THIBAR-DJEBBA LE TER­ROIR, PAR SES DEUX BOUTS

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO -

C’EST un coin du ter­roir re­ti­ré dans les plis de la mon­tagne, à l’écart des grands axes rou­tiers qui sillonnent le Nord-ouest. A l’écart, et dif­fé­rents aus­si. Dif­fé­rents du pay­sage en­vi­ron­nant et si dif­fé­rents entre eux. Pour­tant, on les dits ju­meaux ! Nous par­lons des lo­ca­li­tés de Thibar et de Djebba.La lo­ca­li­té de Thibar tire son ap­pel­la­tion (d’ori­gine ama­zi­ghe, ce­la va de soi), du cours d’eau qui s’écoule à ses pieds. Ce­lui-ci avait dé­jà don­né son nom à une lo­ca­li­té du temps de l’em­pire ro­main : Thi­ba­ri, qui s’est éteinte du­rant treize siècles avant de re­naître lé­gè­re­ment en amont de son im­plan­ta­tion ini­tiale, sous une forme sur­pre­nante, in­at­ten­due, celle d’un vil­lage de pro­vince fran­çaise im­plan­té en plein coeur de Dor­sale tu­ni­sienne. Du site an­tique, il de­meure quelques ves­tiges sur les bords d’un pe­tit lac ar­ti­fi­ciel, par ces temps, bien à sec. Thibar est donc un ha­meau on ne peut plus contem­po­rain. Il a été fon­dé à l’aube du siècle der­nier à l’ini­tia­tive de l’ordre ca­tho­lique des Pères Blancs au­tour d’un sé­mi­naire, d’une su­perbe ex­ploi­ta­tion agri­cole et d’un éta­blis­se­ment d’en­sei­gne­ment agri­cole et mé­ca­nique. Pe­tit à pe­tit, des «ci­vils», no­tam­ment des Al­gé­riens conver­tis, sont ve­nus s’ins­tal­ler dans ce qui fi­ni­ra par de­ve­nir une ag­glo­mé­ra­tion au sens plein du terme de style ar­chi­tec­tu­ral ver­na­cu­laire eu­ro­péen.Comment vi­si­ter un vil­lage ? Comment ac­cé­der à des es­paces somme toute pri­vés ? En l’ab­sence d’une vé­ri­table po­li­tique tou­ris­tique, il y faut de l’en­tre­gent. L’ex­plo­ra­tion de ce monde à part doit com­men­cer, tout en haut de la lo­ca­li­té, par la vi­site du très fa­meux col­lège agri­cole que les ec­clé­siastes ca­tho­liques ont fon­dé et conçu sous forme de ma­noir. C’est une réa­li­sa­tion unique en son genre, ré­plique de deux autres ins­ti­tu­tions si­mi­laires im­plan­tée l’une en Bel­gique et l’autre au Qué­bec à peu près à la même époque pour dis­pen­ser un en­sei­gne­ment agri­cole scien­ti­fique. Après sa ces­sion à l’Etat tu­ni­sien au dé­but des an­nées 70, il a été trans­for­mé en un ly­cée agri­cole mal en­tre­te­nu et dont l’état laisse au­jourd’hui à dé­si­rer. La deuxième halte se si­tue à cinq mi­nutes de marche de là. Il s’agit du siège de la di­rec­tion du do­maine agri­cole qui gère un pa­tri­moine de plus de 4.000 ha plan­tés de vigne et de di­verses es­pèces frui­tières. Le do­maine pro­duit éga­le­ment les fa­meux crus d’ap­pel­la­tion contrô­lée Thibar et la non moins fa­meuse li­queur ap­pe­lée Thi­ba­rine. Hors ces deux «pôles» du vil­lage, il y a lieu de se pro­me­ner dans les ruelles dans les­quelles s’em­busquent mille et une sur­prises, telle cette école de jeunes filles où on s’adonne à l’ap­pren­tis­sage de di­vers mé­tiers d’ar­ti­sa­nat. Le vil­lage «ju­meau» de Thibar se si­tue de l’autre cô­té de la val­lée de l’oued Thibar, exac­te­ment à 7 km de là. L’ac­cès à cette lo­ca­li­té s’ef­fec­tue par une route

se­con­daire qui ser­pente à flanc de Je­bel Gor­raâ (plus de 900 m d’al­ti­tude) par­mi une dense vé­gé­ta­tion dans la­quelle pré­do­mine fi­guiers et oli­viers, don­nant les uns et les autres des fruits par­mi les plus es­ti­més, les Ya­zi­di pour les pre­miers en quatre ré­coltes par an (!) et des va­rié­tés lo­cales pour les se­conds et qui donnent une huile bio­lo­gique ex­cep­tion­nelle très re­cher­chée par les im­por­ta­teurs étran­gers. Le vil­lage lui-même, in­crus­té en pente dans un écrin de ver­dure, ne pré­sente que peu d’in­té­rêt du point de vue style ar­chi­tec­tu­ral. C’est une bour­gade ru­rale comme les cam­pagnes tu­ni­siennes en re­gorgent. Elle voi­sine avec des ves­tiges an­tiques qui té­moignent d’une im­plan­ta­tion hu­maine pré­coce en cet en­droit. Cette pré­sence se jus­ti­fie en par­ti­cu­lier par les très nom­breuses et très abon­dantes sources d’eau qui ir­riguent les par­celles se­lon un sys­tème très proche de ce­lui qui pré­vaut dans le Jé­rid. Outre le cadre na­tu­rel qui rend une in­cur­sion en ces lieux ex­trê­me­ment agréable, Djebba se dis­tingue par la grande grotte na­tu­relle qui la do­mine au pied du pic du Gor­raâ. Là, les re­li­gieux ca­tho­liques or­ga­ni­saient des cé­ré­mo­nies re­li­gieuses dé­diées à la Vierge, d’où l’ap­pel­la­tion de cette vé­ri­table ca­thé­drale à ciel ou­vert de «Sainte Ma­rie du Gor­raâ». Au­jourd’hui, il s’y or­ga­nise les di­verses ma­ni­fes­ta­tions du fes­ti­val d’été de Djebba. La to­ta­li­té du pé­ri­mètre a été éri­gée en parc na­tu­rel et de loi­sirs.!

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