FAUT-IL PRI­VA­TI­SER LA STAM ?

L’en­tre­prise pu­blique a be­soin de sang neuf, de fonds, et…d’un concur­rent. La concur­rence ne peut que la pous­ser à amé­lio­rer la qua­li­té de ses ser­vices, au bon­heur des in­ves­tis­seurs.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Omar KAMMOUN

AUT-IL pri­va­ti­ser la Stam (So­cié­té tu­ni­sienne d’ac­con­nage et de ma­nu­ten­tion) ? Po­sez cette ques­tion à n’im­porte quel in­ves­tis­seur tu­ni­sien, la ré­ponse se­ra sans doute po­si­tive. Il ajou­te­rait même : «Faites vite svp, nous avons dé­jà per­du

beau­coup de temps». Qu’il soit in­dus­triel, ex­por­ta­teur ou im­por­ta­teur, il a, cer­tai­ne­ment, un jour su­bi le sup­plice de Tan­tale, voyant des op­por­tu­ni­tés se bri­ser sur les ré­cifs du port de Ra­dès où la Stam fait, prin­ci­pa­le­ment, la pluie et le beau temps. Les mé­ca­nismes rouillés de cette en­tre­prise pu­blique n’ont ces­sé d’en­gen­drer des dys­fonc­tion­ne­ments du­rant ces der­nières an­nées, sanc­tion­nant ain­si lour­de­ment l’en­tre­prise pri­vée et, par-de­là, toute l’éco­no­mie tu­ni­sienne dé­jà af­fai­blie et fra­gi­li­sée par une conjonc­ture ex­cep­tion­nelle voire in­édite. En fait, si la si­tua­tion de mo­no­pole est ce qu’il y a de plus confor­table sur un mar­ché pour cer­taines en­tre­prises, c’est loin d’être le cas pour la Stam. C’est même tout à fait le contraire. Ayant des moyens fi­nan­ciers et tech­niques li­mi­tés, un ma­té­riel vé­tuste et un per­son­nel ma­jo­ri­tai­re­ment peu qua­li­fié, l’en­tre­prise est in­ca­pable de gé­rer conve­na­ble­ment le pre­mier port du pays par le­quel tran­site près de 80% du flux com­mer­cial tu­ni­sien avec l’étran­ger. Pire, de­puis 2011, l’en­tre­prise s’est trou­vée obli­gée de gé­rer un sur­ef­fec­tif im­por­tant et me­na­çant dans la me­sure où la masse sa­la­riale est de­ve­nue tel­le­ment lourde et in­sup­por­table qu’elle a mis l’en­tre­prise à ge­noux. En ef­fet, comme toute les en­tre­prises pu­bliques, la Stam a dû re­cru­ter en masse, sans en avoir be­soin, juste pour cal­mer la ten­sion so­ciale qui bat­tait son plein en cette pé­riode-là. Or, cette res­pon­sa­bi­li­té so­ciale qu’elle a dû as­su­mer, si cru­ciale fût-elle, n’a pas été sans consé­quences sur ses équi­libres fi­nan­ciers, d’au­tant plus que l’ac­ti­vi­té éco­no­mique a connu, elle, une forte ré­gres­sion et que, donc, le chiffre d’af­faires et les bé­né­fices de la com­pa­gnie ont gra­ve­ment chu­té. Pis en­core : qui dit sur­ef­fec­tif dit mau­vaise or­ga­ni­sa­tion, qua­li­té de ser­vice mé­diocre et faible com­pé­ti­ti­vi­té. Ain­si, étant le seul opé­ra­teur sur le port de Ra­dès, la Stam est de­ve­nue pe­tit à pe­tit un frein qui ra­len­tit les échanges com­mer­ciaux du pays et qui pé­na­lise le dé­ve­lop­pe­ment des en­tre­prises pri­vées. Il faut sa­voir que plus il y a du re­tard au ni­veau du char­ge­ment et du dé­char­ge­ment des na­vires, plus le coût du trans­port aug­mente, ce

Étant le seul opé­ra­teur sur le port de Ra­dès, la Stam est de­ve­nue pe­tit à pe­tit un frein qui ra­len­tit les échanges com­mer­ciaux du pays et qui pé­na­lise le dé­ve­lop­pe­ment des en­tre­prises pri­vées.

qui se ré­per­cute di­rec­te­ment sur le prix de re­vient et, par la suite, sur le prix de vente, que ce soit sur le mar­ché lo­cal, où ces prix ont sen­si­ble­ment aug­men­té ces der­nières an­nées, ou sur le mar­ché in­ter­na­tio­nal avec le risque de perte de part de mar­ché et de clients in­tran­si­geants cô­té dé­lais de li­vrai­son.

UN PRO­GRAMME DE MO­DER­NI­SA­TION, MAIS…

«L’en­tre­prise souffre sur­tout du manque de ma­chines de tra­vail, d’une in­fra­struc­ture por­tuaire dé­fec­tueuse et d’une masse

sa­la­riale très im­por­tante», avoue Fa­rhat Zoua­ghi, pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral de la Stam. Pour re­mé­dier à toutes ces dé­faillances, la So­cié­té tu­ni­sienne d’ac­co­nage et de ma­nu­ten­tion a lan­cé de­puis 2015 un vaste pro­gramme de mo­der­ni­sa­tion qui de­vrait être clô­tu­ré en dé­cembre 2017. L’en­tre­prise a, dans ce cadre, si­gné une conven­tion avec l’ANP-Ma­roc pour la for­ma­tion des conduc­teurs des grues et de dif­fé­rents en­gins por­tuaires sur si­mu­la­teur. Les in­gé­nieurs de main­te­nance ont, quant à eux, bé­né­fi­cié de for­ma­tions dans les usines des construc­teurs d’en­gins de ma­nu­ten­tion. Pa­ral­lè­le­ment, l’en­tre­prise a en­ta­mé une ré­vi­sion du sta­tut du per­son­nel pour ins­tau­rer le tra­vail de 24h/24h. Pour ce qui est de la ges­tion des équi­pe­ments, l’en­tre­prise pu­blique a, sur­tout, si­gné plu­sieurs contrats avec les prin­ci­paux construc­teurs pour la re­mise en état et la ré­no­va­tion des équi­pe­ments de ma­nu­ten­tion, tout en lan­çant un vaste pro­gramme de ré­amé­na­ge­ment des ate­liers de main­te­nance. Pa­ral­lè­le­ment, l’en­tre­prise a lan­cé plu­sieurs chan­tiers à la fois pour mo­der­ni­ser l’in­fra­struc­ture dans plu­sieurs ports tu­ni­siens. A Ra­dès, par exemple, la Stam s’est lan­cée dans l’amé­na­ge­ment de deux zones spé­cia­li­sées, l’une pour le tra­fic rou­lier et l’autre pour le tra­fic conte­neu­ri­sé, ce qui per­met­tra d’aug­men­ter sen­si­ble­ment la ca­pa­ci­té d’ac­cueil du port. Mieux en­core, un sys­tème de ges­tion au­to­ma­tique de conte­neurs et d’uni­tés rou­lantes se­ra ins­tal­lé à Ra­dès en ver­tu de deux contrats si­gnés au mois de mai 2017 entre la Stam et la so­cié­té tu­ni­sienne Nexs­tep et es­pa­gnole Kar­lo­mek. Ce sys­tème fixe­ra les mé­ca­nismes de ges­tion du tra­fic des conte­neurs au port avec des sys­tèmes nu­mé­riques sur In­ter­net. Il per­met, ain­si, l’or­ga­ni­sa­tion préa­lable des conte­neurs à par­tir du port. Il per­met, éga­le­ment, aux opé­ra­teurs éco­no­miques d’en­voyer des SMS pour in­for­mer les fonc­tion­naires concer­nés de la Stam de la quan­ti­té de mar­chan­dises qui de­vrait ar­ri­ver au port, en plus de per­mettre aux ca­mions d’en­trer au­to­ma­ti­que­ment pour trans­por­ter les conte­neurs. Au­tre­ment dit, fi­ni «Je ne sais pas où se trouve ton conte­neur» ; fi­ni les heures d’at­tente et les bak­chichs. Tou­te­fois, mal­gré ce pro­gramme de dé­ve­lop­pe­ment, la Stam risque de conti­nuer à dé­ce­voir l’en­tre­prise pri­vée, sur­tout que, dans les ports des des­ti­na­tions concur­rentes à la Tu­ni­sie, no­tam­ment au Ma­roc, ce­la fait des an­nées qu’on a mis les bou­chées doubles pour mo­der­ni­ser les ports et qu’on a fait du trans­port ma­ri­time un ca­ta­ly­seur et non un ra­len­tis­seur. La Stam mé­rite d’être pri­va­ti­sée pour adop­ter un nou­veau mode de ges­tion et se fixer des ho­ri­zons plus am­bi­tieux. Elle a aus­si be­soin d’un concur­rent au ni­veau du port de Ra­dès. Et d’un autre port, plus im­por­tant, pour pou­voir se dé­ve­lop­per.

Un sys­tème de ges­tion au­to­ma­tique de conte­neurs et d’uni­tés rou­lantes se­ra ins­tal­lé à Ra­dès en ver­tu de deux contrats si­gnés au mois de mai 2017 entre la Stam et la so­cié­té tu­ni­sienne Nexs­tep et es­pa­gnole Kar­lo­mek.

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