TAOU­FIK RA­J­HI MI­NISTRE DÉ­LÉ­GUÉ AU­PRÈS DU CHEF DU GOU­VER­NE­MENT CHAR­GÉ DES GRANDES RÉ­FORMES

De­puis une di­zaine d’an­nées, le mo­dèle éco­no­mique tu­ni­sien a mon­tré des signes d’es­souf­fle­ment qui se sont ac­cen­tués de­puis 2011. En ef­fet, les in­di­ca­teurs éco­no­miques ont vi­ré au rouge, au point que les agences de no­ta­tion ont pla­cé la Tu­ni­sie dans la ca

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Na­joua Hizaoui

LA CONSO­LI­DA­TION BUD­GÉ­TAIRE, UN PAS VERS L’AMÉ­LIO­RA­TION DES FI­NANCES PU­BLIQUES

LA crise pro­fonde que tra­verse le pays ac­tuel­le­ment a en­gen­dré une si­tua­tion in­quié­tante pour les fi­nances pu­bliques, une baisse du taux de crois­sance, des in­ves­tis­se­ments et des ex­por­ta­tions, un en­det­te­ment pu­blic avoi­si­nant 70% du PIB, un dé­fi­cit cou­rant re­cord, une in­fla­tion ga­lo­pante, une dé­pré­cia­tion du di­nar, des ré­serves en de­vises au seuil de la côte d’alerte, une si­tua­tion alar­mante des caisses so­ciales, des en­tre­prises pu­bliques dé­fi­ci­taires, un ra­tio masse sa­la­riale/PIB par­mi le plus éle­vé au monde... Quelles se­ront alors les voies de sor­tie et les moyens d’at­té­nua­tion de cette crise pro­fonde que connaissent les fi­nances pu­bliques? Quel rôle joue­ra la loi de fi­nances 2018 dans la sor­tie de cette crise? A ces in­ter­ro­ga­tions ré­pond Taou­fik Ra­j­hi, mi­nistre dé­lé­gué au­près du chef du gou­ver­ne­ment char­gé des grandes ré­formes, qui pré­cise que les me­sures fis­cales dans la loi de fi­nances 2018 n’ont pas été in­tro­duites pour com­bler des trous. «Je crois que les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs ont veillé de­puis quelques an­nées à la mise en oeuvre de po­li­tiques pour faire face aux contraintes éco­no­miques et trou­ver les so­lu­tions idoines dans un en­vi­ron­ne­ment hos­tile». Néan­moins, la pé­riode de tran­si­tion

po­li­tique «n’a pas été fa­vo­rable pour la mise en oeuvre de ré­formes struc­tu­relles ma­jeures et de pro­grammes ma­croé­co­no­miques en vue du ré­ta­blis­se­ment des équi­libres bud­gé­taires». Ac­tuel­le­ment, le grand pro­blème de la Tu­ni­sie se si­tue au ni­veau des fi­nances pu­bliques, «une crise gé­né­rée de­puis 2011 lors­qu’on n’a pas pu dé­ga­ger l’es­pace fis­cal pour trou­ver les so­lu­tions éco­no­miques adé­quates aux pro­blèmes du chô­mage, du dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal, de la qua­li­té de l’édu­ca­tion, de l’in­fra­struc­ture et de la san­té. Si on avait l’es­pace fis­cal né­ces­saire et on n’avait pas un pro­blème de fi­nances pu­bliques, on au­rait pu ré­duire les contraintes so­cioé­co­no­miques». D’après Ra­j­hi, les pistes de sor­tie du pays de la crise doivent être cher­chées dans la conso­li­da­tion bud­gé­taire, la ré­duc­tion des dé­fi­cits bud­gé­taires, ain­si que le chan­ge­ment de la struc­ture du budget lui-même, en l’orien­tant vers plus de dé­penses dans les sec­teurs vi­taux.

ME­SURES ÉQUITABLES

«Fon­da­men­ta­le­ment, la ques­tion prin­ci­pale de­meure celle du ré­ta­blis­se­ment des équi­libres bud­gé­taires

pour dé­ga­ger l’es­pace fis­cal. Jus­qu’à au­jourd’hui, on n’ar­rive pas à concré­ti­ser ce re­dres­se­ment, et c’est le chan­ge­ment de la struc­ture des fi­nances pu­bliques qui per­met de faire face aux pro­blèmes éco­no­miques. Je crois que la loi de fi­nances 2018 s’ins­crit dans ce cadre-là, mal­gré les chocs ma­croé­co­no­miques exo­gènes qu’on a eus en 2017 (aug­men­ta­tion du prix du ba­ril de pé­trole, glis­se­ment du di­nar et autres). Mais, on a oeu­vré à main­te­nir le taux du dé­fi­cit au­tour de 6% en pré­sence d’un dé­ra­page de la masse sa­la­riale, la bête noire de tous les gou­ver­ne­ments de­puis 2015». Le mi­nistre pré­cise que ces chocs ma­croé­co­no­miques ont contri­bué aus­si à l’aug­men­ta­tion du coût de la com­pen­sa­tion et des ser­vices de la dette. D’où la né­ces­si­té d’une stra­té­gie de conso­li­da­tion bud­gé­taire ba­sée sur des ré­formes et des me­sures bien dé­ter­mi­nées. D’ailleurs, le gou­ver­ne­ment a adop­té cette ap­proche dans le pro­jet de la loi de fi­nances pour l’exer­cice 2018. «Cette ap­proche est un pas vers l’amé­lio­ra­tion de la qua­li­té de fi­nances pu­bliques et la conso­li­da­tion des me­sures équitables in­tro­duites dans la LF 2018 qui touchent es­sen­tiel­le­ment les taxes di­rectes et in­di­rectes». Par ailleurs, des ré­formes ont été in­tro­duites dans le pro­jet de la loi de fi­nances 2018, qu’on ne voit pas dans la po­li­tique bud­gé­taire du gou­ver­ne­ment, dont la ré­forme des caisses so­ciales qui, «de­puis l’éter­ni­té n’ont pas connu de pro­blèmes bud­gé­taires. Elles n’ont ja­mais été bud­gé­ti­vores jus­qu’en 2016, quand on a mo­bi­li­sé 300 mil­lions de di­nars du budget de l’Etat pour cou­vrir le dé­fi­cit des caisses so­ciales. Cette an­née (2017), on a trans­fé­ré 500 mil­lions de di­nars. Le trans­fert struc­tu­rel des caisses se­ra au­tour de 194 mil­lions de di­nars. C’est un pro­blème épi­neux qui au­rait dû être ré­so­lu de­puis 2000. Dans l’ac­tuelle loi de fi­nances, on a fixé deux me­sures qui concernent l’aug­men­ta­tion du budget de la co­ti­sa­tion (280 mil­lions de di­nars). «La di­ver­si­fi­ca­tion des sources de fi­nan­ce­ment est très im­por­tante pour ga­ran­tir les équi­libres des caisses. C’est pour ce­la qu’on a mis en place une nou­velle me­sure de contri­bu­tion so­ciale per­met­tant de col­lec­ter des re­ve­nus de la part des en­tre­prises afin de ren­flouer ces caisses».

MASSE SA­LA­RIALE : LA BÊTE NOIRE

D’après Ra­j­hi, la masse sa­la­riale est la bête noire de tous les gou­ver­ne­ments parce qu’elle em­pêche la re­struc­tu­ra­tion des dé­penses pu­bliques et leur orien­ta­tion vers plus de trans­ferts so­ciaux ci­blés. Ac­tuel­le­ment, cette masse avoi­sine 15 mil­liards de di­nars et se­ra por­tée l’an­née pro­chaine, avec toutes les aug­men­ta­tions sa­la­riales pro­gram­mées, à 16,200 mil­liards de di­nars, soit 15,4% du PIB. «Un taux très éle­vé. On a dé­pas­sé le Da­ne­mark, les pays scan­di­naves ain­si que les Etats de pro­vi­dence. Mal­heu­reu­se­ment, notre gou­ver­ne­ment n’a pas réus­si à ré­soudre ce pro­blème épi­neux dont la so­lu­tion est tri­bu­taire de la mise en oeuvre d’une po­li­tique de maî­trise de la masse sa­la­riale. En ef­fet, les né­go­cia­tions pré­vues en 2018 à ce su­jet doivent être conduites sur la base d’in­di­ca­teurs tan­gibles (pro­duc­ti­vi­té, crois­sance, etc.) con­trai­re­ment à celles de 2015. Les aug­men­ta­tions doivent être ap­prou­vées sur la base d’un in­di­ca­teur pri­mor­dial qui fa­vo­rise le sur­croît de la crois­sance. C’est une tra­jec­toire qu’on a tra­cée jus­qu’en 2020 et sur la base de la­quelle on dé­cide ces aug­men­ta­tions». Par ailleurs, le gou­ver­ne­ment a pro­gram­mé dans la LF2018 la mise en place d’un mé­ca­nisme vi­sant la maî­trise de l’ef­fec­tif qui fa­vo­rise le dé­part à la re­traite, fixant le maxi­mum de rem­pla­ce­ments à 3.000 per­sonnes. Il n’y au­ra pas de re­cru­te­ments l’an­née pro­chaine sauf dans le sec­teur de l’édu­ca­tion qui souffre d’un manque d’ef­fec­tif d’en­vi­ron 11 mille en­sei­gnants. A ce­ci s’ajoute deux pro­grammes ins­crits dans le pro­jet de la LF 2018, à sa­voir le pro­gramme de dé­part à la re­traite an­ti­ci­pée et ce­lui des dé­parts vo­lon­taires pour les per­sonnes qui sont loin de l’âge de la re­traite (45-50 ans) aux­quelles on pro­pose une in­dem­ni­té for­fai­taire nette équi­va­lant à trois ans d’ac­ti­vi­té. Tels sont les dif­fé­rents mé­ca­nismes in­tro­duits dans la LF 2018 afin de maî­tri­ser la masse sa­la­riale, sans ou­blier les autres pro­grammes pré­vi­sion­nels pour ré­soudre ce pro­blème. Concer­nant le pro­blème des en­tre­prises pu­bliques en dif­fi­cul­té, «on n’est pas prêt ac­tuel­le­ment à in­tro­duire une ré­forme dans la LF 2018 pour le contre­car­rer. Je pense qu’il se­ra exa­mi­né dans la LF 2019. Il faut plu­tôt s’at­ta­quer au­jourd’hui au pro­blème de la com­pen­sa­tion, sa­chant que le gou­ver­ne­ment s’est as­si­gné comme ob­jec­tif dans sa stra­té­gie, le ci­blage. Mais en at­ten­dant, il faut s’at­ta­quer au pro­blème de cor­rup­tion tou­chant cer­taines fi­lières (huile vé­gé­tale, blé...). Il s’agit éga­le­ment d’éla­bo­rer des ajus­te­ments des prix et d’in­no­ver les mé­thodes qui per­met­tront de se rap­pro­cher le plus pos­sible du mé­ca­nisme de ci­blage.

Le gou­ver­ne­ment a pro­gram­mé dans la LF2018 la mise en place d’un mé­ca­nisme vi­sant la maî­trise de l’ef­fec­tif qui fa­vo­rise le dé­part à la re­traite, fixant le maxi­mum de rem­pla­ce­ments à 3.000 per­sonnes.

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