COM­MER­CIA­LI­SA­TION DES PRO­DUITS AGRI­COLES ET IN­TER­MÉ­DIAIRES LA MA­NI­PU­LA­TION DES PRIX

La ques­tion des prix pra­ti­qués sur cer­tains ar­ticles à forte consom­ma­tion est tel­le­ment com­plexe qu’on peine à lui trou­ver une so­lu­tion. Ce­ci est d’au­tant plus vrai qu’il s’agit de pro­duits agri­coles de pre­mière né­ces­si­té.

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Par Amor CHRAIET

ON sait que, glo­ba­le­ment, les cir­cuits pour écou­ler les pro­duits agri­coles sont, of­fi­ciel­le­ment, les mar­chés de gros. Or, tout le monde ac­cuse ces cir­cuits de mau­vais fonc­tion­ne­ment et d’être à la source de tous les maux con­cer­nant par­ti­cu­liè­re­ment les dé­ra­pages in­édits des prix en­re­gis­trés au­jourd’hui. Les ni­veaux at­teints, ces der­niers temps, n’ont pas man­qué de sus­ci­ter la co­lère des consom­ma­teurs et leur éton­ne­ment face à l’in­ca­pa­ci­té des au­to­ri­tés à bri­der ce fléau.

CONFLIT D’IN­TÉ­RÊTS

Des ten­ta­tives de ré­or­ga­ni­sa­tion des sec­teurs de dis­tri­bu­tion sont en cours. Il fau­dra, par consé­quent, at­tendre pour consta­ter les ré­sul­tats et voir leur im­pact sur le vé­cu des ci­toyens. Il faut no­ter, tou­te­fois, que le pro­gramme de mo­der­ni­sa­tion des cir­cuits de dis­tri­bu­tion tou­che­ra des cen­taines de sites opé­rant dans le sec­teur, à sa­voir les 100 mar­chés de gros, les mar­chés de gros du pois­son, les 24 autres de dé­tail (dont 16 rien que pour les pois­sons), les 148 mar­chés aux bes­tiaux ain­si que les 220 abat­toirs pour viandes rouges. On me­sure donc l’im­por­tance de ce vo­let et son rôle dans le do­maine des prix et ses ré­per­cus­sions im­mé­diates sur le pou­voir d’achat des Tu­ni­siens. Et c’est jus­te­ment à cette aune qu’on éva­lue l’in­fluence de ce sec­teur sur l’évo­lu­tion des prix. N’ou­blions pas que ce ne sont pas moins de 40.000 agents, en­vi­ron, qui sont im­pli­qués dans ce sec­teur. Ce­ci sans par­ler des cen­taines d’in­ter­mé­diaires qui «pi­lotent» les prin­ci­pales opé­ra­tions de vente ou d’achat. Le mar­ché de gros de Bir El Kas­sâa mo­bi­lise, à lui seul, au moins 200 in­ter­mé­diaires dis­po­sant de leurs propres étals à l’in­té­rieur des halles. Il y au­rait aus­si entre 1.300 et 1.500 agents qui gra­vitent au­tour d’eux. Ces der­niers sont grou­pés en co­opé­ra­tives. Et ce sont ces in­ter­mé­diaires qu’on ac­cuse

de faire la pluie et le beau temps. Or, ils s’en dé­fendent. Alors qui ma­ni­pule les prix ? «Gua­cha­ras» ou «hab­ba­ta­tas», cha­cun jette la balle dans le camp de l’autre. Le «gua­char» — ou re­ven­deur — se trouve pal­cé aux pre­mières loges puis­qu’il a, di­rec­te­ment, af­faire avec le pro­duc­teur. C’est lui qui au­rait la main haute sur le cours des prix : il ac­quiert la mar­chan­dise en fixant des prix plan­chers et la re­vend au plus fort. Du coup, il au­rait une po­si­tion qua­si­ment mo­no­po­lis­tique.

RÉA­LI­TÉ DES PRIX

Le mar­ché de gros de Bir El Kas­sâa mo­bi­lise, à lui seul, au moins 200 in­ter­mé­diaires dis­po­sant de leurs propres étals à l’in­té­rieur des halles.

L’agri­cul­teur, de son cô­té, se ré­signe à trai­ter avec cet in­ter­mé­diaire pour évi­ter les nom­breux tra­cas qu’il ren­contre lors­qu’il ar­rive au mar­ché de gros. Ce­la lui per­met d’éco­no­mi­ser le trans­port et les taxes d’en­trée. C’est pour­quoi les cir­cuits pa­ral­lèles se sont dé­ve­lop­pés aux abords du mar­ché de gros et sur les lieux mêmes de pro­duc­tion. Pro­fi­tant d’un cer­tain re­lâ­che­ment de la vi­gi­lance de­puis 2011, des ré­seaux en­tiers s’adonnent à ces ac­ti­vi­tés.On a no­té, ré­cem­ment, une cam­pagne contre ces in­ter­mé­diaires

anar­chiques dans le but d’in­ci­ter les agri­cul­teurs à s’adres­ser au mar­ché de gros et ne pas né­go­cier avec ces in­trus. La spi­rale des prix est ir­ré­pres­sible. Car au rythme où se font les transactions, il est peu pro­bable qu’on par­vienne à les ré­gu­ler. En ef­fet, entre le mo­ment où les pro­duits agri­coles quittent la ferme et ce­lui où ils par­viennent dans le pa­nier de la mé­na­gère, le prix de dé­part se­ra mul­ti­plié, au moins, par trois. Ce­la, bien sûr, se­lon l’ar­ticle choi­si. Au­jourd’hui, la spé­cu­la­tion est fo­ca­li­sée au­tour des to­mates (qui n’ont ja­mais été ven­dues aus­si cher en Tu­ni­sie), des pommes de terre, de l’oi­gnon et du ci­tron. A ce pro­pos, la mer­cu­riale du mar­ché de gros semble com­plè­te­ment dé­con­nec­tée de la réa­li­té puis­qu’elle conti­nue d’af­fi­cher des prix qui n’ont au­cun rap­port avec ce qui existe dans les mar­chés de dé­tail. A preuve, la mer­cu­riale du 17 oc­tobre qui donne les prix maxi­mum sui­vants (en mil­limes) pour cer­tains pro­duits agri­coles : pommes de terre 1000, to­mates 1800, pi­ments 1500, oi­gnon 1400, ci­tron 2000. C’est au consom­ma­teur de com­pa­rer.

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