DES EN­TRE­PRISES PU­BLIQUES POUR FI­NAN­CER «LOUR­DE­MENT» CER­TAINES AS­SO­CIA­TIONS SPOR­TIVES

Plom­bés par la crise fi­nan­cière, les clubs de l’élite se cha­maillent au­tour du thème des sub­ven­tions ap­por­tées par les en­tre­prises de l’Etat.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Ta­rak GHARBI

UN PAR­RAI­NAGE QUI POSE PRO­BLÈME

LE thème est ré­cur­rent. Les deux clubs de Ga­bès, le Stade Ga­bé­sien et l’Ave­nir Spor­tif de Ga­bès se plaignent du mon­tant de la sub­ven­tion ap­por­tée par leur prin­ci­pal «par­rain», le Grou­pe­ment chi­mique tu­ni­sien (GCT) qu’ils jugent in­fé­rieur à ce­lui dé­dié par la Com­pa­gnie des phos­phates de Gaf­sa (CPG) en fa­veur des deux clubs du Bas­sin mi­nier, l’Etoile Spor­tive de Mét­laoui et El Gaoua­fel Sport de Gaf­sa. Les deux pre­miers clubs ré­clament tout sim­ple­ment le prin­cipe de pa­ri­té. D’ailleurs, ce­la a été rap­pe­lé avec in­sis­tance par Sa­beur Je­maï, pré­sident de la Stay­da, lors de la confé­rence de presse te­nue mar­di 13 juin. «En 2016, la Com­pa­gnie des phos­phates de Gaf­sa a pris en charge l’achat de deux bus per­son­na­li­sés en fa­veur de l’ES Met­laoui et d’EGS Gaf­sa d’un mon­tant de 400 mille di­nars pour chaque bus. De ce

fait, nous ré­cla­mons une prise en charge des frais d’achat du bus que nous nous sommes oc­troyés de notre propre ar­gent et grâce à la contri­bu­tion de nos sup­por­ters à l’étran­ger», a-t-il sou­li­gné. «Un simple exemple de cette dis­pa­ri­té: l’Etoile Spor­tive de Mét­laoui a bé­né­fi­cié en 2016 d’une sub­ven­tion de la part de la CPG de l’ordre de 1,800 mil­lion de di­nars. Elle a éga­le­ment bé­né­fi­cié de la part de la CPG au cours de la sai­son en cours (2016-2017) d’une sub­ven­tion sup­plé­men­taire de l’ordre de 635 mille di­nars, ce qui lui a per­mis de pro­cé­der aux re­cru­te­ments com­plé­men­taires de joueurs et de s’ac­quit­ter de ses de­voirs fi­nan­ciers à l’en­droit des dif­fé­rentes par­ties. Cet ar­gent lui a per­mis de sor­tir une sai­son réus­sie au plan des ré­sul­tats», rap­pelle le pré­sident ga­bé­sien. En ap­pli­quant le prin­cipe de la ré­ci­pro­ci­té, le SG de­mande au Grou­pe­ment chi­mique tu­ni­sien de lui ver­ser une sub­ven­tion de l’ordre de 600 mille di­nars afin de pou­voir sub­ve­nir aux multiples dé­penses et aux chèques sans pro­vi­sion. «Ce mon­tant doit per­mettre au bu­reau di­rec­teur dont le man­dat se ter­mine cet été de payer joueurs, en­traî­neurs, mé­de­cins, ki­nés et four­nis­seurs», ex­plique le pré­sident du SG. Comme quoi, le pro­chain bu­reau di­rec­teur qui se­ra élu à l’is­sue de l’as­sem­blée gé­né­rale élec­tive pour­ra en­ta­mer son exer­cice dans de bonnes condi­tions fi­nan­cières.

«DES TEXTES LÉGISLATIFS OBSOLÈTES»

Ce ne sont là que des me­sures ur­gentes. Car, sur le fond, le club Vert et Blanc es­père en­ta­mer des né­go­cia­tions en vue de par­ve­nir à ré­vi­ser à la hausse le mon­tant de la sub­ven­tion an­nuelle ac­cor­dée par le Grou­pe­ment chi­mique tu­ni­sien. Sans ou­blier ce qu’il ap­pelle un «ré­éche­lon­ne­ment des dettes contrac­tées par le GCT à l’en­droit du club». Le­quel a adres­sé une lettre dans ce sens à la mi­nistre de l’Ener­gie, des Mines et des Ener­gies re­nou­ve­lables, au se­cré­taire d’Etat et au gou­ver­neur de Ga­bès. En

Le sport peut-il être cré­dible en ré­cla­mant tou­jours da­van­tage de sub­ven­tions et en se re­tour­nant vers les sub­sides des en­tre­prises pu­bliques pour épon­ger ses dettes?

fait, le SG dé­plore le fait que le GCT ait pré­le­vé un mon­tant de 520 mille di­nars ré­ser­vé aux frais de par­ti­ci­pa­tion du club à la coupe de la Con­fé­dé­ra­tion afri­caine (trois dé­pla­ce­ments) sur la sub­ven­tion 2016-2017 qui lui est al­louée par le GCT. «Ce­lui-ci au­rait dû nous aver­tir d’avance sur ce pré­lè­ve­ment afin que nous puis­sions prendre la me­sure adé­quate et dé­ci­der si nous par­ti­ci­pons à la coupe de la CAF ou si nous re­cou­rons à l’aide d’un

spon­sor», as­sure le pré­sident du club. On a pu der­niè­re­ment as­sis­ter à un sit-in sanc­tion­nant un large mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion de la part des deux clubs de Ga­bès, le SG et l’ASG contre ce qu’ils consi­dèrent comme man­que­ment du GCT à ses en­ga­ge­ments fi­nan­ciers, dont ce­lui de la pa­ri­té par rap­port au trai­te­ment de la CPG à l’en­droit de l’ESM et d’EGSG. Plus gé­né­ra­le­ment, en pleines dif­fi­cul­tés éprou­vées par les en­tre­prises pu­bliques en rai­son des grèves ré­pé­tées et de la baisse de la pro­duc­tion qui s’en­suit, le sport peut-il être cré­dible en ré­cla­mant tou­jours da­van­tage de sub­ven­tions et en se re­tour­nant vers les sub­sides des en­tre­prises pu­bliques pour épon­ger ses dettes et jus­ti­fier son train de vie avec des sa­laires des joueurs qui consti­tuent par­fois une in­sulte au bon sens et à l’ef­fort ? Beau­coup de clubs de l’élite se plaignent d’ailleurs du fait de n’être sou­te­nus par au­cune en­tre­prise pu­blique, con­trai­re­ment aux quatre clubs du Sud dont nous par­lons, ju­gés lar­ge­ment pri­vi­lé­giés du fait de l’im­pli­ca­tion du GCT et de la CPG dans le fi­nan­ce­ment de leurs ac­ti­vi­tés. Si le SG ac­cuse au terme de cette sai­son un dé­fi­cit de l’ordre de plus d’un mil­lion de di­nars, que peuvent bien faire des clubs qui ne jouissent d’au­cune forme de «par­rai­nage», car c’est bien de ce­la qu’il s’agit dans le cas du qua­tuor SG, ASG, ESM et EGSG. Tout ce­la pose avec acui­té la question de l’ur­gence de la ré­vi­sion des textes ré­gis­sant le sport dans le sens de la mise en place de so­cié­tés à but lu­cra­tif. Cette lé­gis­la­tion est plus que ja­mais ob­so­lète et ana­chro­nique.

La for­ma­tion du Stade Ga­bé­sien qui a par­ti­ci­pé pour la pre­mière fois de son his­toire à la coupe d’Afrique.

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