POST-SCRIPTUM

La Presse Business (Tunisia) - - CONTENTS - Par Saous­sen BOULEKBACHE

Ou­bliez les mar­chands de glace qui se contentent de fa­bri­quer une boule et de la mettre tout sim­ple­ment dans un cor­net avant de la vendre à leurs clients. Les Turcs ont choi­si de tra­vailler d’une fa­çon beau­coup plus spec­ta­cu­laire. Nous confon­drons même leurs pra­tiques avec celles des ma­gi­ciens ! Avant de re­mettre le cor­net à leurs clients, il fau­dra qu’ils le mé­ritent. Ils réa­lisent alors quelques feintes du plus bel ef­fet. Pré­ci­sons que ces Turcs vendent de la glace ap­pe­lée «de Kah­ra­ma­na­raş», une spé­cia­li­té lo­cale. Com­po­sée de lait, de sucre et de sah­lep, une sorte de fa­rine ob­te­nue à par­tir de bulbes d’or­chi­dées sé­chés, cette glace a une consis­tance qui se rap­proche de celle du che­wing-gum et qui per­met à ces ven­deurs de réa­li­ser leurs tours in­croyables. Ache­ter une glace se trans­forme ain­si avec eux en un spec­tacle éton­nant. Der­rière son cha­riot, le mar­chand de crème gla­cée plonge au fond d’un pro­fond ré­ci­pient une tige mé­tal­lique longue de plus d’un mètre, qu’il se met à agi­ter éner­gi­que­ment. Il re­tire en­suite le bâ­ton du contai­ner, avec, à son ex­tré­mi­té, un mor­ceau com­pact de pâte gla­cée. Le ven­deur en dé­pose une boule dans un cor­net, avant de la tendre à son client. Même si la glace est au­jourd’hui, ma­jo­ri­tai­re­ment pro­duite de fa­çon in­dus­trielle, l’ori­gine de ce des­sert est vieille de trois siècles, le spec­tacle aus­si. Pré­ci­sion ! Pas be­soin de voya­ger jus­qu’à Is­tan­bul pour as­sis­ter au spec­tacle, car le phé­no­mène pro­li­fère en Tu­ni­sie. A Si­di Bou Saïd, à Ham­ma­met… et qui sait en­core où. Les Turcs as­surent l’ani­ma­tion de nos villes tou­ris­tiques. Ces ven­deurs mul­ti­dis­ci­pli­naires ont bien choi­si leur ter­rain pour conqué­rir une nou­velle clien­tèle. Ils ont su que l’ani­ma­tion des rues, sur­tout en pé­riode es­ti­vale, n’est pas le point fort de la Tu­ni­sie. Con­trai­re­ment à des centaines de villes dans le monde, rien n’est vrai­ment spec­ta­cu­laire chez nous ! Ces ven­deurs de des­sert gla­cé ont bien com­pris la chose et sont ve­nus com­bler ce manque. Cra­cheurs de feu, dres­seurs d’ani­maux, jon­gleurs, des­si­na­teurs... Au­tant de dis­ci­plines ar­tis­tiques agréables pra­ti­quées ailleurs que chez nous font par­tie in­té­grante de la vie des vil­lages, des fes­ti­vals, des sta­tions bal­néaires, des alen­tours des hô­tels…Ils ont l’avan­tage de pou­voir, dans la plu­part des cas, tra­duire très fa­ci­le­ment l’am­biance et le contexte gé­né­ral des villes. Ils ont éga­le­ment le pri­vi­lège de conso­li­der l’ac­ti­vi­té pa­ra­tou­ris­tique. A Mar­ra­kech, à Bar­ce­lone, à Rio de Ja­nei­ro, à Venise… pra­ti­que­ment par­tout dans le monde, ces spec­tacles font par­tie des tra­di­tions. Ils res­tent même le point fort de ces villes. A l’ori­gine, l’idée des col­lec­ti­vi­tés lo­cales était d’en­cou­ra­ger les ar­tistes à pro­po­ser des spec­tacles à un pu­blic qui n’avait pas for­cé­ment ac­cès aux es­paces cultu­rels. Mais au fil du temps, ce phé­no­mène est vite de­ve­nu vi­tal pour toute ville qui res­pecte ses ad­mi­nis­trés, mais aus­si ses hôtes. Mal­heu­reu­se­ment, les Tu­ni­siens sont res­tés à la traîne. Les quelques ten­ta­tives qui ont pu voir le jour ont toutes mal fi­ni. Alors, au lieu de lais­ser des étran­gers jouer les am­bas­sa­deurs de leurs ha­bi­tudes cu­li­naires… les Tu­ni­siens doivent être prio­ri­taires pour s’ex­hi­ber sur leur propre sol.

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