POST-SCRIPTUM

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Saous­sen BOULEKBACHE

EN dé­pit des dis­cours do­rés de tous les gou­ver­ne­ments tu­ni­siens en ce qui concerne la sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures de dé­li­vrance des do­cu­ments ad­mi­nis­tra­tifs, les ci­toyens doivent conti­nuer à prendre leur mal en pa­tience de­vant des gui­che­tiers pas tou­jours très ave­nants. Ce qui fait dire à plu­sieurs d’entre eux que l’amé­lio­ra­tion, la mo­der­ni­sa­tion de l’ad­mi­nis­tra­tion, la qua­li­fi­ca­tion des res­sources hu­maines à même d’amé­lio­rer le ser­vice pu­blic, res­tent un rêve non en­core réa­li­sé. Le ter­rain tra­duit une réa­li­té loin de la rhé­to­rique à la­quelle a été ha­bi­tué le Tu­ni­sien. Le rap­port ci­toyens-ad­mi­nis­tra­tion est conti­nuel­le­ment obs­trué et com­pli­qué par une bu­reau­cra­tie étouf­fante. Que ce soit au ni­veau ré­gio­nal ou cen­tral, le poids de la bu­reau­cra­tie se fait sen­tir jus­qu’à la plus pe­tite pro­cé­dure qui ne né­ces­site, pour­tant, ab­so­lu­ment pas une at­tente pro­lon­gée. C’est l’un des maux les plus contrai­gnants pour les ci­toyens tu­ni­siens. La lour­deur ad­mi­nis­tra­tive n’in­combe pas seu­le­ment aux pre­miers res­pon­sables des ser­vices pu­blics ni à leur su­bal­ternes. Les rai­sons sont par­fois ailleurs. Le manque de moyens ma­té­riels est aus­si poin­té du doigt. On conçoit mal que des com­mis­sa­riats ou des huis­siers-no­taires puissent man­quer d’or­di­na­teurs pour sai­sir des pro­cès ver­baux ou tout autre do­cu­ment of­fi­ciel ! Un autre fac­teur de cette lour­deur ad­mi­nis­tra­tive se trouve être dans les ré­mu­né­ra­tions. La plu­part des agents de l’Etat et des fonc­tion­naires conti­nuent d’oeu­vrer avec de maigres sa­laires qui peinent à cou­vrir leurs be­soins après les deux pre­mières se­maines du mois. Consé­quence, la cor­rup­tion s’ins­talle dans le sys­tème. Cer­tains agents des ser­vices pu­blics ne re­culent de­vant rien et mar­chandent donc leurs pres­ta­tions avec les usa­gers qui, sous la pres­sion du temps, sont obli­gés, pour faire pro­gres­ser leur dos­sier, d’ex­hi­ber des es­pèces son­nantes et tré­bu­chantes. La conscience pro­fes­sion­nelle a dis­pa­ru à cause de la conjonc­ture per­ma­nente dans la­quelle stag­nent les agents de l’Etat. La cor­rup­tion sous ses dif­fé­rentes formes ne fait que ga­gner du ter­rain. La dis­con­ti­nui­té dans la conti­nui­té dans le fonc­tion­ne­ment de l’Etat consti­tue un autre fac­teur de dé­gra­da­tion des ser­vices. Les re­ma­nie­ments mi­nis­té­riels ou les chan­ge­ments au ni­veau des en­tre­prises pu­bliques donnent sou­vent l’oc­ca­sion aux nou­veaux ar­ri­vants de mon­trer leur égoïsme. Ces der­niers, pour faire va­loir leur sa­voir-faire, ba­laient d’un re­vers de main les pro­cé­dures ou dé­marches en­tre­prises ou en cours de fi­na­li­sa­tion par leurs pré­dé­ces­seurs, mar­quant ain­si une rup­ture dans le fonc­tion­ne­ment nor­mal des choses. Com­por­te­ments ty­pi­que­ment tu­ni­siens. Ou, par­fois, ce sont les par­tants qui brouillent les pistes des dos­siers. Ce qui com­plique la tâche aux ar­ri­vants qui de­vront mettre un temps fou pour s’y re­trou­ver et conti­nuer de faire fonc­tion­ner leur ad­mi­nis­tra­tion comme il se doit. De­vant ce constat, une prise de conscience s’im­pose à tous les ni­veaux où le ser­vice pu­blic est im­pli­qué. Même si, et à plu­sieurs re­prises, des dé­ci­sions ont été prises pour re­mé­dier à ce fléau, rien ne semble al­ler dans le bon sens. Peut-on croire qu’il y a une vraie prise de conscience des gou­ver­nants qui se sont suc­cé­dé ? Ce se­rait trop naïf d’y croire, sur­tout que la Tu­ni­sie a une bat­te­rie de belles lois en fa­veur de la gou­ver­nance, qui ne sont ja­mais mises en ap­pli­ca­tion.

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