‘’78% DES MÉ­NAGES JONGLERONT AVEC L'AÏD ET LA REN­TRÉE’’

TA­REK BEN JAZIA, DG DE L’INS­TI­TUT NA­TIO­NAL DE LA CONSOM­MA­TION

La Presse Business (Tunisia) - - CONTENTS - Pro­pos re­cueillis par Sar­ra O. BAKRY

DANS SON STA­TUT, L’INC AF­FICHE ‘’REN­FOR­CER LA PRO­TEC­TION DU CONSOM­MA­TEUR’’. COMMENT Y PAR­VE­NEZ-VOUS, ALORS QUE LE TU­NI­SIEN MOYEN EST VIC­TIME DU CHAOS DU MAR­CHÉ ?

C’est pour com­plé­ter le pay­sage na­tio­nal de la pro­tec­tion du consom­ma­teur que l’INC se place entre les dé­par­te­ments concer­nés dans l’Ad­mi­nis­tra­tion et les ac­teurs de la so­cié­té ci­vile. Nous avons la vo­ca­tion scien­ti­fique et la mise à dis­po­si­tion de l’in­for­ma­tion juste, mais nous n’avons pas l’at­tri­but de pro­té­ger le consom­ma­teur dans le sens mi­li­tant, comme le fait l’Or­ga­ni­sa­tion de la dé­fense du consom­ma­teur (ODC). Ce sont nos re­cherches et nos en­quêtes, nos pros­pec­tions et notre com­mu­ni­ca­tion pour orien­ter le consom­ma­teur. For­mel­le­ment, l’INC a été créé pour conso­li­der la pro­tec­tion du consom­ma­teur, four­nir un sou­tien tech­nique et ju­ri­dique aux consom­ma­teurs et ap­puyer les or­ga­ni­sa­tions et les struc­tures exer­çant dans les do­maines de la consom­ma­tion et de la qua­li­té des pro­duits. Il contri­bue éga­le­ment à la pro­mo­tion de l’in­for­ma­tion du consom­ma­teur et à l’orien­ta­tion de son com­por­te­ment de consom­ma­tion.

EST-CE DANS LE MÊME SENS QUE VOUS AVEZ SOU­TE­NU L’AP­PLI­CA­TION ‘’RECLAMY’’ QUI PER­MET AU CONSOM­MA­TEUR DE DÉ­NON­CER LES ABUS ET FRAUDES QU’IL SU­BIT AU

QUO­TI­DIEN DE LA PART DE CER­TAINS COM­MER­ÇANTS ? Ab­so­lu­ment ! Parce que ce­la rentre dans le cadre de l’as­sis­tance tech­nique que nous por­tons à la so­cié­té ci­vile, puisque c’est une as­so­cia­tion, l’«Or­ga­ni­sa­tion tu­ni­sienne pour in­for­mer le consom­ma­teur» qui a mis en ser­vice en juin der­nier ‘’Reclamy’’. Cette ap­pli­ca­tion, qui contient un sys­tème de géo­lo­ca­li­sa­tion et per­met d’en­voyer des pho­tos, per­met au consom­ma­teur de dé­non­cer les abus et fraudes qu’il su­bit au quo­ti­dien de la part de cer­tains com­mer­çants. Nous les ai­dons par de la for­ma­tion sur des thé­ma­tiques pré­cises et par les ré­sul­tats de nos en­quêtes que nous leur four­nis­sons gra­cieu­se­ment. Il y a des en­quêtes que nous réa­li­sons par nos propres moyens et, si elles

sont d’une grande en­ver­gure, nous les sous-trai­tons au­près des bu­reaux spé­cia­li­sés pour les opé­ra­tions de ter­rain, gar­dant pour nous la compilation des don­nées, les ana­lyses... C’est dans ce sens que nous avons ai­dé à la réa­li­sa­tion de l’ap­pli­ca­tion ‘’Reclamy’’ et que nous avons éga­le­ment édi­té des au­to­col­lants pour faire de la pro­pa­gande au­tour d’elle.

COMMENT VOUS ÊTES-VOUS PRÉ­PA­RÉS À LA REN­TRÉE SCO­LAIRE ET L’AÏD EL KÉ­BIR, SUR­TOUT QUE LES DEUX ÉVÉ­NE­MENTS ONT LIEU EN MÊME TEMPS CETTE AN­NÉE?

Pour l’Aïd, nous avons dé­jà réa­li­sé une en­quête qui a cou­vert un échan­tillon re­pré­sen­ta­tif de 2.000 mé­nages dans

toute la Tu­ni­sie et nous sommes ac­tuel­le­ment en phase de vé­ri­fi­ca­tion, de croi­se­ment et de compilation des don­nées. Le but de cette en­quête est de connaître le com­por­te­ment du Tu­ni­sien du­rant cette pé­riode : va-t-il ache­ter ou non un mou­ton, alors qu’il est, en plus, face aux dé­penses im­por­tantes de la ren­trée des classes ? S’il n’achète pas, pour­quoi ? Son at­ta­che­ment à ce rite vient-il de son res­pect pour la tra­di­tion ou de la re­li­gion, ou les deux ? Com­bien est-il prêt à dé­bour­ser pour s’of­frir un mou­ton ? Pen­dant com­bien de temps consom­me­ra-t-il cette viande ?

ET QUELLES SONT VOS PRE­MIÈRES PRÉ­VI­SIONS? VONT-ILS ACHE­TER OU PAS DE MOU­TON CETTE AN­NÉE?

Se­lon les pre­miers élé­ments qui res­sortent de notre en­quête, 78,3% des mé­nages tu­ni­siens vont ache­ter un mou­ton cette an­née, mal­gré la conco­mi­tance avec la ren­trée sco­laire.

RE­VE­NONS À LA REN­TRÉE...

Nous tra­vaillons sur la ren­trée sco­laire éga­le­ment avec une ap­proche sta­tis­tique, en co­opé­ra­tion avec le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion qui nous donne les prix des four­ni­tures sco­laires, parce qu’il y a un grand tra­vail de fond qui se fait du­rant toute l’an­née. Nous avons contac­té des en­sei­gnants en mi­lieu ur­bain et d’autres en mi­lieu ru­ral pour qu’ils nous disent ce qu’ils demandent comme four­ni­tures sco­laires pour chaque classe. A par­tir de là, nous cal­cu­lons le coût du car­table et nous pu­blions les ré­sul­tats, comme nous l’avons fait l’an­née der­nière. Se­lon ces cal­culs, pour cette ren­trée sco­laire, les coût du car­table se si­tue­ra entre 51, 165 di­nars et 94,860 di­nars pour l’en­sei­gne­ment pri­maire, de 91,040 et 93,040 di­nars pour l’en­sei­gne­ment pré­pa­ra­toire et 94,945 et 96,870 pour l’en­sei­gne­ment se­con­daire. Les cal­culs des coûts de la ren­trée ex­cluent les pro­duits fa­cul­ta­tifs à l’ins­tar de la te­nue de sport, l’abon­ne­ment de trans­port et la gar­de­rie. Ces cal­culs ont été fon­dés sur les prix du cahier sub­ven­tion­né et la moyenne des prix des dif­fé­rentes four­ni­tures sco­laires dis­po­nibles sur les dif­fé­rents mar­chés du pays.

L’EN­QUÊTE QUAN­TI­TA­TIVE SUR LA MO­DER­NI­SA­TION DU COM­MERCE DE DIS­TRI­BU­TION RE­MONTE À 2011. POUR­QUOI NE PAS AVOIR ME­NÉ D’AUTRES EN­QUÊTES DANS LE MÊME SENS ?

Cette en­quête a fait res­sor­tir de nou­veaux élé­ments d’une ex­trême im­por­tance en concluant que le sec­teur du com­merce de dis­tri­bu­tion en Tu­ni­sie a connu un chan­ge­ment im­por­tant avec l’ou­ver­ture de l’hy­per­mar­ché Car­re­four en 2001, qui a mar­qué le dé­but de l’avè­ne­ment de la grande dis­tri­bu­tion dans le pays. L’essor de nou­velles pra­tiques com­mer­ciales et les pro­grès tech­niques qu’a connus, de­puis, le pay­sage de la dis­tri­bu­tion (pu­bli­ci­té, pro­mo­tion, cré­dit à la consom­ma­tion, fa­ci­li­té de paie­ment, dé­mo­né­ti­sa­tion,…) ont joué sans conteste un rôle dé­ter­mi­nant dans les nou­veaux com­por­te­ments des consom­ma­teurs. Comme il convient de si­gna­ler d’autres fac­teurs ex­ternes au sec­teur, et qui ont par­ti­ci­pé éga­le­ment aux chan­ge­ments des mo­dèles de consom­ma­tion, tels que la crois­sance des villes, l’amé­lio­ra­tion du ni­veau de vie, l’évo­lu­tion du mode de vie et l’équi­pe­ment conti­nu des mé­nages. Ain­si, les cir­cuits de dis­tri­bu­tion d’au­jourd’hui ne sont plus ceux d’hier, car ils ne peuvent res­ter à l’écart des mu­ta­tions éco­no­miques et so­ciales qu’a connues le pays. La grande dis­tri­bu­tion oc­cupe une place de plus en plus im­por­tante dans l’es­prit et le com­por­te­ment des consom­ma­teurs. Tous ces fac­teurs ont en­gen­dré de nou­velles ten­dances de com­por­te­ment d’achat. A ce titre, Il suf­fit de se rap­pe­ler que, ja­dis, le consom­ma­teur choi­sis­sait d’abord la marque ou le pro­duit et al­lait chez le dis­tri­bu­teur qui ven­dait la marque, alors que, de nos jours, les consom­ma­teurs choi­sissent gé­né­ra­le­ment d’abord le dis­tri­bu­teur chez qui ils vont dé­sor­mais s’ap­pro­vi­sion­ner avant de dé­ci­der de la marque ou du pro­duit à ache­ter. Mal­heu­reu­se­ment, les ré­sul­tats de l’en­quête n’ont pas été pris en consi­dé­ra­tion ! Nous y avons dé­cou­vert que plus de 7 Tu­ni­siens sur 10 avouent com­mettre des dé­ra­pages en ma­tière de consom­ma­tion et de dé­penses quand ils vont dans une grande sur­face. Ce­la veut dire qu’ils achètent des choses dont ils n’ont vrai­ment pas be­soin et qu’il n’a même pas pré­vu d’ache­ter. Par­mi nos re­com­man­da­tions, les au­to­ri­tés publiques doivent prendre en consi­dé­ra­tion l’évo­lu­tion du pou­voir d’achat du Tu­ni­sien au mo­ment de l’oc­troi d’au­to­ri­sa­tions à de nou­velles grandes sur­faces. Ce­la dit, nous avons me­né une foule d’autres en­quêtes non moins im­por­tantes de­puis lors, à com­men­cer par une étude sur le chan­ge­ment du mode

"Reclamy" est une ap­pli­ca­tion qui per­met au consom­ma­teur de dé­non­cer les abus et fraudes qu’il su­bit au quo­ti­dien.’’

‘’Se­lon les pre­miers élé­ments qui res­sortent de notre en­quête, 78,3% des mé­nages tu­ni­siens vont ache­ter un mou­ton cette an­née, mal­gré la conco­mi­tance avec la ren­trée sco­laire.’’

de consom­ma­tion que nous ve­nons de fi­na­li­ser, une étude sur la consom­ma­tion des en­fants et des ado­les­cents...

CÔ­TÉ PRO­DUITS, À QUEL NI­VEAU IN­TER­VE­NEZ-VOUS POUR LES ES­SAIS COMPARATIFS DES IN­DUS­TRIELS ?

L’INC est le pre­mier ins­ti­tut ara­bo-afri­cain à réa­li­ser les es­sais comparatifs que nous sous-trai­tons au­près de la­bo­ra­toires ac­cré­di­tés et agré­men­tés. Nous nous as­su­rons qu’ils ne connaissent ni la marque, ni les in­dus­triels. Nous gar­dons aus­si l’ano­ny­mat des la­bo­ra­toires dans la pu­bli­ca­tion de nos ré­sul­tats. Nous pu­blions ain­si un clas­se­ment de ces pro­duits se­lon des cri­tères de pondération.

D’ailleurs, suite à la pa­ru­tion des ré­sul­tats de l’es­sai comparatif re­la­tif au double concen­tré de to­mates, l’Ins­ti­tut na­tio­nal de la consom­ma­tion a in­for­mé les in­dus­triels dé­ten­teurs des marques et des ré­fé­rences ob­jets de l’es­sai comparatif que la re­prise des dits ré­sul­tats est sou­mise à l’ac­cord du centre d’es­sais. Ce­pen­dant, les in­dus­triels ne sont sou­vent pas d’ac­cord, ni à pro­pos de nos tests, ni entre eux. Il y a même des ‘’fuites’’ que cer­tains d’entre eux dis­til­lent à l’en­contre de concur­rents et les mé­dias s’en font pé­rio­di­que­ment l’écho.

COMMENT PROTÉGEZ-VOUS LES CONSOM­MA­TEURS CONTRE LA PUB ABU­SIVE ?

Lors d’un ré­cent ate­lier de ré­flexion sur ‘’La pub, entre or­ga­ni­sa­tion et pro­tec­tion du consom­ma­teur’’, les par­ti­ci­pants ont re­com­man­dé l’éla­bo­ra­tion d’un code dé­on­to­lo­gique de la pro­fes­sion pu­bli­ci­taire en Tu­ni­sie et d’oeu­vrer à la pu­bli­ca­tion d’un code de la com­mu­ni­ca­tion pu­bli­ci­taire, ap­pe­lant à pro­té­ger le consom­ma­teur contre l’ex­cès de spots pu­bli­ci­taires. Cer­tains ont aus­si mis l’ac­cent sur l’ab­sence de pu­bli­ci­té pour sen­si­bi­li­ser le pu­blic aux su­jets d’in­té­rêt gé­né­ral quand la pu­bli­ci­té com­mer­ciale ne cesse de prendre de l’am­pleur et ont re­com­man­dé que la Hai­ca contrôle la qua­li­té des spots pu­bli­ci­taires com­mer­ciaux qui dé­té­riorent le goût du pu­blic et en­cou­ragent cer­tains com­por­te­ments in­ac­cep­tables. En vé­ri­té, le sec­teur de la pu­bli­ci­té ne fi­gure pas par­mi les sec­teurs or­ga­ni­sés et souffre de plu­sieurs dé­faillances qui ont un im­pact im­por­tant sur les consom­ma­teurs, par­ti­cu­liè­re­ment les plus jeunes d’entre eux. Ces man­que­ments ont trait au lan­gage uti­li­sé dans la pu­bli­ci­té, qui est par­fois dé­sin­volte, en plus de l’in­ci­ta­tion à des com­por­te­ments in­ac­cep­tables et l’at­teinte aux don­nées per­son­nelles à tra­vers l’en­voi ou la ré­cep­tion de mes­sages com­por­tant des pu­bli­ci­tés sur les adresses élec­tro­niques.

VOUS EN­TRE­TE­NEZ DES RE­LA­TIONS AVEC DES OR­GA­NI­SA­TIONS NA­TIO­NALES ET IN­TER­NA­TIO­NALES, MAIS QUELLE CO­OR­DI­NA­TION AVEZ­VOUS SPÉ­CIA­LE­MENT AVEC L’OR­GA­NI­SA­TION DE DÉ­FENSE DU CONSOM­MA­TEUR ?

Il faut d’abord rap­pe­ler que l’INC se place entre les dé­par­te­ments concer­nés dans l’Ad­mi­nis­tra­tion et les ac­teurs de la so­cié­té ci­vile dont fait par­tie l’Or­ga­ni­sa­tion de dé­fense du consom­ma­teur (ODC). Nous avons d’ex­cel­lentes re­la­tions avec cette der­nière et trois de ses membres font même par­tie de notre conseil d’ad­mi­nis­tra­tion ; nous me­nons des ac­tions com­munes et l’INC or­ga­nise des ses­sion de for­ma­tion pour le compte de l’ODC.

‘’Le coût du car­table se si­tue­ra entre 51,165 et 94,860 di­nars pour l’en­sei­gne­ment pri­maire, 91,040 et 93,040 di­nars pour l’en­sei­gne­ment pré­pa­ra­toire et de 94,945 et 96,870 pour l’en­sei­gne­ment se­con­daire.’’

QUELS SONT VOS PRO­JETS POUR LA PRO­CHAINE PÉ­RIODE?

Nous sommes en train de mettre les der­nières touches à un pro­jet qui se­ra sur le ter­rain en oc­tobre : les ca­ra­vanes de la consom­ma­tion, qui se dé­pla­ce­ront par­tout en Tu­ni­sie avec une ap­proche de com­mu­ni­ca­tion et de sen­si­bi­li­sa­tion. Ces ca­ra­vanes mul­ti­dis­ci­pli­naires pro­posent un cours pré­pa­ré soi­gneu­se­ment par quatre de nos ex­perts sur dif­fé­rentes thé­ma­tiques comme la sé­cu­ri­té des pro­duits (no­tam­ment les jouets et les four­ni­tures sco­laires), l’éti­que­tage nu­tri­tion­nel et ses sub­ti­li­tés. Nous al­lons éga­le­ment cou­vrir 40 écoles avec 1.500 élèves dans le Grand-Tu­nis dans une op­tique de pros­pec­tion. Nous avons éga­le­ment en pro­jet la créa­tion d’une pla­te­forme d’édu­ca­tion à la consom­ma­tion pour 2018 dont le but est de por­ter la com­mu­ni­ca­tion et la for­ma­tion vrai­ment par­tout en Tu­ni­sie. Nous avons éga­le­ment in­ves­ti dans la pré­pa­ra­tion d’une web-TV qui tans­met­tra des in­ter­views et des re­por­tages de 5 mn pour que la cul­ture de la consom­ma­tion soit plus ac­ces­sible.

‘’Le sec­teur du com­merce de dis­tri­bu­tion a connu un chan­ge­ment im­por­tant avec l’ou­ver­ture de l’hy­per­mar­ché Car­re­four en 2001.’’

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