ALI BELGACEM, PDG DE LA COM­PA­GNIE NA­TIO­NALE DE NA­VI­GA­TION (CTN) UN PORT DE TRAN­SIT OU DE STO­CKAGE ?

En 2016, l’en­com­bre­ment au port de Ra­dès a oc­ca­sion­né à l’éco­no­mie na­tio­nale un sur­coût de 300 mil­lions de dol­lars.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Me­riem KHDIMALLAH Pho­tos : Hi­chem GOUIAA

AU len­de­main de la Ré­vo­lu­tion, l’ac­ti­vi­té du Port de Ra­dès a bais­sé à cause, no­tam­ment, des re­ven­di­ca­tions so­ciales et des grèves qui s’y sont suc­cé­dé. Ces per­tur­ba­tions ont cau­sé des re­tards au ni­veau de la ma­nu­ten­tion et un en­com­bre­ment du port ain­si que des at­tentes pro­lon­gées des na­vires en rade. D’après Ali Belgacem, PDG de la Com­pa­gnie na­tio­nale de na­vi­ga­tion (CTN), la baisse en­re­gis­trée au ni­veau de l’ac­ti­vi­té du port de Ra­dès, l’un des pou­mons éco­no­miques du pays, dé­coule de plu­sieurs fac­teurs dont cer­tains sont conjonc­tu­rels et liés au contexte par­ti­cu­lier de la post-ré­vo­lu­tion et cer­tains autres struc­tu­rels liés aux spé­ci­fi­ci­tés tech­niques du port. Par­mi les autres fac­teurs qui ont gé­né­ré l’en­com­bre­ment du port, il a ci­té les grèves suc­ces­sives entre 2011 et 2014 des dif­fé­rents ser­vices por­tuaires (douane, So­cié­té tu­ni­sienne d’ac­co­nage et de ma­nu­ten­tion…), le re­cul au ni­veau de la ma­nu­ten­tion pro­vo­qué par les pannes suc­ces­sives du ma­té­riel de char­ge­ment et de dé­char­ge­ment, l’aug­men­ta­tion de la moyenne du nombre des conte­neurs par na­vire…etc. Face à cette si­tua­tion, dif­fé­rents in­ter­ve­nants du sec­teur se sont en­ga­gés dans une ré­flexion ur­gente pour iden­ti­fier les so­lu­tions ap­pro­priées à même de ré­soudre les pro­blèmes de ce port et d’y dé­con­ges­tion­ner l’ac­ti­vi­té. Dans ce cadre, un co­mi­té d’éva­lua­tion, qui re­groupe toutes les par­ties pre­nantes (CTN, Stam, Ommp, Syn­di­cat…) a été créé ré­cem­ment. L’ob­jec­tif-phare de cette nou­velle en­ti­té est d’amé­lio­rer la qua­li­té des ser­vices du port et de ré­duire les at­tentes en rade, ce qui per­met­trait de ré­duire l’en­com­bre­ment et d’amé­lio­rer, par la suite, les condi­tions de trans­port. «Chaque se­maine, une réunion d’in­for­ma­tion et de concer­ta­tion entre les dif­fé­rents in­ter­ve­nants est te­nue pour faire le contrôle né­ces­saire, re­mon­ter à l’ori­gine du mal, diag­nos­ti­quer la si­tua­tion et ar­rê­ter, par la suite, l’hé­mor­ra­gie, en vue de trou­ver des so­lu­tions pra­tiques à l’en­com­bre­ment des conte­neurs et

flui­di­fier les opé­ra­tions d’im­port/ ex­port», in­dique Belgacem. Le PDG de la CTN ajoute que le port de Ra­dès est un port de tran­sit et non pas de sto­ckage, ex­hor­tant les opé­ra­teurs éco­no­miques concer­nés à en­le­ver, aus­si­tôt que pos­sible, leurs conte­neurs, car le nombre de ceux tran­si­tant par le port dé­passe énor­mé­ment la ca­pa­ci­té d’ac­cueil de l’en­droit.

UN PORT EN PERTE DE VA­LEUR

Le port de Ra­dès, qui as­sure 80% du tra­fic ma­ri­time lié au com­merce ex­té­rieur de la Tu­ni­sie, dé­tient de­puis un cer­tain temps un triste re­cord en se clas­sant par­mi les pires en Mé­di­ter­ra­née, en rai­son de ses dys­fonc­tion­ne­ments. Plu­sieurs en­tre­prises éco­no­miques sont me­na­cées de faillite si la si­tua­tion ne s’amé­liore pas, puisque les conte­neurs res­tent blo­qués et im­mo­bi­li­sés plu­sieurs se­maines avant d’être li­bé­rés et en­le­vés. Au­jourd’hui, une triste réa­li­té s’im­pose : le sé­jour pro­lon­gé des na­vires en rade ou à quai, la faible ca­dence de ma­nu­ten­tion des mar­chan­dises et la com­plexi­té des for­ma­li­tés de pas­sage por­tuaire des mar­chan­dises ont for­te­ment tou­ché la qua­li­té des ser­vices, ce qui ex­plique la dé­gra­da-

tion de la com­pé­ti­ti­vi­té de ce port qui ne cesse de perdre du ter­rain et qui peine à se his­ser au rang des ports

mo­dernes. «Les au­to­ri­tés concer­nées ont dé­jà ap­pe­lé les pro­prié­taires des mar­chan­dises en­tre­po­sées au port de­puis plus de 60 jours à ré­cu­pé­rer leurs biens ou à se pré­sen­ter au­près des ser­vices concer­nés au sein du port pour ré­gu­la­ri­ser leur si­tua­tion et ac­cé­lé­rer l’opé­ra­tion de ré­cu­pé­ra­tion…En cas de non-ap­pli­ca­tion, les au­to­ri­tés concer­nées vont prendre en charge les mar­chan­dises et ap­pli­quer les pro­cé­dures né­ces­saires confor­mé- ment aux lois en vi­gueur», pré­cise Belgacem.

DES SO­LU­TIONS EXISTENT, MAIS…

Pour faire face à cette si­tua­tion, le co­mi­té d’éva­lua­tion a pro­po­sé une sé­rie de me­sures. Il s’agit, tout d’abord, d’ac­cé­lé­rer la vente aux en­chères de mar­chan­dises en­tre­po­sées qui ont dé­pas­sé les dé­lais au­to­ri­sés. Il a été éga­le­ment pro­po­sé de sé­lec­tion­ner un autre en­droit en de­hors du port pour sto­cker la mar­chan­dise dé­lais­sée par ses ac­qué­reurs de­puis plus de deux ans. Mais à la tête de ces me­sures qui visent à amé­lio­rer la ges­tion du port et à pous­ser les choses vers l’avant, il y a lieu de si­gna­ler l’ac­qui­si­tion de nou­veaux ma­té­riels. «L’ar­ri­vée de nou­veaux en­gins RTG (Rub­ber Ty­red Gan­try), grues por­tiques mo­biles ser­vant à un sto­ckage en blocs de sept ran­gées sur cinq ni­veaux de hau­teur, ce qui per­met­tra un gain de place et amé­lio­re­ra la ren­ta­bi­li­té du port», ex­plique Belgacem. Le PDG de la CTN ajoute qu’un sys­tème de ges­tion au­to­ma­tique de conte­neurs et d’uni­tés rou­lantes a dé­jà été ins­tal­lé dans ce port. Ce sys­tème sert à cou­pler les mé­ca­nismes de ges­tion du tra­fic des conte­neurs avec des sys­tèmes nu­mé­riques sur in­ter­net et per­met­tra l’or­ga­ni­sa­tion préa­lable du sto­ckage des conte­neurs. «La vo­lon­té pour faire les pre­miers pas ne manque pas et un in­ves­tis­se­ment énorme est en cours pour tour­ner cette page et rendre au port de Ra­dès sa va­leur réelle», ras­sure-t-il.

LA CTN SUR LE RADAR…

Sur un autre plan, Ali Belgacem pré­cise que la CTN a in­ves­ti dans des équi­pe­ments mo­dernes. Elle est en train d’ex­ploi­ter les lignes tra­di­tion­nelles conve­na­ble­ment (Gênes, Mar­seille, Bar­ce­lone, Li­vourne). Quatre lignes sur les­quelles elle tra­vaille et trans­porte la mar­chan­dise

par des uni­tés mo­dernes, dans un cadre concur­ren­tiel et com­pé­ti­tif avec d’autres trans­por­teurs étran­gers. Pour at­teindre et pros­pec­ter de nou­veaux mar­chés, les par­ties pre­nantes se sont réunies afin d’iden­ti­fier de nou­veaux mar­chés po­ten­tiels. On a donc ou­vert, en fé­vrier 2017, une nou­velle ligne ma­ri­time Sfax-No­vo­ros­siysk, en pas­sant par la Tur­quie. «Le lan­ce­ment de cette ligne a per­mis de ré­duire les dé­lais, les coûts et d’amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vi­té de nos mar­chan­dises sur le mar­ché

in­ter­na­tio­nal», af­firme-t-il. Pour at­teindre ces nou­veaux mar­chés, sur­tout en Afrique sub­sa­ha­rienne, la com­pa­gnie est en train de tra­vailler d’ar­rache-pied pour mettre en place un par­te­na­riat ga­gnant-ga­gnant avec des trans­por­teurs in­ter­na­tio­naux ma­ri­times qui peuvent at­teindre ces ports, no­tam­ment ceux des pays de la côte Ouest du conti­nent. La CTN, par sa propre flotte, n’a pas la pos­si­bi­li­té d’y par­ve­nir. Donc, des ac­cords de par­te­na­riat sont pré­vus avec des trans­por­teurs ma­ri­times de di­men­sion in­ter­na­tio­nale qui passent par la Mé­di­ter­ra­née et se rendent dans cette par­tie du monde..

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