AUX ORI­GINES DE L’AFRIQUE

La Presse Business (Tunisia) - - SOM­MAIRE -

LA lo­ca­li­té de Tou­ka­ber est in­dis­so­ciable de celle de Chaouach. Et vis-ver­sa. Ce sont deux ag­glo­mé­ra­tions si­tuées à 5 km l’une de l’autre, agrip­pées à je­bel Lan­sa­rine qui étend sa barre du del­ta de la Me­jer­da, du cô­té de Té­bour­ba, jus­qu’au sur­plomb de Mé­jez elBab. Deux lo­ca­li­tés bien plus connues par les pa­tro­nymes aux­quels elles ont don­né nais­sance (les Tou­ka­bri et les Chaoua­chis) que par leur propre rayon­ne­ment. Et pour­tant, elles ne manquent pas d’ar­gu­ments pour rayon­ner bien au-de­là de leur pé­ri­mètre com­mun.Pour s’y rendre, il faut en­trer dans la lo­ca­li­té de Mé­jez et, juste après le pont sur la Mé­jer­da, tour­ner à droite, di­rec­tion Té­bour­ba. Peu après, à hau­teur de la gare fer­ro­viaire, une pan­carte nous in­vite à em­prun­ter, sur la gauche, la bre­telle qui, après une ruée dans la plaine, en­tre­prend d’es­ca­la­der le flanc du re­lief avant d’at­teindre, dix km plus loin, Tou­ka­ber.L’as­cen­sion est un pur exer­cice de plai­sir. La route rampe vers le som­met à la ma­nière d’un rep­tile, contour­nant les ren­fle­ments du ter­rain, tou­jours ten­due ver le haut. La pente est re­cou­verte tan­tôt d’es­sences fo­res­tières, des ar­bustes de toutes sortes, tan­tôt de cultures, le plus sou­vent ar­bo­ri­coles. C’est un ra­vis­se­ment pour les yeux, mais le ra­vis­se­ment est bien plus in­tense lorsque, au détour du ru­ban gris, la vue s’échappe en contre­bas, sur la su­perbe val­lée de la Mé­jer­da.Au gré des si­nuo­si­tés de la route, Tou­ka­ber s’amuse à jouer à cache-cache, ap­pa­rais­sant puis dis­pa­rais­sant avant de res­sur­gir pour s’éclip­ser à nou­veau pour se li­vrer en­fin, blanche ag­glo­mé­ra­tion qui s’étire pa­res­seu­se­ment au flanc du re­lief. Le contact avec l’an­tique Thoc­ca­bo­ri s’ef­fec­tue dès l’en­trée du vil­lage. Là, à droite, der­rière le mu­ret éri­gé pour mieux s’ap­pro­prier le do­maine pu­blic, une sé­rie de six ci­ternes d’époque ro­maine sert au­jourd’hui d’étables et de pou­laillers ! Mais d’autres ves­tiges at­testent d’une im­plan­ta­tion hu­maine plus an­cienne en­core. Ce sont les «haoua­net» amé­na­gés à la sor­tie de la lo­ca­li­té, au sur­plomb de la val­lée de la Mé­jer­da. Ce sont des ca­veaux fu­né­raires d’époque li­byque, dont cer­tains ont été van­da­li­sés après la glo­rieuse ré­vo­lu­tion. Les autres ves­tiges re­montent es­sen­tiel­le­ment à l’époque ro­maine, dont les cap­tages de plu­sieurs sources dont celles qui ali­mentent la fon­taine du vil­lage, ain­si que deux arches et des ci­ternes sou­ter­raines en­fouies dans les ver­gers amé­na­gés à flanc du re­lief. La mos­quée, pour sa part, ain­si que les mai­sons du noyau an­cien de Tou­ka­ber té­moignent quant à elles, d’une im­plan­ta­tion an­da­louse at­tes­tée en par­ti­cu­lier par l’usage des tuiles ca­rac­té­ris­tiques de l’ar­chi­tec­ture an­da­louse. Hé­las, tout ce pa­tri­moine va à veau l’eau, mal­me­né par les égoïsmes et l’in­cu­rie des au­to­ri­tés.La même bre­telle qui nous a conduits jus­qu’ici et qui tra­verse le vil­lage jus­qu’à sa sor­tie

nous mène, 5 km plus loin, à Chaouach, frère ju­meau de Tou­ka­ber, qui par­tage avec lui les mêmes ca­rac­té­ris­tiques mais sur une échelle net­te­ment plus grande. Les ca­veaux sont ici plus nom­breux et plus spec­ta­cu­laires, in­crus­tés dans un ri­deau ro­cheux on­doyant comme un im­mense ori­flamme. Le site ro­main, Suas, de son ap­pel­la­tion la­tine (d’où «Chaouach» qui, contrai­re­ment à ce qu’on peut pen­ser de prime abord, n’a au­cun rap­port avec l’ar­ti­sa­nat de la ché­chia, pas plus que le pa­tro­nyme «Chaoua­chi»)est donc plus éten­du que Thoc­ca­bo­ri avec des cap­tages et des mo­nu­ments beau­coup plus im­po­sants, le tout si­tué au creux d’un val et est sur­plom­bé par le vil­lage ac­tuel, éri­gé sur un épe­ron ro­cheux. Là aus­si, de nom­breux ves­tiges d’époque ro­maine et by­zan­tine. Ain­si que le ca­chet an­da­lou de l’ar­chi­tec­ture lo­cale. Le tout, mal­heu­reu­se­ment, est sys­té­ma­ti­que­ment dé­fi­gu­ré. Voi­là donc les rai­sons qui de­vraient faire de Tou­ka­ber et de Chaouach des lo­ca­li­tés plus connues et plus fré­quen­tées. Mais il en est une autre, tout aus­si im­por­tante si ce n’est da­van­tage : ces deux lo­ca­li­tés font par­tie, avec Mé­jez el-Bab et peut-être aus­si Ma­teur, plus au nord, d’un pé­ri­mètre qui était, bien avant les époques ro­maines et pu­niques, ha­bi­té par une population ama­zi­ghe ap­pe­lé les Afri. Sous l’em­pire ro­main, leur territoire a été dé­si­gné par l’ap­pel­la­tion : Afri­ca. D’ici nous avons rayon­né sur tout le conti­nent !

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