POU­LI­NA MISE SUR LES MA­TÉ­RIAUX DE CONSTRUC­TION

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE -

doubles», c’est-à-dire celles qui donnent la pos­si­bi­li­té de li­mi­ter les dé­ra­pages et en même temps de pré­pa­rer les condi­tions pour une re­prise de l’ac­ti­vi­té et sur­tout de l’in­ves­tis­se­ment. La ré­forme du mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment du­rable est le pre­mier et prin­ci­pal pas vers les vraies ré­formes dont on a be­soin et qui ré­pondent réel­le­ment aux exi­gences de la si­tua­tion ac­tuelle. Le nou­veau mo­dèle doit re­flé­ter le quo­ti­dien du Tu­ni­sien et la réa­li­té du pays, loin des pro­messes uto­piques. Il doit, éga­le­ment, s’adap­ter aux si­tua­tions ac­tuelle et fu­ture. «L’an­ti­ci­pa­tion reste une condi­tion sine qua non pour de­si­gner les prio­ri­tés et choi­sir les prin­ci­paux sec­teurs à pro­mou­voir pour le dé­ve­lop­pe­ment de l’éco­no­mie na­tio­nale», af­firme Rahoui, ajou­tant que la le­vée des fonds né­ces­saires à des pro­jets struc­tu­rants, qui tardent à se concré­ti­ser, peut être une so­lu­tion par­mi d’autres pour mettre un terme à la crise éco­no­mique qui per­dure dans notre pays.

L’ÉCART SO­CIAL SE CREUSE DA­VAN­TAGE

Suite à l’ac­tuelle po­li­tique qui consi­dère le pri­vé comme l’unique sec­teur du dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal et le seul in­ter­ve­nant dans la créa­tion de la ri­chesse na­tio­nale, on est loin d’avoir l’ac­cu­mu­la­tion de ca­pi­tal qui re­pré­sente les dif­fé­rentes fa­çons d’ac­croître le stock de ca­pi­tal, qu’il soit fi­nan­cier, ma­té­riel, in­tel­lec­tuel ou hu­main. C’est le pro­ces­sus qui per­met de trans­for­mer l’épargne en moyens de pro­duc­tion ou en ac­tifs fi­nan­ciers. «Avec le tra­vail et le pro­grès tech­nique, il est l’un des fac­teurs de pro­duc­tion qui est né­ces­saire au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique… La Tu­ni­sie, qui conti­nue à adop­ter un mo­dèle ba­sé sur l’ac­cu­mu­la­tion des pro­fits qui sert l’in­té­rêt de quelques in­ves­tis­seurs pri­vés, paye au­jourd’hui une lourde fac­ture. Ce mo­dèle a prou­vé, de­puis des an­nées et dans plu­sieurs pays, son échec et les as­tuces du FMI ont prou­vé, aus­si, leur échec en Tu­ni­sie et ailleurs. Ré­sul­tat : le chô­mage, la

mar­gi­na­li­sa­tion des ca­té­go­ries les plus vul­né­rables de nos so­cié­tés et l’échec du

dé­ve­lop­pe­ment in­té­gré», af­firme-t-il. Rahoui ajoute que, suite aux ins­truc­tions dic­tées par le FMI, l’écart entre les plus riches et les plus pauvres se creuse d’une an­née à l’autre. Ce fos­sé gran­dis­sant met à mal la co­hé­sion so­ciale, em­pêche la lutte contre la pau­vre­té et mine la dé­mo­cra­tie. Il est donc temps de mettre fin aux pa­ra­dis fis­caux (Le Luxem­bourg, les Iles Vierges et autres Ba­ha­mas), d’in­tro­duire la trans­pa­rence en ma­tière de bé­né­fices et de taxa­tion des en­tre­prises et des im­pôts sur les plus hauts re­ve­nus et les plus grandes

for­tunes. «J’ai dit, à maintes re­prises à nos in­ter­lo­cu­teurs à la Banque Mon­diale et au FMI, que la Tu­ni­sie n’est pas un la­bo­ra­toire où l’on ap­porte des so­lu­tions toutes faites ti­rées d’une boîte à ou­tils et in­com­pa­tibles avec ses par­ti­cu­la­ri­tés. Toutes les soi-di­sant ré­formes im­po­sées par le FMI ne servent pas à créer de la ri­chesse. C’est une bombe à re­tar­de­ment qui va conduire à des ex­plo­sions so­ciales dans un ave­nir très proche. Ce qui signifie le re­tour à la case dé­part avec l’ag­gra­va­tion de l’in­jus­tice so­ciale», ex­plique-t-il. Le par­le­men­taire af­firme, éga­le­ment, que la Tu­ni­sie ne va pas ré­in­ven­ter la roue et que la no­tion de l’en­det­te­ment existe dans les quatre coins du monde. Mais s’en­det­ter pour in­ves­tir dans des pro­jets ren­tables et créa­teurs de ri­chesses reste ac­cep­table, alors que dans le cas in­verse, on va re­ce­voir un ca­deau em­poi­son­né qui au­ra des ef­fets per­vers et no­cifs pour l’éco­no­mie. «La si­tua­tion ac­tuelle est la meilleure preuve de cette approche…Tous les cré­dits du FMI ont été des­ti­nés à la consom­ma­tion et au paye­ment des sa­laires, ce qui a alour­di da­van­tage le bud­get de l’Etat. C’est le mo­ment ou ja­mais de faire face à ces cré­dits non ren­tables. Mais l’ab­sence to­tale de vo­lon­té pour s’en li­bé­rer com­plique cette pro­cé­dure. Conti­nuer, donc, dans la po­li­tique d’en­det­te­ment est une dé­marche purement suicidaire», re­grette-t-il. Ain­si, avec le ni­veau de chute ac­tuel des in­ves­tis­se­ments (et donc le dé­faut qui guette l’ou­til de pro­duc­tion de de­main), et l’in­ca­pa­ci­té de l’Etat à me­ner une vé­ri­table ré­vo­lu­tion dans sa po­li­tique fis­cale contrée par l’exa­cer­ba­tion des ma­noeuvres cor­po­ra­tistes de tout bord ain­si que par la pan­dé­mie de l’éco­no­mie pa­ral­lèle, la re­prise éco­no­mique ne se­ra plus au ren­dez-vous. «Tous ce­la fait que les signes pour une re­prise saine et du­rable à moyen terme font déses­pé­ré­ment dé­faut, et avec eux s’ame­nuisent, donc, les pos­si­bi­li­tés fu­tures de ren­flouer suf­fi­sam­ment les caisses de l’Etat pour pou­voir rem­bour­ser une dette qui gonfle dan­ge­reu­se­ment», sou­ligne-t-il.

L’EN­DET­TE­MENT, LA PRIN­CI­PALE SO­LU­TION POUR L’ETAT

Le pré­sident de la Com­mis­sion des fi­nances af­firme que nos dé­ci­deurs choi­sissent tou­jours les so­lu­tions les plus simples pour sor­tir leur tête de l’eau. Le re­cours au FMI reste la pre­mière al­ter­na­tive des différents gou­ver­ne­ments. Mais ces interventions étran­gères ne cessent de dé­truire notre éco­no­mie. «Même s’ils consi­dèrent que l’en­det­te­ment reste, dans la conjonc­ture ac­tuelle, la prin­ci­pale so­lu­tion pour l’Etat, nos dé­ci­deurs ne doivent pas ex­clure d’autres al­ter­na­tives qui consistent à créer un mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment na­tio­nal qui prennent en consi­dé­ra­tion le fait que nous de­vons dé­ve­lop­per nos moyens in­té­rieurs. Le FMI nous dicte la conduite à te­nir, car le mo­dèle qu’il vou­drait im­po­ser à la Tu­ni­sie est un mo­dèle pré­éta­bli», af­firme-t-il. Pour Rahoui, la ba­taille est en­core longue et il faut dé­non­cer les po­li­tiques éco­no­miques or­ches­trées par le FMI, pour rap­pe­ler que la Tu­ni­sie est une na­tion sou­ve­raine. «Mal­heu­reu­se­ment, les gou­ver­nants n’ont pas le cou­rage de nous don­ner la vé­ri­table ver­sion de ce qui se trame, ni le cou­rage de dire au FMI : non, nous avons une autre po­li­tique que celle que vous nous dic­tez !», pré­cise-t-il, ajou­tant que la Tu­ni­sie dis­pose d’énormes res­sources fi­nan­cières et est ca­pable de ga­gner près de 500 mil­lions de di­nars grâce au pé­trole, mais ce­la pour­rait être conce­vable seu­le­ment si la bonne gou­ver­nance est éta­blie dans le sec­teur pé­tro­lier. Pour abou­tir à des ré­sul­tats concrets, le pays a be­soin de ré­formes tu­ni­so-tu­ni­siennes ba­sées sur une vi­sion claire de son fu­tur afin de ga­ran­tir la di­gni­té du ci­toyen. Avant de faire re­cours à ces prêts, il est pri­mor­dial de pré­pa­rer une liste des ré­gions les plus mar­gi­na­li­sées où l’on peut in­ves­tir dans des pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment. Il est pri­mor­dial de par­ta­ger l’in­ves­tis­se­ment et le mon­tant al­loué se­lon le prio­ri­taire et le moins prio­ri­taire. Il est pri­mor­dial d’iden­ti­fier les be­soins de chaque ré­gion pour sa­voir où on peut in­jec­ter ces mon­tants. Il est pri­mor­dial d’em­prun­ter pour in­ves­tir et créer de la ri­chesse plu­tôt que pour payer les sa­laires. Mais mal­gré tout ce­la, on est tou­jours op­ti­miste.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.