FAUT-IL AVOIR PEUR DU FMI?

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO -

Le si­gnal est in­quié­tant. Il vient du Fond mo­né­taire in­ter­na­tio­nal et des autres ins­ti­tu­tions financières in­ter­na­tio­nales multilatérales telles que la Banque mon­diale et la BAD. En ef­fet, le FMI a me­na­cé de ne pas dé­blo­quer les pro­chaines tranches du prêt de 2,9 mil­liards $ si le gou­ver­ne­ment tu­ni­sien ne pro­cède pas au gel des aug­men­ta­tions sa­la­riales pré­vues au titre de l’an­née 2017. Cette an­nonce in­ter­vient la veille du dé­pôt, au plus tard le 15 oc­tobre, de­vant l’ARP, du pro­jet de loi de fi­nances 2017, ob­jet de plu­sieurs contro­verses. Dé­jà, la pro­po­si­tion du chef du gou­ver­ne­ment de dé­ca­ler les ma­jo­ra­tions sa­la­riales à 2019 a pro­vo­qué un tol­lé et a été à l’ori­gine d’une le­vée de bou­clier sde la part de l’Ugtt qui a fait part de son re­jet ca­té­go­rique de tout ajour­ne­ment ou an­nu­la­tion des aug­men­ta­tions sa­la­riales conve­nues. L’or­ga­ni­sa­tion syn­di­cale aver­tit qu’une telle dé­ci­sion se­rait contraire au do­cu­ment de Car­thage et consti­tue­rait une at­teinte à la paix so­ciale. Pour sa part, le gou­ver­ne­ment a ti­ré la son­nette d’alarme d’une crise fi­nan­cière sys­té­mique si la si­tua­tion n’est pas contrô­lée, en dé­cla­rant que le dé­fi­cit bud­gé­taire risque de mon­ter à 6.500 mil­lions de DT contre une pré­vi­sion de 3.500 MDT d’ici à fin 2016, et que si les ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales ar­rêtent d’ali­men­ter les caisses de l’Etat, plus de 1.000 mil­lions $ de fi­nan­ce­ment al­loués au pays par la Banque mon­diale et la BAD et qui sont en ins­tance de dé­bour­se­ment, risquent de ne pas at­ter­rir dans ses caisses, et la Tu­ni­sie pour­rait être ame­née à em­prun­ter sur le mar­ché in­ter­na­tio­nal à des taux exor­bi­tants de 13 ou 14% contre des fi­nan­ce­ments des ins­ti­tu­tions multilatérales qui sont plus «clé­ments». C’est le cas de fi­gure dans le­quel est tom­bée la Grèce qui a em­prun­té à 18% sur les mar­chés in­ter­na­tio­naux. Le gou­ver­ne­ment, qui songe à adop­ter une po­li­tique éco­no­mique plus pru­dente, fait écho à l’in­quié­tude par­ta­gée par nombre d’éco­no­mistes à pro­pos de la dette tu­ni­sienne. Du coup, ce n’est plus le FMI qui est l’in­car­na­tion du diable, le feu nour­ri étant dé­sor­mais orien­té vers la cen­trale syn­di­cale, ac­cu­sée d’être à l’ori­gine de ce pé­ril fi­nan­cier. Face à cette si­tua­tion, ce n’est pas le gou­ver­ne­ment qui a li­vré sa vi­sion réa­liste des ré­formes et des équi­libres bud­gé­taires, ni l’Ugtt qui dé­fend bec et ongles les sa­la­riés, qui se­ront pris en sand­wich. Ce sont plu­tôt les dé­pu­tés qui se­ront tels des tra­pé­zistes sans fi­lets, lors de l’exa­men des nou­velles dis­po­si­tions de la loi de fi­nances 2017. Le der­nier mot leur re­vient et les…maux qui s’en­sui­vront aus­si, avec les consé­quences éco­no­miques et so­ciales que l’on de­vine.

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