A QUAND L’HEURE DES MÉ­TRO­POLES ?

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Parr Me­riem KHDIMALLAH

De­puis la pro­mul­ga­tion de la Cons­ti­tu­tion de la deuxième Ré­pu­blique, les mé­tro­poles, nou­vel éche­lon de la carte ter­ri­to­riale, sont au coeur du dé­bat sur la décentralisation et les stra­té­gies de dé­ve­lop­pe­ment ter­ri­to­rial.

l’échelle in­ter­na­tio­nale, les mé­tro­poles consti­tuent le mo­teur de dé­ve­lop­pe­ment de l’éco­no­mie mon­diale et per­mettent le contrôle du pou­voir po­li­tique et éco­no­mique dans le pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion. Les plus grandes mé­tro­poles dans le monde sont New York, Londres, To­kyo et Pa­ris qui font par­tie du groupe qui contrôle plus de 80% des flux d’échanges in­ter­ré­gio­naux. Dans notre pays, l’ana­lyse pré­li­mi­naire a mis en évi­dence la nou­veau­té de l’ex­pé­rience de décentralisation et le dé­ca­lage net de Tu­nis par rap­port aux autres villes. La no­mi­na­tion de Tu­nis comme pre­mière mé­tro­pole per­met­trait d’in­tro­duire le concept, de l’ex­pé­ri­men­ter et d’en éva­luer la per­ti­nence à l’échelle éco­no­mique.

LA MÉ­TRO­POLE MÈNE LE JEU…

L’émer­gence des mé­tro­poles est utile au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique lors­qu’elles offrent aux en­tre­prises la pos­si­bi­li­té de se connec­ter aux ré­seaux mon­diaux, per­met­tant l’in­té­gra­tion ré­gio­nale de la Tu­ni­sie à son en­vi­ron­ne­ment in­ter­na­tio­nal : Union du Magh­reb arabe (UMA), Union eu­ro­péenne (UE), la grande zone arabe de libre-échange et la Com­mu­nau­té des Etats sa­hé­lo-sa­ha­riens (CEN-SAD). Cette connexion ren­force la sou­ve­rai­ne­té de l’Etat, pro­tège l’éco­no­mie des cir­cuits pa­ral­lèles et de la contre­bande et doit per­mettre le trans­fert réel de la tech­no­lo­gie et sa dif­fu­sion sur l’en­semble du ter­ri­toire. Mais l’émer­gence d’une mé­tro­pole dé­pend de trois fac­teurs. Le pre­mier, re­la­tif au cadre ins­ti­tu­tion­nel, est lié au code des col­lec­ti­vi­tés lo­cales : concept, ca­rac­té­ris­tiques, cri­tères de clas­se­ment et dé­cou­page du ter­ri­toire. Le se­cond, re­la­tif au po­si­tion­ne­ment géoé­co­no­mique, dé­pend de la taille de l’éco­no­mie et de la connexion aux autres mé­tro­poles. Le troi­sième, re­la­tif à l’ex­po­si­tion, est lié à l’im­por­tance du pou­voir d’at­trac­ti­vi­té des éco­no­mies d’ag­glo­mé­ra­tion. Ber­trand De­la­noë, an­cien maire de Pa­ris, in­dique que les ca­pa­ci­tés de trans­ferts de com­pé­tences des ré­gions et des dé­par­te­ments vers les mé­tro­poles sont, au­jourd’hui, fa­ci­li­tées et élar­gies. L’Etat pour­rait même trans­fé­rer l’amé­na­ge­ment, l’entretien et la ges­tion de grands équi­pe­ments et in­fra­struc­tures. Mais il est à sou­li­gner que la ville mé­tro­pole doit t être une ‘’ville ma­nu­fac­tu­rière’’ par ses ef­forts d’en­cou­ra­ge­ment et d’ac­com­pa­gne­ment des PME et PMI, une ‘’ville ap­pre­nante’’ par son ex­cel­lence uni­ver­si­taire et sa cons­ti­tu­tion de foyers sus­cep­tibles d’ac­cueillir et de dif­fu­ser l’in­no­va­tion, ‘’at­ti­rante’’ par ses in­fra­struc­tures éco­no­miques, ses struc­tures d’ac­cueil et la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment et doit être aus­si ‘’en­traî­nante’’, par la connexion des ac­ti­vi­tés des grandes firmes aux autres ac­ti­vi­tés de la ré­gion, par le ren­for­ce­ment des re­la­tions avec le pou­voir cen­tral, les dif­fé­rentes mu­ni­ci­pa­li­tés et les autres dis­tricts. D’après le di­rec­teur du Centre d’études fis­cales, Ne­ji Bac­couche, la pré­pa­ra­tion des mé­tro­poles né­ces­site l’amé­lio­ra­tion de la re­la­tion Etat-mé­tro­pole, qui bute sur l’in­ter­ven­tion­nisme et l’au­to­ri­ta­risme de l’Etat-dé­ve­lop­peur et le dé­pas­se­ment d’obs­tacles mul­ti­di­men­sion­nels. Les obs­tacles so­cio­cul­tu­rels se ré­duisent par l’amé­lio­ra­tion de la for­ma­tion et l’état psy­cho­lo­gique de la po­pu­la­tion. Ce qui fa­vo­ri­se­ra l’aug­men­ta­tion de la pro­duc­ti­vi­té, l’épa­nouis­se­ment de l’ini­tia­tive pri­vée et la ré­duc­tion des dé­faillances de l’ad­mi­nis­tra­tion. La ré­duc­tion des obs­tacles éco­no­miques s’opère par la ré­duc­tion de la jux­ta­po­si­tion des sec­teurs et la trans­for­ma­tion de la struc­ture des ac­ti­vi­tés ré­gio­nales à par­tir de la re­dy­na­mi­sa­tion des ex­por­ta­tions in­dus­trielles ra­len­ties par la crise. Les obs­tacles po­li­tiques sont, quant à eux, liés à la dé­mo­cra­tie, la cor­rup­tion, la trans­pa­rence et au fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions.

L’émer­gence des mé­tro­poles est utile au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique lors­qu’elles offrent aux en­tre­prises la pos­si­bi­li­té de se connec­ter aux ré­seaux mon­diaux, per­met­tant l’in­té­gra­tion ré­gio­nale de la Tu­ni­sie à son en­vi­ron­ne­ment in­ter­na­tio­nal.”

SFAX, UNE NOU­VELLE MÉ­TRO­POLE EN MOU­VE­MENT

La deuxième ag­glo­mé­ra­tion du pays ne cesse de don­ner l’image d’une mé­tro­pole qui cu­mule les re­tards. Le manque de dy­na­misme res­sen­ti par le deuxième centre éco­no­mique du pays de­puis la fin des an­nées 1970 a conti­nué de se creu­ser. L’uni­ver­si­taire Jalel Bou­zid in­dique que les changements à l’échelle mon­diale et leurs im­pacts, joints à la len­teur et au re­tard de réa­li­sa­tion des grands pro­jets ur­bains ont pri­vé la ville de Sfax d’une op­por­tu­ni­té de dé­ve­lop­pe­ment. «Des pro­blèmes en­do­gènes liés au fonc­tion­ne­ment in­terne de la ville et à son amé­na­ge­ment et des pro­blèmes exo­gènes en rap­port avec la po­li­tique de l’Etat ont fait que cette der­nière n’a pas pu s’adap­ter aux dif­fé­rentes mu­ta­tions de l’en­vi­ron­ne­ment ré­gio­nal, national et in­ter­na­tio­nal. Ces obs­tacles se pré­sentent comme un han­di­cap ma­jeur de­vant la mé­tro­po-

li­sa­tion et l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion de la

ville», pré­cise-t-il.Bou­zid ajoute que les pre­mières an­nées post-ré­vo­lu­tion ont été par­ti­cu­liè­re­ment pro­li­fiques pour Sfax. En ef­fet, de­puis 2010, la ville a en­ta­mé beau­coup d’ac­tions dans le do­maine du trans­port et de la mo­bi­li­té ur­baine. La mu­ni­ci­pa­li­té de Sfax a con­duit en 2013 les études pré­li­mi­naires pour la mise en place d’un mé­tro lé­ger afin de dé­ve­lop­per la ré­ponse du Grand-Sfax aux en­jeux de chan­ge­ment cli­ma­tique en ma­tière de trans­port. Mais ce pro­jet n’a pas en­core vu le jour mal­gré les pro­messes an­non­cées par les au­to­ri­tés. La der­nière en date était celle du mi­nis­tère du Trans­port qui avait in­di­qué en 2016 que la réa­li­sa­tion du pro­jet du mé­tro lé­ger à Sfax dé­bu­te­ra en 2019 et l’ex­ploi­ta­tion du pre­mier tron­çon est pré­vue pour 2021. Les en­jeux en termes de dé­pla­ce­ment sont donc im­por­tants et prennent beau­coup d’am­pleur si on consi­dère que dans les trente der­nières an­nées, ca­rac­té­ri­sées par un pro­ces­sus de mé­tro­po­li­sa­tion si­gni­fi­ca­tif, rien n’a

pra­ti­que­ment été fait dans le sec­teur du

trans­port pu­blic. «Le re­tard en­re­gis­tré par la ville en ma­tière d’équi­pe­ments, d’in­fra­struc­tures, de cadre de vie et de res­pect pour l’en­vi­ron­ne­ment, est

nui­sible pour son ave­nir», af­firme Bou­zid.A cet égard, en­vi­sa­ger une dé­marche pour re­lan­cer la dy­na­mique du Grand-Sfax et le pré­pa­rer à ré­pondre aux exi­gences du XXIe siècle né­ces­sitent l’adop­tion d’une nou­velle stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment pre­nant en consi­dé­ra­tion son im­bri­ca­tion aux di­verses échelles ter­ri­to­riales. Des ac­tions de cor­rec­tion ont été en­tre­prises ou pro­je­tées, qui s’ar­ti­culent au­tour de la mise en place d’équi­pe­ments et de me­sures d’ac­com­pa­gne­ment afin de fa­vo­ri­ser l’op­tion mé­tro­po­li­taine.

Les ca­pa­ci­tés de trans­ferts de com­pé­tences des ré­gions et des dé­par­te­ments vers les mé­tro­poles sont, au­jourd’hui, fa­ci­li­tées et élar­gies

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