­sul­tats des leurs aux Jeux olym­piques de Rio. On avait ti­tré il y a deux se­maines sur ces co­lonnes « Faites-nous

rê­ver », mais c’était un peu trop de­man­der , un peu trop es­pé­rer. Nos ath­lètes sont pas­sés à cô­té de la plaque. Et même si on avait rê­vé, c’était lé­gi­time, du mo­ment qu’on s’at­ten­dait à beau­coup mieux. On avait rê­vé de voir Ha­bi­ba Gh­ri­bi gla­ner l’or ou mon­ter sur le po­dium, on avait at­ten­du les soeurs Bes­bès rayon­ner, Mel­lou­li sur le 1.500 mètres, Ja­bal­lah et Chei­kh­rou­hou mon­ter sur le po­dium. Les Ka­rem Ben He­nia, Yos­ra Dhiab, Has­san Ch­gamt­ni, Mha­me­di et tous les autres ath­lètes ont dé­çu. Ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas rem­por­té de mé­dailles seule­ment (ils n’étaient pas tous mé­daillables, fran­che­ment), mais parce qu’ils ont été pas­sifs, pres­sés et parce qu’ils n’ont pas dé­fen­du leurs chances jus­qu’au bout. Comment ex­pli­quer cette énorme dé­faillance de Ha­bi­ba Gh­ri­bi , com­mer­cia­li­sée par son en­tou­rage comme mé­daillable, alors que son état de san­té, sa forme du mo­ment et son ap­proche men­tale étaient loin du compte face à des ad­ver­saires qui lui ont été su­pé­rieurses ? Comment jus­ti­fier cette dé­faite pré­coce et « hu­mi­liante » de Ja­bal­lah qui a bé­né­fi­cié d’une bonne pré­pa­ra­tion, lui et Ni­hel Chei­kh­rou­hou ? les soeurs Besbes, qui avaient tous les atouts, ont, elles aus­si, ra­té les der­niers mètres, tout comme He­nia et les hal­té­ro­philes éli­mi­nés dès les pre­mières prises. On n’a pas les moyens des USA, des Chi­nois ou des Bri­tan­niques, mais perdre de cette fa­çon, pas­ser du rêve au cau­che­mar en quelques jours n’est pas une mince af­faire. Par­lons aus­si du hand­ball et de nos joueurs in­ca­pables de gé­rer leurs matches et qui ont confir­mé que la sé­lec­tion n’est pas si bien gé­rée et unie qu’on le pen­sait. On re­gar­dait chaque jour nos ath­lètes tom­ber l’un après l’autre, face à une concur­rence mieux ar­mée et plus réa­liste. Nous, on a suc­com­bé au moindre test; on avait pris les choses à la lé­gère pour, fi­na­le­ment, avoir les ré­sul­tats qu’on mé­ri­tait dans l’en­semble. C’est ça le ni­veau réel de nos spor­tifs à l’échelle des Jeux olym­piques, soit le très haut ni­veau. Mau­vaise pré­pa­ra­tion (qui a com­men­cé pra­ti­que­ment fin 2014), moyens mo­destes et deux poids deux me­sures dans l’af­fec­ta­tion des bud­gets (Gh­ri­bi, Ja­ballh, Mel­lou­li les

mieux ser­vis, alors que d’autres n’ont presque rien ob­te­nu), très mau­vais en­ca­dre­ment fé­dé­ral, pas de pré­pa­ra­tion et d’ac­com­pa­gne­ment men­tal de haut ni­veau, des ma­na­gers des ath­lètes qui com­mer­cia­lisent l’illu­sion et qui tirent pro­fit de leurs ath­lètes, mé­dia­ti­sa­tion exa­gé­rée sur les per­for­mances at­ten­dues au point de leur­rer les Tunisiens, on en au­rait pour des heures à ex­pli­quer ces pe­tits ré­sul­tats. Mais il faut être réa­liste : ce sont nos ath­lètes, c’est notre sport avec ses dé­faillances pro­fondes, ce sont nos fé­dé­ra­tions et clubs qui n’ont pas en­core com­pris ce qu’est le haut ni­veau, et c’est aus­si notre Etat qui n’a pas les moyens de cou­vrir les coûts d’une mé­daille olym­pique.

INÈS BOU­BA­KRI, L’ÉCLAIR…

Il ne faut pas s’en prendre à nos ath­lètes; ils n’ont pas désho­no­ré les cou­leurs tu­ni­siennes. Cette dé­fer­lante d’at­taques et d’in­sultes qui suc­cède à une autre dé­fer­lante d’éloges et de sur­es­time ne ser­vi­ra à rien. Nos re­pré­sen­tants ont mal gé­ré ces deux se­maines, ces dé­tails qui font un mé­daillable olym­pique. Tout le sys­tème d’élite est à re­voir, toute la dé­marche de pré­pa­ra­tion olym­pique est aus­si à chan­ger. Inès Bou­ba­kri, qu’on n’avait pas pous­sée comme il faut avant les jeux, a heu­reu­se­ment sau­vé la face avec une belle mé­daille de bronze et un ni­veau très ho­no­rable qui pou­vait la pro­pul­ser vers l’or. Elle a bien joué, ra­tant de peu la fi­nale et le plus im­por­tant c’est qu’elle était gé­né­reuse. Ça peut conso­ler, c’est un mo­dèle à suivre pour les es­cri­meuses et les spor­tifs en gé­né­ral. Comme quoi quel­qu’un dont le nom n’est pas ma­tra­qué chaque jour, peut créer la sen­sa­tion. On a en­core du temps pour ex­pli­quer cette dé­faillance at­ten­due, il faut l’avouer, et sur­tout pour ti­rer les vraies le­çons. Que de choses à chan­ger… mais au­ra-t-on le cou­rage et les gens qu’il faut pour le faire ?

Tout le sys­tème d’élite est à re­voir, toute la dé­marche de pré­pa­ra­tion olym­pique est aus­si à chan­ger

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