EVASION

Le prix du brent de la mer du Nord devrait os­cil­ler de longs mois au­tour de 50 dol­lars le ba­ril.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE -

HAM­MAM-LIF

L’Or­ga­ni­sa­tion des pays ex­por­ta­teurs de pé­trole (OPEP) et l’Agence in­ter­na­tio­nale de l’éner­gie (AIE) sont au moins d’ac­cord sur un point, dans leurs rap­ports men­suels pu­bliés res­pec­ti­ve­ment mar­di 13 et mer­cre­di 14 juin : le mar­ché pé­tro­lier se ré­équi­li­bre­ra plus tard que pré­vu. Le prix du brent de la mer du Nord, la ré­fé­rence mon­diale, devrait donc os­cil­ler en­core de longs mois au­tour de 50 dol­lars le ba­ril.

MÊME si la consom­ma­tion de brut reste sou­te­nue, les stocks se ré­duisent len­te­ment et le redressement de la pro­duc­tion en Li­bye et au Ni­ge­ria ces der­nières se­maines ef­face en par­tie l’ef­fort de ré­duc­tion de l’OPEP (– 1,2 mil­lion de ba­rils par jour) pro­lon­gé jus­qu’en mars 2018 lors de la réunion du car­tel, fin mai, à Vienne. Les stocks de pé­trole brut ont re­cu­lé moins for­te­ment que pré­vu la se­maine der­nière aux Etats-Unis, se­lon des chiffres pu­bliés mer­cre­di par le dé­par­te­ment amé­ri­cain de l'Ener­gie (DoE), en­traî­nant une chute des cours de l’or noir amé­ri­cain à 45 dol­lars le ba­ril. Les ré­serves se sont certes re­pliées de 1,7 mil­lion de ba­rils, mais moins que les 2,4 mil­lions a en­dus par les experts du pa­nel Bloom­berg.

« RYTHME PLUS LENT »

La pro­duc­tion reste, elle, sou­te­nue. Dans son rap­port de mai, l’OPEP constate que la pro­duc­tion de la Li­bye et du Ni­ge­ria, deux de ses membres exemp­tés de ré­duc­tion en rai­son des crises qu’ils tra­versent, a ajou­té plus de 350 000 ba­rils sur un mar­ché dé­jà en­gor­gé. Au to­tal, la pro­duc­tion mon­diale a a eint 95,74 mil­lions de ba­rils par jour, soit 1,48 mil­lion de plus qu’en avril 2016. Du coup, le « ré­équi­li­brage » du mar­ché se fait « à un rythme plus lent » que pré­vu, re­con­naissent ses experts. L’OPEP sou­haite que les stocks com­mer­ciaux de l’OCDE re­viennent dans la moyenne des cinq der­nières an­nées. On en est en­core loin. Ils ont pro­gres­sé de 18,6 mil­lions de ba­rils en avril pour a eindre 3,045 mil­liards de ba­rils. « Sur la base de nos pré­vi­sions ac­tuelles pour 2017 et 2018 et si les pays de l’OPEP conti­nuent de res­pec­ter leur ac­cord de pro­duc­tion, les stocks pour­raient ne pas re­tom­ber au ni­veau dé­si­ré avant d’ar­ri­ver presque au terme de l’ac­cord en mars 2018 », pré­vient l’AIE.

LE PÉ­TROLE DE SCHISTE REDEVIENT REN­TABLE

De­puis six mois, les ef­forts des pays de l’OPEP,, Ara­bie Saou­dite en tête, et dans une moindre me­sure de la Rus­sie (non-OPEP) pour ré­duire leur pro­duc­tion sont mi­nés par la re­prise de la pro­duc­tion des com­pa­gnies opé­rant aux Etats-Unis, qui ne sont li­mi­tées par au­cun quo­ta. Elles n’obéissent qu’aux lois du mar­ché et ré­agissent au si­gnal prix. Or à 50 dol­lars le ba­ril, le pé­trole de schiste (shale oil) est de­ve­nu ren­table dans de nom­breux bas­sins pé­tro­li­fères, comme ceux de l’ouest du Texas. D’au­tant que le pré­sident amé­ri­cain, Do­nald Trump, fait tout pour en­cou­ra­ger la pro­duc­tion na­tio­nale en prome ant des baisses de taxes et la sup­pres­sion de nom­breuses règles en fa­veur de l'en­vi­ron­ne­ment dé­ci­dées sous le man­dat de Ba­rack Oba­ma. Dans son rap­port men­suel, l’AIE pré­voit que les pays non-membres de l’OPEP – à com­men­cer par les Etats Unis – am­pli­fie­ront en 2018 une pro­duc­tion dé­jà en crois­sance. La hausse to­tale de l’offre se­ra su­pé­rieure à celle de la de­mande (+ 1,4 mil­lion de ba­rils par jour), in­dique l’agence ba­sée à Pa­ris, qui dé­fend les in­té­rêts des grands pays consom­ma­teurs. Les non-OPEP pom­pe­raient ain­si 1,5 mil­lion de ba­rils par jour de plus l’an pro­chain, por­tant leur pro­duc­tion à 59,7 mil­lions. A eux seuls, les Amé­ri­cains pro­dui­ront chaque jour plus de 1 mil­lion de ba­rils sup­plé­men­taires. Soit 14,1 mil­lions, si l’on ajoute le pé­trole brut et tous les conden­sats.

Dans notre pré­cé­dente chro­nique, nous me ions en avant tout l’in­té­rêt qu’il y avait à dé­tec­ter les perles rares bour­sières du fu­tur suf­fi­sam­ment tôt pour dé­ga­ger des ren­ta­bi­li­tés bour­sières ex­cep­tion­nelles, sans mé­con­naître la dif­fi­cul­té d’un tel exer­cice. Les stars d’au­tre­fois s’ap­pe­laient GE, PPG, GM, Co­ca-Co­la, Exxon Mo­bil, Merck, Du­pont, IBM. Celles d’au­jourd’hui poussent l’in­dice Nas­daq vers de nou­veaux som­mets sans cesse dé­pas­sés, les Apple, Ama­zon, Al­pha­bet, Mi­cro­so et autres Fa­ce­book. Quelles se­ront les su­per­stars du fu­tur ? À quel sec­teur ap­par­tien­dront-elles ? Dans quel pays et sur quelle bourse les trou­ver ? Les in­cli­nai­sons dis­rup­tives et désor­don­nées du pré­sident amé­ri­cain four­nissent un élé­ment de ré­ponse. Sa dé­ci­sion de re­ti­rer les États-Unis de l’ac­cord de Pa­ris de 2015 sur le cli­mat conduit à cé­der le lea­der­ship dans ce sec­teur à deux ré­gions du monde lar­ge­ment im­pli­quées dans ce do­maine : l’Eu­rope, et sur­tout la Chine. Si bien que les in­ves­tis­seurs sont prêts à faire le pa­ri que la grande ré­ha­bi­li­ta­tion en­vi­ron­ne­men­tale de la Chine hy­per-pol­luée don­ne­ra nais­sance au pro­chain me­ga­trend bour­sier.

LE MO­MEN­TUM VERT DE LA CHINE

Une autre dé­ci­sion, beau­coup moins mé­dia­ti­sée, va dans le sens de ce pro­ces­sus, celle de MSCI, le fa­bri­cant d’in­dices mon­dia­le­ment re­con­nu, d’in­clure à par­tir du 30 juin 2017 pour la pre­mière fois dans ses in­dices des ac­tions chi­noises de ca­té­go­rie A, c’est-à-dire qui ne res­pectent pas tous les ca­nons oc­ci­den­taux de la gou­ver­nance. La dé­gra­da­tion de l’en­vi­ron­ne­ment en Chine a créé un vé­ri­table mo­men­tum vert, gal­va­ni­sé à la fois par la pres­sion so­ciale des Chi­nois qui ne rêvent que de ciel et d’eau bleus, et la vo­lon­té ré­gle­men­taire des au­to­ri­tés chi­noises. Cet im­pé­ra­tif res­sen­ti par les Chi­nois, ne se­rait-ce que pour des rai­sons de san­té pu­blique do­mes­tique, a en­traî­né une vé­ri­table ava­lanche d’in­ves­tis­se­ments au cours des der­nières an­nées dans les tech­no­lo­gies propres, les trans­ports non pol­luants et les éner­gies re­nou­ve­lables. La Chine dis­pose dé­jà de plus du tiers de la ca­pa­ci­té mon­diale de pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té éo­lienne, du quart de la pro­duc­tion d’éner­gie solaire. Six des dix pre­miers pro­duc­teurs mon­diaux de pan­neaux so­laires et quatre des dix pre­miers fa­bri­cants mon­diaux d’éo­liennes sont chi­nois. On es­time que la Chine in­ves­tit chaque an­née l’équi­valent du PIB da­nois dans les éner­gies re­nou­ve­lables, tan­dis que la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière des 350 en­tre­prises chi­noises vertes est de l’ordre de 600 Mds$. Les in­ves­tis­seurs de­vraient être par­ti­cu­liè­re­ment a en­tifs aux thèmes des moyens de trans­port propres, du trai­te­ment des dé­chets, du contrôle de la pol­lu­tion de l’air et de l’eau, etc. La dé­ci­sion de MSCI for­ce­ra les in­ves­tis­seurs de ges­tion pas­sive à in­clure ces so­cié­tés dans leurs por­te­feuilles, tan­dis que les in­ves­tis­seurs ac­tifs fe­ront le tri par­mi les so­cié­tés pour es­sayer de dé­ni­cher la ou les stars du fu­tur. Ce­ci vaut pour la Chine, mais aus­si pour l’Eu­rope et la France, de­puis que le pré­sident Ma­cron, pre­nant au pied de la le re le dés­in­té­rêt im­pli­cite de Trump pour ces in­dus­tries propres, a ap­pe­lé les ta­lents amé­ri­cains à ve­nir y dé­ve­lop­per ces ac­ti­vi­tés du fu­tur.

LA lo­ca­li­té d’Ham­mam-Lif est as­su­ré­ment l’un des en­droits les plus fré­quen­tés de Tu­ni­sie. Et pour cause : c’est pour ain­si dire un pas­sage obli­gé pour qui­conque veut pas­ser du nord du pays vers son centre ou son sud. Pa­ra­doxa­le­ment, c’est aus­si l’un des en­droits les plus mé­con­nus. On n’en fait, le plus sou­vent, que la tra­ver­sée de l’in­ter­mi­nable ave­nue Bour­gui­ba, ar­tère ju­gu­laire qui se greffe sur la route prin­ci­pale n° 1. Ce fai­sant, on passe à cô­té de vé­ri­tables tré­sors pa­tri­mo­niaux, dans leur double ver­sion na­tu­relle et cultu­relle. Ar­rê­tons-nous, cette se­maine, aux ri­chesses éco­lo­giques du mont Bou­kor­nine au pied du­quel se blot­tit la ci­té. On ne sau­rait ima­gi­ner Ham­mam-Lif (ni la baie de Tu­nis, du reste) sans le Bou­kor­nine. Ce mont aux al­lures de vol­can (en fait, il en fut bien un, en des temps fort re­cu­lés) se­rait même en passe de sym­bo­li­ser toute la Tu­ni­sie, un peu à l’ins­tar du Fu­ji Ya­ma, au Ja­pon. Et il ne manque pas d’al­lure, le Bou­kor­nine, du haut de ses 756 m d’al­ti­tude. Com­pa­ré au Chaâm­bi, pour­tant le plus haut som­met de Tu­ni­sie avec 1.544m, il sem­ble­rait le do­mi­ner. C’est que le « bi­cor­nu » émerge pour ain­si dire des flots, alors que l’autre se trouve por­té par des pla­teaux dé­jà hauts de plus de 650 m. L’ac­cès au parc na­tu­rel du Bou­kor­nine s’ef­fec­tue, pour ce­lui qui vient de la ca­pi­tale, par une bre­telle qui se dé­tache du GP1, à droite, à l’en­trée de la ci­té (elle n’est mal­heu­reu­se­ment pas si­gna­lée). Dès qu’on em­prunte cet em­bran­che­ment, qui sur­plombe une dé­so­lante car­rière de pierre désaf­fec­tée (une par­mi de nom­breuses autres qui rongent les flancs du mont), on s’en­fonce dans une épaisse toi­son verte. Un dé­cor éton­nam­ment re­po­sant, à quelques di­zaines de mètres seu­le­ment au-des­sus du cours bruyant de la cir­cu­la­tion in­in­ter­rom­pue. Et lorsque, à la fa­veur d’un dé­tour sur cette route en ser­pen­tin, la vue porte sur le cô­té op­po­sé à l’as­cen­sion, le re­gard em­brasse le su­perbe ma­riage du

vert dé­gra­dé de la fo­rêt, du blanc cas­sé de la ci­té et du bleu mo­du­lé de la mer. Tout au bout du ru­ban as­phal­té, une aire a été amé­na­gée pour ser­vir de par­king. Et c’est là l’en­trée du parc. Ce der­nier se ré­pand sur les deux ver­sants du mont et couvre une su­per­fi­cie de 1.936 ha. Il ac­cueille pas moins de 560 es­pèces vé­gé­tales par­mi les­quelles le fa­meux cy­cla­men de Perse qui fleu­rit en hi­ver et qui trouve ici son unique ha­bi­tat en Afrique du Nord. A l’ombre des épaisses fron­dai­sons, vit une tren­taine d’es­pèces ani­males dont une ving­taine de mam­mi­fères et une tren­taine de rep­ti­liens et d’oi­seaux. Evi­dem­ment, il faut beau­coup de pa­tience — ou de chance — pour pou­voir ob­ser­ver di­rec­te­ment l’un ou l’autre de ces pen­sion­naires. Par contre, vous pou­vez presque sur com­mande faire la connais­sance de fa­milles de san­gliers lorsque, sur un si­gnal du gar­dien à l’en­trée du parc, des laies sortent des four­rés, sui­vies cha­cune de six ou sept pe­tits mar­cas­sins, et que tout ce beau monde dé­am­bule par­mi les vi­si­teurs, comme des chiens de com­pa­gnie, pour al­ler prendre le cas­se­croûte que leur four­nit gé­né­reu­se­ment leur pro­tec­teur. Toute la po­pu­la­tion vi­vant dans ce mi­cro­cli­mat a été ré­per­to­riée sous forme de spé­ci­mens na­tu­ra­li­sés et ex­po­sés dans les vi­trines de l’éco­mu­sée amé­na­gé au bout du par­cours éco­lo­gique et dont les deux cou­poles vertes émergent de la vé­gé­ta­tion au som­met d’un pic do­mi­nant le pa­no­ra­ma. On fait dans ce mu­sée connais­sance avec la mu­sa­raigne, plus pe­tit mam­mi­fère vi­vant, et de nom­breux autres hôtes, comme les ga­zelles de mon­tagne, ré­in­tro­duites ici après l’abat­tage de la der­nière tête en 1936, tout comme les cerfs de Ber­bé­rie ou les mou­flons à man­chette. Ces bêtes cor­nues, on peut les voir de près dans un en­clos amé­na­gé de l’autre cô­té du parc, en re­pas­sant par la ville et en tra­ver­sant la peu gaie ci­té du 1er Mai. Cet en­clos a été éri­gé dans un vaste pé­ri­mètre en aire de loi­sirs.

«Le temps fait ou­blier les dou­leurs, éteint les ven­geances, apaise la co­lère et étouffe la haine ; alors le pas­sé est comme s’il n’eût ja­mais exis­té» Ibn Si­na (Avi­cenne).

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