TAOU­FIK RA­J­HI, MINISTRECONSEILLER AU­PRÈS DU CHEF DU GOU­VER­NE­MENT CHAR­GÉ DU SUI­VI DES RÉ­FORMES MA­JEURES

Mi­nistre-conseiller char­gé du sui­vi des ré­formes ma­jeures, Taou­fik Ra­j­hi suit de très près les né­go­cia­tions avec les bailleurs de fonds in­ter­na­tio­naux dont, bien sûr, le Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal. Il fait aus­si par­ti de ceux qui tracent les grandes li

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par Omar KAMMOUN Pho­tos : Hi­cham GOUIA

" LA DÉ­CI­SION DU FMI EST UNE BOUF­FÉE D’OXY­GÈNE, MAIS LA SUITE EST PLUS DIFFICILE"

LE CONSEIL D’AD­MI­NIS­TRA­TION DU FMI VIENT D’APPROUVER LE DÉBOURSEMENT DE LA DEUXIÈME TRANCHE D’UNE VA­LEUR DE 314,4 MIL­LIONS DE DOL­LARS DANS LE CADRE DU MÉ­CA­NISME ÉLAR­GI DU CRÉ­DIT. COMMENT INTERPRÉTEZ-VOUS CETTE DÉ­CI­SION ?

C’est un sou­la­ge­ment et une sa­tis­fac­tion. Cette dé­ci­sion po­si­tive prouve que le gou­ver­ne­ment tu­ni­sien est en train de suivre les bonnes po­li­tiques ma­croé­co­no­miques et qu’il est sur la bonne voie en ce qui concerne l’exé­cu­tion des ré­formes. Ce­la peut être consi­dé­ré, éga­le­ment, comme une bouf­fée d’oxy­gène dans le sens où le mon­tant dé­cais­sé va per­mettre de bou­cler le fi­nan­ce­ment du bud­get de l’Etat 2017. Ce­la va per­mettre, en outre, le dé­cais­se­ment re­tar­dé de l’ap­pui budgétaire de la Banque mon­diale, de l’Union eu­ro­péenne et don­ner le feu vert pour plu­sieurs bailleurs de fonds in­ter­na­tio­naux. Néan­moins, il s’agit, éga­le­ment, d’un dé­fi. La suite est beau­coup plus difficile.

VOULEZ-VOUS DIRE QUE CETTE DÉ­CI­SION A UN PRIX ?

Le gou­ver­ne­ment tu­ni­sien a pris un en­ga­ge­ment ferme de pour­suivre une po­li­tique de conso­li­da­tion budgétaire ba­sée sur un pro­gramme éco­no­mique éla­bo­ré par ses soins. Con­trai­re­ment à ce que cer­tains es­sayent de faire croire, ce n’est pas le FMI qui a im­po­sé ce pro­gramme. Ce pro­gramme a pour ob­jec­tif de ré­duire le dé­fi­cit budgétaire et le taux d’en­det­te­ment, mal­gré la dé­pré­cia­tion du di­nar, tout en main­te­nant l’in­ves­tis­se­ment pu­blic et les trans­ferts so­ciaux. Je pré­cise à ce pro­pos que la dé­grin­go­lade du di­nar a fait aug­men­ter le taux d’en­det­te­ment, de 5 points. C’est un exer­cice très difficile. Nous de­vons ré­duire le dé­fi­cit et la dette tout en conti­nuant à in­ves­tir et à ré­pondre aux be­soins so­cioé­co­no­miques. Le gou­ver­ne­ment s’en­gage, par exemple, à conti­nuer à payer les pen­sions de re­traite, alors que les caisses so­ciales sont dans une si­tua­tion très difficile.

DANS SON COM­MU­NI­QUÉ DE PRESSE, LE FMI PARLE D’UN « ASSOUPLISSEMENT ACCRU DU TAUX DE CHANGE ». QU’EST-CE QUE CE­LA SIGNIFIE ?

Par­tout dans le monde, le Fonds mo­né­taire dé­fend la po­li­tique de flexi­bi­li­té du taux de change qui exige une ré­duc­tion de l’in­ter­ven­tion des banques cen­trales dans le mar­ché de change. De­puis 2011, la Tu­ni­sie a fait le choix : un mar­ché de change bien plus pe­tit, in­ter­ban­caire prin­ci­pa­le­ment, dans le­quel la BCT in­ter­vient. Je pré­cise que l’in­ter­ven­tion de cette der­nière se fait par les ré­serves dans les deux sens (l’achat et la vente) non pour contre­car­rer les forces du mar­ché, mais pour at­té­nuer les fluc­tua­tions. Au­tre­ment dit, la BCT n’in­ter­vient que lors­qu’il ya des tur­bu­lences sur le mar­ché et que la dé­pré­cia­tion

Il n’y a au­cun pro­gramme de pri­va­ti­sa­tion sur la table du gou­ver­ne­ment, ni d’en­tre­prises ni de banques.”

est très éle­vée. Et c’est ça notre en­ga­ge­ment avec le FMI. Nous n’al­lons pas perdre nos ré­serves de change pour dé­fendre le di­nar. Ces ré­serves sont tel­le­ment pré­cieuses que nous de­vons op­ti­mi­ser leur ges­tion. Nous ne pou­vons pas les uti­li­ser pour dé­fendre la va­leur du di­nar alors que les fon­da­men­taux ne le jus­ti­fient pas. Le gou­ver­ne­ment pré­fère donc tra­vailler sur les fon­da­men­taux pour amé­lio­rer la si­tua­tion du taux de change.

UN EURO À 3 DI­NARS EST-IL DONC ENVISAGEABLE ?

Si les fon­da­men­taux de notre éco­no­mie don­naient un euro à trois di­nars, on l’au­rait eu de­puis long­temps. Et ac­tuel­le­ment les fon­da­men­taux ne jus­ti­fient pas une telle pa­ri­té. Elle jus­ti­fie une autre pa­ri­té au­tour de 2,6 ou 2,7. Je pense que le gou­ver­ne­ment doit tra­vailler sur l’amé­lio­ra­tion des fon­da­men­taux de l’éco­no­mie na­tio­nale pour pou­voir sta­bi­li­ser le taux de change. Il faut en­cou­ra­ger l’in­ves­tis­se­ment pri­vé, at­ti­rer da­van­tage d’IDE (In­ves­tis­se­ment di­rect étran­ger), de boos­ter la crois­sance éco­no­mique…pour don­ner de l’ap­pui à notre mon­naie et stop­per sa dé­pré­cia­tion qui coûte cher à la dette. Il est aus­si de l’in­té­rêt du bud­get de l’Etat d’avoir une mon­naie qui ne se dé­pré­cie pas da­van­tage. Je pré­cise que nous avons dé­jà eu une dé­pré­cia­tion de 20% de­puis mai 2016, date de la si­gna­ture de l’ac­cord avec le FMI. Est-ce que c’est la li­mite ? C’est le mar­ché qui dé­ci­de­ra. Nous, nous de­vons amé­lio­rer les fon­da­men­taux de notre éco­no­mie. Main­te­nir l’in­ves­tis­se­ment et la crois­sance, c’est ce qu’il y a de plus im­por­tant ac­tuel­le­ment.

COMMENT ÉVALUEZ-VOUS LA PO­LI­TIQUE MO­NÉ­TAIRE SUIVIE PAR LA BCT ?

Le rôle es­sen­tiel de la Banque centrale est de ga­ran­tir la sta­bi­li­té mo­né­taire et fi­nan­cière du pays. Cette sta­bi­li­té est as­su­rée par la maî­trise des taux de change et de l’in­fla­tion. C’est pour cette rai­son que la BCT s’at­taque à ces deux problèmes. Or, la BCT ne peut in­ter­ve­nir pour dé­fendre la mon­naie na­tio­nale qu’en fonc­tion de ses moyens qui sont don­nés par l’éco­no­mie réelle et non par l’éco­no­mie mo­né­taire. C’est-à-dire que si la Banque centrale avait en­re­gis­tré des mon­tants très im­por­tants d’en­trée de de­vises grâce à l’ex­por­ta­tion, au tou­risme

ou à tra­vers les IDE, elle au­ra les moyens né­ces­saires pour dé­fendre le di­nar. Or, le pro­blème au­jourd’hui est que la si­tua­tion éco­no­mique est difficile et les ré­serves en de­vises sont li­mi­tées. D’où une marge de ma­noeuvre li­mi­tée pour la Banque centrale. On ne peut donc pas blâ­mer la BCT pour sa po­li­tique de dé­fense du taux de change. Elle n’a pas as­sez de moyens pour me­ner à bien cette mis­sion. Je pré­cise que ces moyens ne sont pas in­ven­tés par la BCT elle-même, mais pro­viennent de l’éco­no­mie réelle. Les moyens de la Banque centrale sont à l’image de l’éco­no­mie réelle na­tio­nale. J’ajoute que lors de la mi­ni-crise de change, la BCT a pu se dé­brouiller et trou­ver les moyens pour cal­mer le mar­ché et faire ce qu’il faut. Néan­moins, si elle avait plus de moyens, elle au­rait pu in­ter­ve­nir plus et mieux.

QU’EN EST-IL DU TAUX DI­REC­TEUR ? LE FMI PARLE DE NOUVELLES HAUSSES. PARTAGEZ-VOUS CETTE APPROCHE ?

La hausse du taux d’in­té­rêt à été dis­cu­tée de­puis avril der­nier. On voyait dé­jà les pré­mices d’une hausse du taux d’in­fla­tion. D’où la né­ces­si­té d’une in­ter­ven­tion de la BCT. Je pré­cise que le corps de l’in­fla­tion (hors pro­duits ad­mi­nis­trés) est de 6%. En plus de ça, il y avait une nette en­vo­lée des cré­dits ac­cor­dés à la consom­ma­tion. En fait, avec les aug­men­ta­tions sa­la­riales on fait que le pou­voir d’achat s’amé­liore et l’ac­cès aux cré­dits soit plus fa­cile. La BCT a été donc ame­née à in­ter­ve­nir à deux re­prises pour cal­mer les ten­sions in­fla­tion­nistes. Est-ce suf­fi­sant ? C’est à elle de dé­ci­der. Elle fe­ra tout le tra­vail né­ces­saire pour prendre la bonne dé­ci­sion. Per­son­nel­le­ment, je pense qu’on n’a pas à in­ter­ve­nir da­van­tage. Il y a eu d’une part une hausse de 0,75% et l’autre cô­té une dé­pré­cia­tion du di­nar de 20% : le pa­ckage est donc équi­li­bré et on n’a pas pour le mo­ment be­soin de his­ser da­van­tage le taux di­rec­teur de la BCT. Tou­te­fois, si les ten­sions in­fla­tion­nistes per­sistent et que le taux grimpe, l’in­ter­ven­tion se­rait in­évi­table.

CES MULTIPLES INTERVENTIONS NE RISQUENT-ELLES PAS DE FREINER L’IN­VES­TIS­SE­MENT PRI­VÉ ?

His­to­ri­que­ment, l’in­ves­tis­se­ment pri­vé est peu sen­sible aux taux d’in­té­rêt. La preuve : de­puis la ré­vo­lu­tion, on a eu des baisses sans qu’il y ait de re­lance de l’in­ves­tis­se­ment. J’ajoute que la hausse de taux di­rec­teur est in­dis­pen­sable pour faire face aux pres­sions in­fla­tion­nistes. En Tu­ni­sie, l’in­ves­tis­se­ment pri­vé dé­pend beau­coup plus du cli­mat des af­faires que du taux de la BCT. Il faut donc que le gou­ver­ne­ment tra­vaille à amé­lio­rer en per­ma­nence le cli­mat des af­faires, à as­sou­plir les pro­cé­dures, à ré­duire les dé­lais, à op­ti­mi­ser la sé­cu­ri­té, à ga­ran­tir la paix so­ciale…Il faut sa­voir que le nou­veau taux d’in­té­rêt se­ra cal­cu­lé dans le coût des nou­veaux in­ves­tis­se­ments. Je pense aus­si que les en­tre­prises tu­ni­siennes sont beau­coup plus sen­sibles à la dé­pré­cia­tion du di­nar qu’à la va­ria­tion du taux de la BCT. Néan­moins, la hausse du taux d’in­té­rêt peut avoir des im­pacts sur le rem­bour­se­ment des cré­dits, ce qui alour­di­ra les charges de l’en­tre­prise pri­vée. La hausse se­ra en­core plus difficile à gé­rer pour les en­tre­prises ayant des en­ga­ge­ments avec des par­te­naires étran­gers.

D’APRÈS LE FMI, LE GOU­VER­NE­MENT TU­NI­SIEN PRÉ­VOIT EN 2018 PLU­SIEURS ME­SURES FISCALES POUR CORRIGER LA DONNE ÉCO­NO­MIQUE. POU­VONS-NOUS AVOIR UNE IDÉE DE CES ME­SURES ?

En 2017, le gou­ver­ne­ment avait comme en­jeu de ga­ran­tir la sta­bi­li­té budgétaire en maî­tri­sant le dé­fi­cit. D’où l’idée de re­por­ter les aug­men­ta­tions sa­la­riales pour l’exer­cice 2019. Nous avons alors pro­po­sé des al­lé­ge­ments fis­caux par le ba­rème. Nous avons même dé­fen­du cette idée jus­qu’au bout d’au­tant plus que nous croyons qu’il s’agit de la meilleure so­lu­tion pour maî­tri­ser le dé­fi­cit. Mais, nous n’avons pas réus­si. Il y avait une di­ver­gence avec notre par­te­naire so­cial. A la fin, nous avons op­té pour le cré­dit d’im­pôt, la so­lu­tion qui a sau­vé la si­tua­tion. J’ajoute que, pa­ral­lè­le­ment, nous avons dé­ci­dé une par­ti­ci­pa­tion ex­cep­tion­nelle de 7,5% pour les en­tre­prises qui nous a rap­por­té 900 mil­lions de di­nars pour do­per les re­cettes fiscales et fi­nan­cer ain­si le bud­get de l’Etat. Mais, réel­le­ment, qu’est-ce que nous avons fait ? Nous n’avons fait que re­por­ter le pro­blème pour l’exer­cice 2018. Donc, l’an­née pro­chaine nous de­vons trou­ver les moyens pour com­bler les 900MD pro­ve­nant de cette par­ti­ci­pa­tion ex­cep­tion­nelle. Nous de­vons éga­le­ment trou­ver les moyens pour fi­nan­cer la ma­jo­ra­tion sa­la­riale dont la deuxième moi­tié est pré­vue en 2018. Le pire, c’est le paie­ment des pen­sions de re­traite de la Cnrps dont le vo­lume s’élève à 500MD. Tous cal­culs faits, nous au­rons be­soin de 2.000MD pour maî­tri­ser le dé­fi­cit budgétaire qui ne de­vra pas dé­pas­ser les 5,4%. Pour trou­ver ces 2.000MD, le gou­ver­ne­ment a dé­ci­dé d’aug­men­ter le re­cou­vre­ment fis­cal de 300MD. Il a été éga­le­ment dé­ci­dé de ré­duire les dé­penses pu­bliques de 300MD. Pour les 1.400MD qui res­tent, il faut trou­ver des me­sures fiscales adé­quates, per­ma­nentes et justes. Il faut que tous les ci­toyens par­ti­cipent à cet ef­fort na­tio­nal.

CONCRÈTEMENT, QUE COMPTEZ-VOUS FAIRE ?

Il y a cer­taines idées qui entrent dans le cadre de la ré­forme fis­cale. Il s’agit prin­ci­pa­le­ment d’har­mo­ni­ser la TVA et de l’aug­men­ter de 1 ou 2 points. Il s’agit aus­si de taxer les di­vi­dendes à 10% au lieu de 5 ac­tuel­le­ment. Il s’agit aus­si de sup­pri­mer cer­taines exemp­tions fiscales pour cer­tains types d’en­tre­prises. On pré­voit aus­si quelques pe­tites bri­coles du genre timbre fis­cal qui rap­portent un pe­tit peu d’ar­gent aux caisses de l’Etat. On ne va pas vers l’aug­men­ta­tion d’im­pôt sur les mé­nages, ni sur les en­tre­prises. Pour trou­ver les 1.400MD nous avons be­soin de cher­cher du cô­té de l’im­pôt di­rect et de l’im­pôt in­di­rect. C’est un grand dé­fi que nous de­vons re­le­ver. Il n’y a pas beau­coup de choix : pour maî­tri­ser le dé­fi­cit budgétaire, il faut aug­men­ter les re­cettes et ré­duire les dé­penses.

Nous de­vons ré­duire le dé­fi­cit et la dette, tout en conti­nuant à in­ves­tir et à ré­pondre aux be­soins so­cioé­co­no­miques.”

NE PENSEZ-VOUS PAS QU’IL FAU­DRA AUS­SI RENFORCER LA LUTTE CONTRE LA COR­RUP­TION ET LA CONTREBANDE ?

La si­tua­tion est très com­pli­quée. Il est vrai que nous avons in­té­rêt à élar­gir la base des contri­buables. Mais nous avons éga­le­ment des sa­laires à payer, une loi de fi­nances à adop­ter, un exer­cice à conclure. Et nous ne pou­vons pas conce­voir une loi de fi­nances ni pré­voir un bud­get avec des re­ve­nus vir­tuels. Il faut que les re­cettes soient tan­gibles. Bien sûr, le sa­lut est dans la lutte contre l’éva­sion fis­cale, la contrebande et l’in­for­ma­li­té. Plus nous lut­tons contre l’éva­sion plus on ali­mente les re­cettes. Le pro­blème est que, même si on parle de 7.000MD d’ar­rié­rés de dettes fiscales à re­cou­vrir, plus de la moi­tié est ir­ré­cou­vrable, sur­tout qu’elle concerne prin­ci­pa­le­ment des en­tre­prises qui ont dis­pa­ru ou qui ont été confis­quées. Seu­le­ment 30% (2.600MD) pour­raient être re­cou­vrables. Tou­te­fois, on ne peut les re­cou­vrir en un seul exer­cice. Il fau­drait les éche­lon­ner. Ce­la concerne 86.000 cas. Je pré­cise que pour 2017 nous avons pré­vu de re­cou­vrir 600MD. De même pour 2018. J’ajoute que le gou­ver­ne­ment doit, par ailleurs, faire face à un autre dé­fi très im­por­tant, en l’oc­cur­rence la ré­duc­tion de la masse sa­la­riale, d’au­tant plus qu’on ne peut ni ré­duire l’in­ves­tis­se­ment pu­blic ni les trans­ferts so­ciaux. De fait, cette masse pèse très lourd sur le bud­get de l’Etat et consti­tue la prin­ci­pale en­ve­loppe de dé­penses cou­rantes.

QUELLE SO­LU­TION PROPOSEZ-VOUS AU PRO­BLÈME DE LA MASSE SA­LA­RIALE ?

La maî­trise de la masse sa­la­riale passe obli­ga­toi­re­ment par l’ar­rêt des re­cru­te­ments in­tem­pes­tifs. D’ailleurs, dans la der­nière cir­cu­laire concer­nant le bud­get de l’Etat 2018, le chef du gou­ver­ne­ment in­siste sur le gel des re­cru­te­ments dans la fonc­tion pu­blique, hor­mis pour les écoles de for­ma­tion. C’est clair et net. Le gou­ver­ne­ment compte, en outre, dé­grais­ser cette fonc­tion pu­blique. L’un des ins­tru­ments de cette approche consiste à ne pas rem­pla­cer les dé­parts à la re­traite. On ne le fait que pour le strict mi­ni­mum (un taux maxi­mum de 25%). Pa­ral­lè­le­ment, il y au­ra un dé­cret de re­dé­ploie­ment qui per­met­tra aux mi­nis­tères de faire des trans­ferts à par­tir des zones ayant un sur­ef­fec­tif vers celles qui sont en sous-ef­fec­tif, et ce, ho­ri­zon­ta­le­ment, ver­ti­ca­le­ment et même ré­gio­na­le­ment. Cette dé­marche se­ra sou­te­nue par des in­ci­ta­tions fi­nan­cières. Le gou­ver­ne­ment compte, en outre, adop­ter deux types de pro­grammes. Le pre­mier concerne le dé­part à la re­traite an­ti­ci­pée pour les fonc­tion­naires qui partent entre le 1er jan­vier 2018 et le 1er jan­vier 2021. De fait, de toutes les fa­çons, ils vont par­tir à la re­traite. Nous ne fai­sons qu’ac­cé­lé­rer le mé­ca­nisme. Le deuxième pro­gramme est ce­lui du dé­part vo­lon­taire né­go­cié qui concerne les fonc­tion­naires à quatre ans de la re­traite. C’est un pro­gramme un peu plus com­pli­qué, sur­tout qu’il fau­dra trou­ver l’in­dem­ni­té à leur ac­cor­der. Je pré­cise qu’une en­quête est en train d’être faite par l’INS (Ins­ti­tut na­tio­nale de la sta­tis­tique) qui per­met­tra à la com­mis­sion consti­tuée au ni­veau de la pré­si­dence du gou­ver­ne­ment de dé­ci­der du ni­veau op­ti­mal de l’in­dem­ni­té. Pour ce qui est des pro­chaines aug­men­ta­tions sa­la­riales, le gou­ver­ne­ment est ferme. La né­go­cia­tion se­ra ra­tion­nelle et ba­sée sur la pro­duc­ti­vi­té, la crois­sance et l’in­fla­tion. Les aug­men­ta­tions sa­la­riales se­ront pro­por­tion­nelles au sur­croît de la crois­sance. Le gou­ver­ne­ment s’est en­ga­gé à ce que le ra­tio de la masse sa­la­riale soit de 12,5% en 2020. On ne fe­ra donc rien qui per­turbe cet ajus­te­ment.

DER­NIÈRE QUESTION CONCER­NANT LA PRI­VA­TI­SA­TION. CER­TAINS EXPERTS ESTIMENT QUE LE GOU­VER­NE­MENT DEVRAIT LANCER UN VASTE PRO­GRAMME DE PRI­VA­TI­SA­TION POUR POU­VOIR HONORER SES DIFFÉRENTS EN­GA­GE­MENTS. CONFIRMEZ-VOUS CETTE HYPOTHÈSE ?

Il n’y a au­cun pro­gramme de pri­va­ti­sa­tion sur la table du gou­ver­ne­ment, ni d’en­tre­prises ni de banques. Pour ces der­nières, notre stra­té­gie est ba­sée sur la ca­pi­ta­li­sa­tion, l’amé­lio­ra­tion de la gou­ver­nance, et l’op­ti­mi­sa­tion de la per­for­mance. C’est une stra­té­gie qui a réus­si et on voit que les banques pu­bliques ont com­men­cé à re­prendre leur souffle. J’ajoute qu’on ne peut vendre ces banques sans des ob­jec­tifs pré­cis et une vi­sion glo­bale. On ne peut les vendre uni­que­ment pour de l’ar­gent. La vente d’une banque doit s’ins­crire dans un cadre stra­té­gique bien dé­fi­ni. Je pré­cise qu’ac­tuel­le­ment l’in­té­rêt de l’éco­no­mie na­tio­nale est d’avoir des banques so­lides ca­pables de fi­nan­cer l’in­ves­tis­se­ment. Et qu’il n’y a au­cune dé­ci­sion de vente des trois banques pu­bliques. Il y a ré­flexion, mais au­cune dé­ci­sion. Tou­te­fois, l’Etat dé­tient, en outre, quelques pe­tites par­ti­ci­pa­tions dans d’autres banques, sur les­quelles nous avons com­men­cé à me­ner une ré­flexion pour dé­ter­mi­ner leur in­té­rêt réel. Je pré­cise qu’il ne s’agit pas de par­ti­ci­pa­tions stra­té­giques. Nous sommes en train d’étu­dier au cas par cas ces par­ti­ci­pa­tions dont cer­taines vont être cé­dées. Pour les en­tre­prises pu­bliques, nous avons dé­fi­ni quatre axes de ré­formes : la gou­ver­nance glo­bale par la mise en place d’une struc­ture char­gée des en­tre­prises pu­bliques, l’amé­lio­ra­tion de la gou­ver­nance in­terne, le dia­logue so­cial in­terne, et la re­struc­tu­ra­tion fi­nan­cière. Il faut sa­voir qu’il y a 104 en­tre­prises pu­bliques concer­nées par ce pro­gramme. Cer­taines font par­tie du sec­teur mo­no­po­lis­tique et qui rendent un ser­vice pu­blic. Et c’est la res­pon­sa­bi­li­té de l’Etat de les re­struc­tu­rer fi­nan­ciè­re­ment. Alors que pour les en­tre­prises opé­rant dans les sec­teurs concur­ren­tiels, nous vou­lons dé­ve­lop­per un par­te­na­riat pu­blic-pri­vé dans leur re­struc­tu­ra­tion. Je pré­cise que par­mi ces en­tre­prises, il y a celles qui sont stra­té­giques et celles qui ne le sont pas. A chaque ca­té­go­rie son trai­te­ment. Mais dans les deux cas on in­ter­vien­dra au ni­veau du ca­pi­tal pour le re­struc­tu­rer.

L’in­ves­tis­se­ment pri­vé dé­pend beau­coup plus du cli­mat des af­faires que du taux de la BCT.”

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