BURN OUT PER­MA­NENT

La Presse Business (Tunisia) - - POST-SCRIPTUM - Par Saous­sen BOULEKBACHE

APRÈS les der­niers chiffres an­non­cés par une source gou­ver­ne­men­tale, le nombre de de­mandes de dé­part à la re­traite an­ti­ci­pée a at­teint les quatre mille, ce qui dé­passe lar­ge­ment les ob­jec­tifs fixés en amont. Se­lon la même source, le nombre des de­mandes pour bé­né­fi­cier du pro­gramme de dé­part à la re­traite vo­lon­taire au titre de 2018, et après adop­tion par l’ARP, de­vrait être com­pris entre 5 et 10 mille. Des dé­parts qui en­gagent l’em­ployeur à prendre en charge les pen­sions et les contri­bu­tions so­ciales né­ces­saires du­rant toute la du­rée qui sé­pare le dé­part pré­ma­tu­ré et l’âge lé­gal de mise à la re­traite. Cette vo­lon­té de dé­part en masse à la re­traite an­ti­ci­pée dé­note, en­core une fois, de l’in­sen­si­bi­li­té des Tu­ni­siens au monde du tra­vail ! Pour­quoi sont-ils aus­si bla­sés ? Et quelle est la mo­ti­va­tion pre­mière qui les pousse à par­tir à un âge où l’ex­pé­rience ac­quise compte, consi­dé­ra­ble­ment, dans leur car­rière et dans l’ave­nir de leur pays. Per­sonne ne peut don­ner de ré­ponses à toutes ces in­ter­ro­ga­tions, même pas les concer­nés eux-mêmes. En tout cas une chose est sûre : à part quelques ir­ré­duc­tibles cou­ra­geux, la ma­jo­ri­té de nos com­pa­triotes sont ra­re­ment en­chan­tés à l’idée d’al­ler s’en­fer­mer, toute une jour­née, dans une en­tre­prise,der­rière un bu­reau. Et pour­tant, à un mo­ment don­né de leur vie, lors­qu’on de­mande à ces mêmes per­sonnes si elles ai­me­raient quit­ter leur bou­lot et ne plus ja­mais tra­vailler pour le res­tant de leur vie, il y a de fortes chances que le «non » l’em­porte lar­ge­ment sur le «oui ».Schi­zo­phré­nie ma­ni­feste ! Par ailleurs, si on leur de­mande leur avis sur le tra­vail qu’ils exercent, la plu­part des Tu­ni­siens se plaignent : bos­ser c’est fa­ti­gant, c’est pé­nible et pas tou­jours épa­nouis­sant. Mais, pa­ra­doxa­le­ment, le bou­lot reste néan­moins la se­conde va­leur que les Tu­ni­siens mettent en avant dans leur vie, juste après la fa­mille. A la fin d’un cycle d’études bien rem­pli, tous se tuent pour dé­cro­cher un tra­vail dans un pays où il n’est pas fa­cile d’en trou­ver un. A les en­tendre, le tra­vail dé­ter­mine 90% de l’iden­ti­té de nos com­pa­triotes, la preuve : quand on ren­contre quel­qu’un, la pre­mière ques­tion qu’on lui pose, c’est «tu fais quoi dans la vie ?» ! Mais au­jourd’hui, et avec les deux pro­grammes de re­traite an­ti­ci­pée, (l’un pour les plus de 57 ans et l’autre pour les per­sonnes n’ayant pas at­teint cet âge) la re­traite se ba­na­lise. Les em­ployés quittent le monde ac­tif pour ne rien faire car rares sont les per­sonnes qui pré­parent cette phase cru­ciale. Avec la re­traite, les Tu­ni­siens de­viennent gé­né­ra­le­ment com­plè­te­ment trans­pa­rents et mar­gi­na­li­sés ! Flem­mards de na­ture, ils re­fusent d’ajou­ter leur pierre à l’édi­fice, aus­si bien avant qu’après la vie ac­tive. Et pour­tant, res­ter ac­tif per­met de ga­gner en qua­li­té de vie et en co­hé­rence avec soi-même.

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