GREENPEACE COMMENT LA RDC A SE­CRÈ­TE­MENT VIO­LÉ

SON PROPRE MO­RA­TOIRE SUR L’AT­TRI­BU­TION DE NOU­VELLES CONCES­SIONS FO­RES­TIÈRES

La Presse Business (Tunisia) - - CONTENTS -

Ain­si,une fo­rêt tro­pi­cale d’une su­per­fi­cie re­pré­sen­tant plus du double de la sur­face de la France risque d’être abat­tue, suite à une nou­velle en pro­ve­nance de la Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, se­lon la­quelle le gou­ver­ne­ment en­vi­sage d’ou­vrir sa fo­rêt à de nou­veaux ex­ploi­tants. Cette nou­velle ar­rive alors que la Nor­vège, la France, l’Al­le­magne, le Royaume-Uni et l’Union eu­ro­péenne en­vi­sagent d’ap­puyer un plan d’un mil­liard de dol­lars pro­po­sé par le gou­ver­ne­ment con­go­lais pour pro­té­ger les fo­rêts du pays, les­quelles couvrent une su­per­fi­cie de 1,55 mil­lion de ki­lo­mètres car­rés. Une coa­li­tion d’or­ga­ni­sa­tions de dé­fense de l’en­vi­ron­ne­ment et de lutte contre la cor­rup­tion a ap­pel­lé le gou­ver­ne­ment de la RDC à main­te­nir le mo­ra­toire sur l’at­tri­bu­tion de nou­velles li­cences d’ex­ploi­ta­tion fo­res­tière qu’il a dé­cré­té en 2002. Tou­te­fois, une en­quête de Greenpeace Afrique ré­vèle que le gou­ver­ne­ment con­go­lais a ac­cor­dé en 2015 trois conces­sions d’une sur­face to­tale de 650.000 ha à la So­cié­té la Mil­lé­naire Fo­res­tière Sarl (Som­for) dans les pro­vinces de l’Equa­teur et de la Tshua­pa, ain­si qu’à la so­cié­té la Fo­res­tière pour le dé­ve­lop­pe­ment du Con­go Sarl (Fo­de­co) dans la pro­vince de la Tsho­po, vio­lant ain­si le mo­ra­toire qu’il a lui-même mis en place en 2002 sur l’at­tri­bu­tion de nou­veaux titres d’ex­ploi­ta­tion fo­res­tière. Le 30 jan­vier 2016, Ro­bert Bo­po­lo Mbon­ge­za, mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment, conser­va­tion de la na­ture et dé­ve­lop­pe­ment du­rable (Mecnnd), a dé­cla­ré que “les dé-

marches sont en cours” pour ob­te­nir du gou­ver­ne­ment la le­vée du mo­ra­toire. Au mo­ment de cette an­nonce, le mi­nistre ne pou­vait pas igno­rer que son pré­dé­ces­seur avait illé­ga­le­ment at­tri­bué ces trois nou­velles conces­sions fo­res­tières. Les cher­cheurs de Greenpeace se sont pro­cu­ré ces contrats si­gnés en 2015 par le mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment et du Dé­ve­lop­pe­ment du­rable de l’époque,

Bien­ve­nu Liyo­ta Nd­jo­li. Dans un rap­port pu­blié, Greenpeace pré­sente les preuves qu’avec ces at­tri­bu­tions faites dans le se­cret, le gou­ver­ne­ment con­go­lais contourne le mo­ra­toire avec l’in­ten­tion de le le­ver avant que les condi­tions préa­lables ne soient rem­plies, me­na­çant ain­si la deuxième plus grande fo­rêt tro­pi­cale au monde. CE QUI RESTE DE LA FO­RÊT TRO­PI­CALE Il est pour­tant clair que les pré-condi­tions pour le­ver cette me­sure de pro­tec­tion sont bien loin d’avoir été at­teintes, et qu’une telle me­sure don­ne­rait lieu à une si­tua­tion en­core plus chao­tique dans le sec­teur

fo­res­tier. « Nous exi­geons du gou­ver­ne­ment con­go­lais de non seule­ment an­nu­ler im­mé­dia­te­ment les contrats des conces­sions de So­mi­for et celle de Fo­de­co pré­sen­tés par Greenpeace, mais aus­si de dé­ter­mi­ner s’il y a eu d’autres vio­la­tions du mo­ra­toire et de s’as­su­rer que les of­fi­ciels im­pli­qués dans ces illé­ga­li­tés soient pu­nis », dé­clare Irène Wa­bi­wa Be­to­ko, res­pon­sable de la cam­pagne Fo­rêt à Greenpeace Afrique. Dans une lettre da­tée du 9 juin der­nier, Greenpeace a de­man­dé des cla­ri­fi­ca­tions sur ces vio­la­tions fla­grantes du mo­ra­toire au mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment, mais n’a pas re­çu de ré­ponse à ce jour. Ce dos­sier se­ra éga­le­ment trans­mis au pro­cu­reur gé­né­ral de la Ré­pu­blique de la RDC afin qu’il puisse en­quê­ter sur ces af­faires. D’une su­per­fi­cie de 155 mil­lions d’hec­tares, la fo­rêt de la RDC re­pré­sente en­vi­ron un dixième de ce qui reste de la fo­rêt tro­pi­cale dans le monde. Elle abrite des élé­phants de fo­rêts, des go­rilles, des bo­no­bos, des oka­pis, des centaines d’es­pèces d’oi­seaux et des mil­liers de plantes. Le mo­ra­toire a été dé­cré­té en 2002, juste après la fin de la guerre, pour em­pê­cher le pillage de ces im­menses fo­rêts et pro­té­ger ain­si leur bio­di­ver­si­té. Avec l’ap­pui de la Banque mon­diale, la RDC était sup­po­sée trans­for­mer son sec­teur fo­res­tier en une in­dus­trie du­rable qui de­vait gé­né­rer des mil­liards de dol­lars de re­ve­nus et des mil­liers d’em­plois, tout en pro­té­geant la fo­rêt. Pour­tant, au lieu de mettre en place les me­sures aux­quelles il s’était en­ga­gé, le gou­ver­ne­ment con­go­lais a vio­lé à de nom­breuses re­prises le mo­ra­toire en ac­cor­dant de nom­breux titres illé­gaux, ali­men­tant la

cor­rup­tion et créant d’énormes dom­mages éco­no­miques et so­ciaux. Pour s’op­po­ser à la le­vée du mo­ra­toire, Greenpeace et d’autres or­ga­ni­sa­tions en­vi­ron­ne­men­tales et de lutte contre la cor­rup­tion se sont réunies dans

une coa­li­tion dé­but 2016. « Le gou­ver­ne­ment con­go­lais doit main­te­nir ce mo­ra­toire sur l’at­tri­bu­tion de nou­velles li­cences d’ex­ploi­ta­tion fo­res­tière tant que les condi­tions dé­fi­nies par la loi ne se­ront pas rem­plies, de­mande

Irène Wa­bi­wa. L’ex­ploi­ta­tion fo­res­tière in­dus­trielle n’a rap­por­té que 8 mil­lions de dol­lars amé­ri­cains au Tré­sor Pu­blic en 2014, les au­to­ri­tés de­vraient donc ex­plo­rer et pro­mou­voir des al­ter­na­tives comme la fo­res­te­rie com­mu­nau­taire », conclut-elle. En­vi­ron 40 mil­lions de per­sonnes trouvent leurs moyens de sub­sis­tance dans la fo­rêt congo­laise, comme leur nour­ri­ture ou leur bois de chauf­fage. La seule cou­ver­ture fo­res­tière de la RDC per­met de sto­cker 7% des émis­sions mon­diales de car­bone, de­ve­nant ain­si l’un des plus im­por­tants ré­ser­voirs au monde de car­bone.

Nous exi­geons du gou­ver­ne­ment con­go­lais de non seule­ment an­nu­ler im­mé­dia­te­ment les contrats des conces­sions de So­mi­for et celle de Fo­de­co pré­sen­tés par Greenpeace, mais de dé­ter­mi­ner s'il y a eu d'autres conces­sions du mo­ra­toire

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