IN­FLÉ­CHIR LA COURBE DU CHÔ­MAGE

Le pro­ces­sus d’éla­bo­ra­tion de la stra­té­gie na­tio­nale pour l’em­ploi, dont le coup d’en­voi a été ré­cem­ment don­né, de­vrait ap­por­ter une nou­velle ré­ponse au chô­mage pra­ti­que­ment struc­tu­rel, no­tam­ment ce­lui des jeunes di­plô­més de l’en­sei­gne­ment supérieur.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Sa­my CHAMBEH

a scène éco­no­mique et so­ciale vient d’être do­mi­née par le lan­ce­ment, le 22 août der­nier, du pro­ces­sus d’éla­bo­ra­tion de la stra­té­gie na­tio­nale cen­sée pour l’em­ploi. In­di­ca­teur ma­jeur de la santé de toute éco­no­mie et plus par­ti­cu­liè­re­ment de l’ef­fi­ca­ci­té de la po­li­tique éco­no­mique et so­ciale, le taux du chô­mage de la po­pu­la­tion ac­tive ou en âge de tra­vailler est tou­jours sui­vi mé­ti­cu­leu­se­ment de la part des dé­ci­deurs po­li­tiques, des in­ves­tis­seurs et ana­lystes et des mé­dias, puisque l’em­ploi reste un en­jeu po­li­tique de taille. Mais pas seule­ment : il s’agit d’un phé­no­mène so­cio-éco­no­mique-phare qui n’est pas sans re­tom­bées né­fastes au plan in­di­vi­duel (le chô­mage reste une tra­gé­die hu­maine) aus­si bien que col­lec­tif sur les per­for­mances éco­no­miques et dans l’or­ga­ni­sa­tion des rap­ports so­ciaux. Le chô­mage est de­ve­nu, de­puis la der­nière dé­cen­nie du siècle der­nier, un phé­no­mène glo­bal et ir­ré­ver­sible et de par le monde un pro­blème im­por­tant de po­li­tique éco­no­mique. Pour pa­rer à ce fléau, les gou­ver­ne­ments s’y sont at­ta­qués avec plus ou moins de suc­cès. Ce qui a fait dire d’ailleurs à cer­tains émi­nents ex­perts qu’il s’agit là du prin­ci­pal fléau éco­no­mique de ce siècle. Fac­teur de sta­bi­li­té so­ciale par ex­cel­lence, l’em­ploi est la prin­ci­pale pré­oc­cu­pa­tion des di­ri­geants qui es­pèrent une in­té­gra­tion ra­pide des de­man­deurs d’em­ploi et une adap­ta­tion conti­nue aux exi­gences de la mon­dia­li­sa­tion dont un des ef­fets per­vers qui dé­coule des re­struc­tu­ra­tions, porte sur la des­truc­tion des em­plois les moins qua­li­fiés. La Tu­ni­sie souffre d’un taux éle­vé de chô­mage, ce­ci est un fait. Le der­nier chiffre en la ma­tière dif­fu­sé par l’INS le 15 août der­nier si­tue ce fléau à hau­teur 15,3% de la po­pu­la­tion ac­tive. Bien qu’il s’agisse d’une sta­bi­li­sa­tion de ce taux au terme du se­cond tri­mestre 2017, (625 mille chô­meurs), il n’en de­meure pas moins qu’il reste in­quié­tant, mais heu­reu­se­ment loin du pic ac­cu­sé en 2011 (18,9%). La pré­oc­cu­pa­tion ma­jeure pro­vient du taux de chô­mage des jeunes di­plô­més qui, mal­gré une lé­gère dé­crue, se si­tue à 30,3% au se­cond tri­mestre 2017 contre 31,3% au cours du pre­mier tri­mestre. N’ayons pas peur des mots, il s’agit d’un chô­mage mas­sif. Autre mo­tif d’in­quié­tude : la per­sis­tance des in­éga­li­tés face à l’ac­cès à l’em­ploi (se­lon le genre ou le sexe, entre les ré­gions, entre les mi­lieux Ci­ta­din et ru­ral, etc.) Par ailleurs, il faut dire que nombre de pans de la so­cié­té res­tent non re­cen­sés par les sta­tis­tiques du chô­mage, telles les femmes ac­tives dans le sec­teur agri­cole, celles qui exercent no­tam­ment dans les foyers pour des ser­vices et as­sis­tance aux per­sonnes (garde d’en­fants, de per­sonnes âgées ou ma­lades, tra­vail do­mes­tique ré­mu­né­ré, gar­dien­nage). Autre in­con­nue : le tra­vail in­for­mel. On est en droit, en ef­fet, de s’in­ter­ro­ger, compte te­nu des pro­por­tions af­fi­chées par l’éco­no­mie pa­ral­lèle qui dé­passe les 50%, sur les per­sonnes en­ga­gées dans l’ac­ti­vi­té de la contre­bande ou le com­merce pa­ral­lèle, comme ven­deurs am­bu­lants, le tra­vail au noir ou clan­des­tin… Ou en­core ce qu’on peut ap­pe­ler le tra­vail dé­gui­sé : com­bien de per­sonnes

pour­tant «en mode re­trai­té», conti­nuent d’exer­cer une ac­ti­vi­té ré­mu­né­rée non dé­cla­rée gé­né­ra­le­ment. Mais mis à part cette lan­ci­nante ques­tion de comp­ta­bi­li­sa­tion des chô­meurs et de la réa­li­té des chiffres, il fau­drait plu­tôt fo­ca­li­ser sur les moyens à mettre en oeuvre pour ré­sor­ber ce fléau dévastateur à l’image de cette mas­si­fi­ca­tion qui peut me­na­cer la sta­bi­li­té so­ciale (al­té­ra­tion des liens so­ciaux) et éco­no­mique (coût di­rect et in­di­rect pour la so­cié­té). Il est vrai que le main­tien du chô­mage à un ni­veau éle­vé et l’al­lon­ge­ment de sa du­rée, en aug­men­tant l’in­sé­cu­ri­té so­ciale (in­quié­tude, crainte, déses­poir), sape la confiance des franges ain­si mar­gi­na­li­sées en l’ave­nir et en les dé­ci­deurs et par­te­naires so­ciaux et peut ou­vrir la voie à la mul­ti­pli­ca­tion des troubles so­ciaux (illus­tra­tion : les mou­ve­ments so­ciaux vé­cus au Sa­ha­ra dans les gou­ver­no­rats de Ta­taouine et Ké­bi­li et l’en­trave à l’ex­ploi­ta­tion des res­sources pé­tro­lières dans ces ré­gions). De par ses at­tri­bu­tions, l’Etat est te­nu donc d’in­ter­ve­nir pour cor­ri­ger le «lais­ser-faire» du mar­ché du tra­vail et pour créer des postes d’em­ploi. C’est dans ce cadre que s’ar­ti­cule la nou­velle stra­té­gie na­tio­nale de l’em­ploi.

Plus fa­cile à dire qu’à faire

Les contours de la stra­té­gie an­ti-chô­mage ne sont pas dif­fi­ciles à ima­gi­ner : les in­ter­ven­tions pu­bliques qui y sont pres­crites sont des­ti­nées à boos­ter et à ex­ploi­ter les op­por­tu­ni­tés d’em­ploi exis­tantes, à amé­lio­rer l’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle des di­plô­més, à fa­vo­ri­ser au­tant que faire se peut le tra­vail dé­cent et qua­li­fié, à at­té­nuer les in­éga­li­tés face à l’em­ploi, que ce soit pour ce qui est du genre (filles et gar­çons), du ni­veau de qua­li­fi­ca­tion, d’âge, de ca­té­go­ries so­ciales ou des ré­gions, et re­va­lo­ri­ser le tra­vail… Au­tant d’ob­jec­tifs am­bi­tieux plu­tôt fa­ciles à énon­cer qu’à réa­li­ser, di­ront les avi­sés. Et ce­la pour trois rai­sons. D’abord, parce que les ini­tia­tives en­trant dans ce cadre sont très coû­teuses. En­suite, l’ef­fi­ca­ci­té de toute po­li­tique d’em­ploi s’éva­lue sur le moyen et le long termes. En­fin, parce que la prio­ri­té des po­li­tiques éco­no­miques est ac­cor­dée de nos jours aux grands dés­équi­libres, à sa­voir le dé­fi­cit bud­gé­taire, l’in­fla­tion, le dé­fi­cit com­mer­cial et ce­lui des opé­ra­tions courantes. Ce­pen­dant, la ques­tion de l’em­ploi est loin d’être mar­gi­na­li­sée, puisque par­mi les ob­jec­tifs (au nombre de quatre) de la po­li­tique éco­no­mique conjonc­tu­relle, on trouve un faible taux de chô­mage aux cô­tés de la sta­bi­li­té des prix (me­su­rée par le taux d’in­fla­tion), d’une crois­sance éco­no­mique sou­te­nue (me­su­rée par le PIB), et d’une po­si­tion ex­té­rieure viable (me­su­rée par le dé­fi­cit de la ba­lance com­mer­ciale et/ou des tran­sac­tions courantes). Cette confi­gu­ra­tion est gé­né­ra­le­ment sché­ma­ti­sée par ce qu’on ap­pelle «le car­ré ma­gique» au­quel peut tendre toute éco­no­mie per­for­mante. Le fait d’abor­der cette ques­tion de car­ré ma­gique n’est pas su­per­flue : cette re­pré­sen­ta­tion gra­phique per­met de vé­ri­fier la «courbe de Phil­lips» et les re­la­tions in­ver­se­ment pro­por­tion­nelles entre, d’une part, le chô­mage et l’in­fla­tion (quand le pre­mier est éle­vé, la deuxième tend à bais­ser et in­ver­se­ment) et, d’autre part, entre le chô­mage et la crois­sance éco­no­mique (plus cette der­nière est sou­te­nue plus le chô­mage dé­cline). Du coup, l’exi­gence de l’heure est plus que ja­mais d’amé­lio­rer la ca­pa­ci­té de notre éco­no­mie à créer des em­plois. Aus­si faut-il évi­ter à tout prix de cas­ser la re­prise ac­tuelle, bien que fé­brile, en évi­tant par exemple d’alour­dir les charges des en­tre­prises éco­no­miques par de nou­velles taxa­tions ou par un ren­ché­ris­se­ment du coût du tra­vail, tout en ren­for­çant les dis­po­si­tifs d’in­ci­ta­tion au tra­vail (sa­la­rié ou in­dé­pen­dant) vi­sant à en­di­guer le chô­mage à tra­vers,

De par ses at­tri­bu­tions, l’Etat est te­nu d’in­ter­ve­nir pour cor­ri­ger le «lais­ser­faire» du mar­ché du tra­vail et pour créer des postes d’em­ploi.

d’une part, l’amé­lio­ra­tion de l’em­ploya­bi­li­té pour les de­man­deurs d’em­ploi et, d’autre part, la mul­ti­pli­ca­tion des op­por­tu­ni­tés et des sources de fi­nan­ce­ment (Banque tu­ni­sienne de so­li­da­ri­té, tis­su as­so­cia­tif et Banque de fi­nan­ce­ment des pe­tites et moyennes en­tre­prises) pour les di­plô­més de l’en­sei­gne­ment supérieur ain­si que pour ceux qui sont do­tés d’une qua­li­fi­ca­tion ou com­pé­tence pro­fes­sion­nelle. Au ni­veau struc­tu­rel, il fau­dra pen­ser à re­mé­dier au dys­fonc­tion­ne­ment du mar­ché du tra­vail qui reste ca­rac­té­ri­sé par de «grandes pré­ca­ri­tés», fruit d’une «éco­no­mie à faible pro­duc­ti­vi­té et qui gé­nère des em­plois in­sé­cu­ri­sés et mé­diocres», d’après l’ana­lyse de la Banque mon­diale dans son étude in­ti­tu­lée «Tu­ni­sie, la ré­vo­lu­tion in­ache­vée» (sep­tembre 2014). De plus, notre sys­tème pro­duc­tif reste mar­qué par des «en­traves à la concur­rence» et d’une bu­reau­cra­tie ac­ca­blante, voire pa­ra­ly­sante des ini­tia­tives. Et l’in­tro­duc­tion des ré­formes struc­tu­relles res­tent sus­pen­dues à l’at­té­nua­tion de ces tares, sur­tout que l’Ocde a sou­li­gné que «l’am­pleur du chô­mage et la ri­gi­di­té (de notre) mar­ché du tra­vail sont les deux causes prin­ci­pales qui sapent la mise en oeuvre des ré­formes d’ajus­te­ment». Quant à l’in­adap­ta­tion ma­ni­feste du pro­fil des de­man­deurs d’em­ploi aux be­soins des em­ployeurs, qu’ils soient pu­blics ou pri­vés, c’est l’en­semble de la confi­gu­ra­tion des struc­tures de l’en­sei­gne­ment qui est ap­pe­lée à évo­luer. Au ni­veau uni­ver­si­taire d’abord, les par­ties pre­nantes sont conscientes de l’ur­gence de la mise en pra­tique d’une ré­forme pro­fonde de la for­ma­tion en la ma­tière en vue d’amé­lio­rer le ni­veau de com­pé­tence des ap­pre­nants et rap­pro­cher les éta­blis­se­ments de l’en­sei­gne­ment et de la for­ma­tion du gi­ron du tra­vail, à tra­vers le ren­for­ce­ment de l’em­ploya­bi­li­té des étu­diants. Cette ré­forme de­vrait ins­ti­tu­tion­na­li­ser le fait que le monde de l’en­tre­prise doit avoir un droit de re­gard sur le conte­nu des cur­sus, qu’ils soient uni­ver­si­taires ou de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, afin d’ap­por­ter cette vi­sion de la réa­li­té du ter­rain pour fa­vo­ri­ser les condi­tions né­ces­saires à l’in­ser­tion des dif­fé­rents di­plô­més et dis­si­per tout re­lent d’in­com­pré­hen­sion ou de mé­fiance entre les deux uni­vers. Cette faible adé­qua­tion entre la for­ma­tion uni­ver­si­taire et les be­soins réels du mar­ché a été d’ailleurs épin­glée par l’Iace (l’ins­ti­tut arabe des chefs d’en­tre­prise), dans son rap­port sur l’em­ploi dif­fu­sé à la fin du troi­sième tri­mestre de l’an­née écou­lée. Ce­la passe par l’élé­va­tion du ni­veau aca­dé­mique des ap­pre­nants, le ren­for­ce­ment des cur­sus (théo­riques et pra­tiques), l’ac­tua­li­sa­tion de la mé­thode d’en­sei­gne­ment qui doit être«up to date», sans ou­blier de re­mé­dier à la faible com­pé­tence des en­sei­gnants ou, plus grave, leur dé­mo­ti­va­tion, leur in­dif­fé­rence, voire leur in­sou­ciance. En somme, le di­plôme de­vrait ou­vrir de larges et pro­met­teuses pers­pec­tives à nos jeunes pour un ave­nir meilleur, confor­mé­ment à leurs pré­dis­po­si­tions et po­ten­tia­li­tés. Ob­jec­tif ul­time : ga­ran­tir une voie por­teuse en termes d’em­ploi pour un ave­nir plus pro­met­teur à nos di­plô­més. Rap­pro­cher l’Uni­ver­si­té de l’en­tre­prise éco­no­mique re­vient à mul­ti­plier les stages pro­fes­sion­nels qui doivent être un sas pour un ac­cès sûr à un em­ploi stable et dé­cent. Ce­la peut être pro­fi­table aux deux par­ties : les étu­diants, à tra­vers cette chance in­ouïe, ga­gne­ront en ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle et af­fi­ne­ront leur ap­pren­tis­sage, ap­pli­que­ront les sa­voirs théo­riques ac­quis et dé­cro­che­ront éven­tuel­le­ment le poste de tra­vail dont ils ont be­soin. Pour les en­tre­prises éco­no­miques, il s’agi­ra d’amé­lio­rer d’abord leur image et leur at­trac­ti­vi­té (et leur ca­pi­tal confiance) au­près des jeunes gé­né­ra­tions ; elles pour­ront ain­si «se vendre» plus fa­ci­le­ment au­près de cette frange et de la com­mu­nau­té dans son en­semble. En­suite, par le biais de l’im­mer­sion des étu­diants dans les rouages de la vie pro­fes­sion­nelle, l’en­tre­prise pour­ra éva­luer les connais­sances ac­quises par les sta­giaires et leur four­nir le com­plé­ment pra­tique né­ces­saire por­tant sur le sa­voir-faire et le sa­voir- être (codes pro­fes­sion­nels, mé­tiers et fonc­tions, tra­vail en équipe, rap­ports avec la hié­rar­chie, rouages de la pro­fes­sion, im­pé­ra­tifs fi­nan­ciers et éco­no­miques,…). En­fin, en dé­pit du temps, de l’ar­gent et de l’éner­gie consa­crés aux stages, la for­ma­tion dis­pen­sée est loin d’être une di­la­pi­da­tion des res­sources, puisque la firme pour­ra s’ap­pro­vi­sion­ner (ou pré­re­cru­ter) en res­sources hu­maines de la crème des sta­giaires à sa dis­po­si­tion, ce­ci sans par­ler de la res­pon­sa­bi­li­té so­cié­tale de l’en­tre­prise à pré­pa­rer les jeunes à la vie pro­fes­sion­nelle. En fait, pour que ce sys­tème de stages fonc­tionne à son op­ti­mum, il fau­dra que toutes les par­ties pre­nantes y trouvent leurs comptes. Cô­té sys­tème de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, il convient d’éle­ver le ni­veau des ap­pren­tis­sages pour une meilleure adé­qua­tion for­ma­tion-em­ploi, soit une meilleure in­ser­tion dans le monde pro­fes­sion­nel et ré­pondre ain­si aux exi­gences des em­ployeurs. En clair, les for­ma­tions et les pro­fils de com­pé­tence doivent être en phase avec les trans­for­ma­tions pro­fondes de l’ap­pa­reil pro­duc­tion (mo­der­ni­sa­tion, mon­tée en gamme de la qua­li­fi­ca­tion

Il fau­dra pen­ser à re­mé­dier au dys­fonc­tion­ne­ment du mar­ché du tra­vail qui reste ca­rac­té­ri­sé par de «grandes pré­ca­ri­tés», fruit d’une «éco­no­mie à faible pro­duc­ti­vi­té et qui gé­nère des em­plois in­sé­cu­ri­sés et mé­diocres» Rap­pro­cher l’Uni­ver­si­té de l’en­tre­prise éco­no­mique re­vient à mul­ti­plier les stages pro­fes­sion­nels qui doivent être un sas pour un ac­cès sûr à un em­ploi stable et dé­cent.

Les for­ma­tions et les pro­fils de com­pé­tence doivent être en phase avec les trans­for­ma­tions pro­fondes de l’ap­pa­reil pro­duc­tion et l’évo­lu­tion du tis­su éco­no­mique. Une crois­sance éco­no­mique atone ne peut qu’exa­cer­ber le dés­équi­libre du mar­ché du tra­vail et la pré­ca­ri­sa­tion de l’offre d’em­ploi.

des em­bau­chés), et l’évo­lu­tion du tis­su éco­no­mique. Pour que toute stra­té­gie de pro­mo­tion d’em­ploi ga­ran­tisse un mi­ni­mum de réus­site, il fau­dra lui ac­cor­der le rang de prime prio­ri­té tout en fa­vo­ri­sant l’adhé­sion de tous les ac­teurs concer­nés pour ren­for­cer leur concer­ta­tion et leur co­opé­ra­tion dans ce dos­sier ; il s’agit éga­le­ment de conso­li­der l’em­ploya­bi­li­té en réa­li­sant des études me­su­rant les écarts de com­pé­tences des de­man­deurs d’em­ploi par rap­port aux nou­veaux be­soins du monde de tra­vail. Et la stra­té­gie at­ten­due de­vra s’ap­puyer sur les ré­sul­tats ob­te­nus afin de ré­duire au maxi­mum le risque d’in­adap­ta­tion à l’évo­lu­tion des mé­tiers. Par­mi les autres pistes po­ten­tielles : la pour­suite de la po­li­tique de re­trait du mar­ché du tra­vail par le biais de l’en­cou­ra­ge­ment au dé­part à la re­traite an­ti­ci­pée ; la pour­suite des aides (ci­blées) à l’em­bauche aux en­tre­prises (par­ti­cu­liè­re­ment les PME et TPE) à dé­pas­ser leurs dif­fi­cul­tés de re­cru­te­ment, sur­tout au vu de la dé­prime de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique et de la mo­ro­si­té de la conjonc­ture ; étu­dier la ques­tion du pro­lon­ge­ment des études dans une ten­ta­tive d’en­rayer le chô­mage des jeunes ; la pour­suite avec plus de convic­tion de la cam­pagne de dé­mys­ti­fi­ca­tion du tra­vail in­dé­pen­dant et de l’en­tre­pre­neu­riat en in­ci­tant nos jeunes à op­ter pour le tra­vail in­dé­pen­dant. En tout état de cause, la stra­té­gie na­tio­nale pour l’em­ploi doit être ba­sée sur une vi­sion glo­bale qui de­vra te­nir compte des nou­velles spé­ci­fi­ci­tés du tra­vail ac­tuel (modes de ges­tion in­édits, mu­ta­tion tech­no­lo­gique et risque de des­truc­tion des em­plois, com­pé­ti­ti­vi­té et pres­sion constante sur les ef­fec­tifs em­ployés, ca­pa­ci­té conflic­tuelle des syn­di­cats,…), de l’évo­lu­tion ain­si que du contexte so­cioé­co­no­mique am­biant (rap­ports de force so­ciaux, hos­ti­li­té et tur­bu­lence de l’en­vi­ron­ne­ment éco­no­mique ex­té­rieur et exa­cer­ba­tion de la concur­rence) et de la né­ces­si­té de ré­vi­ser le Code du tra­vail pour une plus large flexi­bi­li­té afin de do­per la com­pé­ti­ti­vi­té de nos en­tre­prises mais sans pour au­tant mar­gi­na­li­ser les droits du tra­vailleur. Parce qu’une crois­sance éco­no­mique atone ne peut qu’exa­cer­ber le dés­équi­libre du mar­ché du tra­vail et la pré­ca­ri­sa­tion de l’offre d’em­ploi, il s’agi­ra de faire en sorte de conso­li­der le rythme de créa­tion des ri­chesses. Illus­tra­tion : les dif­fi­cul­tés éco­no­miques crois­santes et la mo­ro­si­té de la conjonc­ture du­rant les der­nières an­nées ont pro­vo­qué une mo­di­fi­ca­tion ap­pa­rem­ment ir­ré­ver­sible du sta­tut à l’em­bauche. En ef­fet, on as­siste à une trans­for­ma­tion des contrats de tra­vail : ain­si le CDD (contrat à du­rée dé­ter­mi­née) s’est sub­sti­tué au tra­di­tion­nel CDI (contrat à du­rée in­dé­ter­mi­née). Mais l’in­ef­fi­ca­ci­té des po­li­tiques me­nées jus­qu’à main­te­nant et la «vi­gueur» du chô­mage ne doi­telle pas plu­tôt pous­ser toutes les par­ties concer­nées à se rendre à l’évi­dence que le mode d’ex­ploi­ta­tion, de ges­tion et d’or­ga­ni­sa­tion a évo­lué et que le tra­vail a bel et bien chan­gé : il n’est plus conjonc­tu­rel ou cy­clique, mais la si­tua­tion de sous-em­ploi est de­ve­nue struc­tu­relle et tend à se dé­ta­cher, de plus en plus, de l’évo­lu­tion de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique. D’ailleurs, nombre d’ex­perts tablent sur le dé­ve­lop­pe­ment ra­pide de nou­velles formes d’em­ploi qui dé­passent le sa­la­riat ou le fait que l’en­tre­prise soit le seul lieu de so­cia­li­sa­tion, pour tendre vers l’ex­ter­na­li­sa­tion des ac­ti­vi­tés de l’en­tre­prise (au lieu de re­cru­ter elle dé­lègue des tâches), vers le tra­vail à dis­tance ou té­lé­tra­vail et le tra­vail à temps par­tiel. La plu­part des an­ciennes ac­tions en­tre­prises dans ce do­maine en Tu­ni­sie n’ont pas ob­te­nu jus­qu’à main­te­nant de ré­sul­tats fruc­tueux. Il faut dire que des fac­teurs à la fois en­do­gènes (ef­fets col­la­té­raux de la ré­vo­lu­tion, in­sta­bi­li­té so­ciale, contexte sé­cu­ri­taire) qu’exo­gènes (mo­ro­si­té de la conjonc­ture, baisse de la de­mande ex­té­rieure) n’ont pas fa­ci­li­té la tâche des pou­voirs pu­blics, loin de là. Aus­si, qu’elles soient gé­né­rales ou ci­blées, ac­tives (sub­ven­tions à l’em­bauche, exo­né­ra­tion des charges so­ciales) ou pas­sives (rendre le chô­mage sup­por­table), les dif­fé­rentes me­sures à consi­gner dans la stra­té­gie na­tio­nale de l’em­ploi (SNE) se doivent d’être conformes à la lo­gique de ré­gu­la­tion ma­croé­co­no­mique et à l’es­prit des ré­formes struc­tu­relles à mettre en pra­tique. Ci­té ré­gu­liè­re­ment par­mi les pré­oc­cu­pa­tions es­sen­tielles des Tu­ni­siens (in­ter­ro­gés dans les son­dages d’opi­nion), le tra­vail, plus qu’une oc­cu­pa­tion ou un «gagne-pain» (source de re­ve­nu), a une di­men­sion de va­leur et un élé­ment-phare de so­cia­li­sa­tion qui ga­ran­tit en quelque sorte la di­gni­té so­ciale. Il de­meure donc im­pé­rieux de mettre tout en oeuvre pour at­té­nuer le fléau du chô­mage, no­tam­ment ce­lui des jeunes et des di­plô­més et qui, de par les risques qu’il vé­hi­cule de mal-être, de pré­ca­ri­té, de frus­tra­tion, d’ex­clu­sion, d’al­té­ra­tion du tis­su social, d’in­sé­cu­ri­té (dé­lin­quance et ban­di­tisme), de dé­tresse et de déses­poir, peut mettre en pé­ril la confi­gu­ra­tion et les fon­de­ments de toute dé­mo­cra­tie. Que dire alors si cette der­nière n’en est qu’à ses pre­miers pas. A la lu­mière de l’im­po­sante tâche qui les at­tend sur le front de la lutte an­ti-chô­mage, gou­ver­ne­ment, par­te­naires so­ciaux et re­pré­sen­tants de la so­cié­té ci­vile se­ront loin de chô­mer.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.