MO­HA­MED OBEY, DI­REC­TEUR TECH­NIQUE DE LA SO­CIÉ­TÉ DES CONSERVES MO­DERNES DU CAP BON, COMOCAP "LA SE­MENCE EST LE POINT DE DÉ­PART DE LA CUL­TURE"

Pour les in­dus­triels de la to­mate, ce sont avant tout les agri­cul­teurs qui doivent chan­ger de mé­thodes de tra­vail afin de pré­pa­rer le ter­rain pour le ren­de­ment.

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Par Me­riem KHDIMALLAH

Pour par­ve­nir à une amé­lio­ra­tion quan­ti­ta­tive et qua­li­ta­tive du pro­duit, il faut un sens du tra­vail en com­mun pour ti­rer vers l’avant toute la fi­lière. Se­lon Mo­ha­med Obey, di­rec­teur tech­nique de la So­cié­té des conserves mo­dernes du Cap Bon (Comocap), la re­mon­tée to­tale de la fi­lière de to­mate est pos­sible mais à cer­taines condi­tions. La fi­lière doit consti­tuer un en­semble dans le­quel dès qu’un des ac­teurs fait de bonnes af­faires, les autres le res­sentent. C’est pour­quoi cha­cun d’entre eux doit res­pec­ter ses en­ga­ge­ments vis-à-vis des autres.

LA RÉ­OR­GA­NI­SA­TION DU SEC­TEUR, UN VÉ­RI­TABLE CAS­SE­TÊTE

Obey in­dique qu’il est urgent de prendre les me­sures né­ces­saires pour la pro­mo­tion du sec­teur des to­mates dans toutes les ré­gions pro­duc­tives (Cap Bon, Jen­dou­ba, Kai­rouan, Si­di Bou­zid…). L’in­dus­triel, comme tous les autres ac­teurs, risque de su­bir des pertes qui ré­sultent de dys­fonc­tion­ne­ments graves du cir­cuit de ré­cep­tion et de la mau­vaise co­or­di­na­tion entre struc­tures et par­te­naires concer­nés. En ef­fet, ce pro­blème ne date pas d’au­jourd’hui. Avant même la Ré­vo­lu­tion, les in­dus­triels ont plai­dé pour la ré­or­ga­ni­sa­tion du sec­teur de la trans­for­ma­tion des to­mates afin de pré­ser­ver la qua­li­té de leur pro­duit et lut­ter contre «l’es­cro­que­rie» et la concur­rence dé­loyale. «On a le­vé le ton à maintes re­prises pour pous­ser les choses jus­qu’à leur terme. Mais les mi­nis­tères concer­nés (Agri­cul­ture, In­dus­trie et Com­merce) n’ont pas bou­gé le pe­tit doigt pour en­ta­mer la ré­or­ga­ni­sa­tion du sec­teur», re­grette-t-il. Obey ajoute que du­rant les der­nières an­nées, les in­dus­triels ont ap­pe­lé à ap­pli­quer le sys­tème de paye­ment en fonc­tion de la qua­li­té des pro­duits mais, à nos jours, cette pro­cé­dure n’a pas en­core été en­ta­mée. Contrai­re­ment à plu­sieurs autres pays tels de la les Etats-Unis

L’in­dus­triel, comme tous les autres ac­teurs, risque de su­bir des pertes qui ré­sultent de dys­fonc­tion­ne­ments graves du cir­cuit de ré­cep­tion et de la mau­vaise co­or­di­na­tion entre struc­tures et par­te­naires concer­nés.

(en Ca­li­for­nie), le Portugal, l’Es­pagne, l’Ita­lie, etc., en Tu­ni­sie les to­mates se dé­clinent sous de nom­breuses va­rié­tés qui ne sont pas tou­jours adap­tées aux risques phy­to­sa­ni­taires et aux qua­li­tés re­cher­chées par le mar­ché. A l’ori­gine de ce pro­blème, le «mau­vais» choix de la se­mence qui dé­ter­mine la qua­li­té de la pro­duc­tion. A cet égard, et au-de­là de la né­ces­si­té de bien connaître la qua­li­té du sol, la zone cli­ma­tique et no­tam­ment la plu­vio­mé­trie et l’en­so­leille­ment, il reste pri­mor­dial d’uti­li­ser des va­rié­tés des to­mates des­ti­nées à la trans­for­ma­tion et des se­mences de bonne qua­li­té. Il faut que l’Etat amé­liore le contrôle des se­mences à l’im­por­ta­tion et pro­cé­der aux ana­lyses né­ces­saires. «Une bonne ger­mi­na­tion n’est pas suf­fi­sante pour ob­te­nir une pro­duc­tion de qua­li­té. Il faut que la se­mence ré­ponde à tous les autres cri­tères d’état sa­ni­taire et de confor­mi­té. Le choix de la va­rié­té et de la qua­li­té de la se­mence dé­ter­mine la qua­li­té de la pro­duc­tion», af­firme-t-il. D’après l’in­dus­triel, le cul­ti­va­teur doit ga­gner en qua­li­té. Pour ce­la, des études doivent être ef­fec­tuées au préa­lable (na­ture du sol pour les en­grais, moyens pour réa­li­ser des éco­no­mies d’eau, adap­ta­tion du sys­tème d’as­so­le­ment…) afin de pré­pa­rer le ter­rain au meilleur ren­de­ment. C’est pour­quoi il est temps de créer un or­ga­nisme char­gé des ana­lyses et des tests de ger­mi­na­tion. Une telle me­sure ou­vri­rait les portes aux in­dus­triels pour dé­ve­lop­per le sec­teur de la trans­for­ma­tion des to­mates, fixer les prix en fonc­tion de la qua­li­té du pro­duit, ac­croître la com­pé­ti­ti­vi­té sur le mar­ché lo­cal et in­ter­na­tio­nal, im­pul­ser l’ex­por­ta­tion… Obey as­sure, éga­le­ment, qu’il est urgent d’éla­bo­rer une stra­té­gie en fa­veur de la fi­lière des to­mates pour at­teindre tous ces ob­jec­tifs, mais aus­si d’or­ga­ni­ser le

sec­teur et ras­sem­bler sous le même toit les pro­prié­taires des uni­tés de trans­for­ma­tion pour qu’ils res­pectent, sans ex­cep­tion, les normes en vi­gueur dans ce do­maine. A cet égard, les au­to­ri­tés com­pé­tentes de­vraient oeu­vrer à in­ten­si­fier le contrôle de la qua­li­té afin de l’amé­lio­rer. «Le prix ac­tuel de 139 mil­limes le ki­lo­gramme n’est pas équi­table en­vers tous les agri­cul­teurs, car cer­tains pré­sentent aux usines des to­mates de bonne qua­li­té, d’autres non. Donc, une nou­velle grille fixant les prix des to­mates des­ti­nées à la trans­for­ma­tion en te­nant compte de la qua­li­té du fruit va en­cou­ra­ger les agri­cul­teurs à ac­cor­der da­van­tage d’in­té­rêt à leurs cultures et à la qua­li­té de leur pro­duc­tion», sou­ligne-t-il.

UN CON­SEIL NA­TIO­NAL DE LA TO­MATE D’IN­DUS­TRIE, POUR QUOI FAIRE ?

Afin de ras­sem­bler les en­tre­prises et les or­ga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles du sec­teur de la to­mate trans­for­mée, Mo­ha­med Obey pro­pose la créa­tion d’un Con­seil na­tio­nal de la to­mate d’in­dus­trie. Cet or­ga­nisme de­vrait être ins­pi­ré du Con­seil mon­dial de la to­mate d’in­dus­trie (Cm­ti) et de­vrait ras­sem­bler des membres de l’Uti­ca (qui re­pré­sente l’in­dus­triel) et de l’Utap (qui re­pré­sente l’agri­cul­teur). «Le manque de com­mu­ni­ca­tion entre les deux par­ties est l’un des maillons faibles de ce sec­teur. A cet égard, et face à l’ab­sence to­tale de l’Etat, le pri­vé doit mo­bi­li­ser tous ses moyens pour sou­te­nir et dé­ve­lop­per ce sec­teur. Une telle ini­tia­tive fa­vo­ri­se­ra les échanges et contacts entre pro­duc­teurs et agri­cul­teurs, mais elle per­met­tra aus­si d’étu­dier le mar­ché na­tio­nal et mon­dial en vue de dé­ve­lop­per tout le sec­teur», af­firme-t-il, ajou­tant que la conci­lia­tion entre toutes les par­ties concer­nées est une condi­tion sine qua non pour ren­for­cer leur com­pé­ti­ti­vi­té.

Contrai­re­ment à plu­sieurs autres pays tels de la les EtatsU­nis (en Ca­li­for­nie), le Portugal, l’Es­pagne, l’Ita­lie, etc., en Tu­ni­sie les to­mates se dé­clinent sous de nom­breuses va­rié­tés qui ne sont pas tou­jours adap­tées aux risques phy­to­sa­ni­taires et aux qua­li­tés re­cher­chées par le mar­ché.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.