AMEL KARBOUL, AN­CIENNE MI­NISTRE DU TOU­RISME

ET SI C’ÉTAIT À RE­FAIRE…

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par Alya HAMZA

Son pas­sage à la tête du mi­nis­tère du Tou­risme tu­ni­sien a été pour le moins aty­pique. Ses mé­thodes ont éton­né, désar­çon­né, se­coué, quel­que­fois dé­ran­gé, sou­vent sti­mu­lé. Vé­ri­table OV­NI dans un sys­tème ron­ron­nant, elle de­meure à ce jour un su­jet de mys­tère pour ceux qui l’ont cô­toyée. Après treize mois aux com­mandes de ce mi­nis­tère, Amel Karboul en­gage une car­rière in­ter­na­tio­nale dans l’uni­vers de l’édu­ca­tion. Elle in­tègre la Com­mis­sion pour l’édu­ca­tion, or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale créée en 2015, di­ri­gée par Gor­don Brown, an­cien Pre­mier mi­nistre bri­tan­nique et réunis­sant dé­ci­deurs, po­li­ti­ciens et cher­cheurs. SI VOUS REVENIEZ AUX AF­FAIRES, EN TU­NI­SIE, AU MI­NIS­TÈRE DU TOU­RISME, QU’EST-CE QUE VOUS REFERIEZ ?

Je crois qu’il y a beau­coup de choses que je re­fe­rais. Par exemple, j’avais te­nu à ne pas par­tir de zé­ro. J’ai ap­pe­lé les an­ciens à la tête de ce mi­nis­tère, ceux qui m’avaient pré­cé­dée. Du­rant trois se­maines, nous nous sommes réunis avec les agences de voyage, les ban­quiers. Nous avons re­pris les études stra­té­giques qui avaient dé­jà été pré­pa­rées. On n’al­lait pas tout ré­in­ven­ter. 80% de ces études étaient en­core va­lables, 10% à ré­adap­ter. Tout le monde était d’ac­cord. Ce que je re­fe­rais éga­le­ment, c’est de confier les consul­ta­tions et études à des gens de l’ad­mi­nis­tra­tion, des in­ternes, et non à des consul­tants étran­gers. Ce­la de­ve­nait « leur »pro­jet, et non ce­lui du mi­nistre ou ce­lui d’un consul­tant étran­ger. Cer­tains sont ve­nus me voir pour me dire : « Ce­la fait 25 ans que je tra­vaille pour ce mi­nis­tère. C’est la pre­mière fois que l’on me consi­dère comme un être hu­main, que l’on me de­mande de ré­flé­chir sur moi-même, mes va­leurs, mon éthique ». Alors on a eu beau me dire que c’était in­utile, de la perte de temps, je conti­nue de trou­ver que c’est faux, et que ce­la a été, au contraire très mo­ti­vant. Ce que je re­fe­rais en­core, ce sont les fo­cus sur les évè­ne­ments. Nous avions dé­jà ra­té beau­coup de choses, nous avions quinze ans de re­tard. L’évè­ne­men­tiel est im­por­tant sur le court terme. Ce qui, bien sûr, ne nous em­pê­chait pas de tra­vailler sur le long terme. Ce que je re­fe­rais aus­si, c’est dé­ve­lop­per le tou­risme al­ter­na­tif…

ET CE QUE VOUS NE REFERIEZ PAS ?

J’ai ap­pré­hen­dé le job comme un CEO, ou un PDG d’en­tre­prise. Ce n’était pro­ba­ble­ment pas la bonne ap­proche. Peut-être au­rais-je dû da­van­tage ou­vrir ma porte. Je me suis concen­trée sur la so­lu­tion des pro­blèmes et non les con­tacts hu- mains. J’étais da­van­tage dans l’ac­tion im­mé­diate, et pas as­sez dans l’écoute. Au­jourd’hui, je pren­drais plus de temps pour par­ler aux gens, même si les ré­sul­tats n’en sont pas ef­fec­tifs tout de suite. Autre chose que je ne re­fe­rais pas : je tra­vaillais sur l’évè­ne­men­tiel, bien sûr, mais aus­si sur la stra­té­gie. Mais je me don­nais pour consigne de ne pas en par­ler. Aus­si quand j’ai été at­ta­quée, j’ai ré­agi à l’eu­ro­péenne : « no comment ». Il au­rait fal­lu ré­pondre, être plus agres­sive, plus construc­tive. Il au­rait fal­lu, éga­le­ment, pas­ser plus de temps avec la société ci­vile…

QUE RESTE-T-IL DE VOTRE PAS­SAGE DE TREIZE MOIS À LA TÊTE DU MI­NIS­TÈRE DU TOU­RISME ?

J’ai un de­voir de ré­serve vis-à-vis du mi­nistre qui m’a suc­cé­dé. Plus tard, je pour­rais suivre les choses de plus près. Mais je sais que cer­taines ini­tia­tives se pour­suivent : le la­bel de qua­li­té, la loi sur l’agro-tou­risme,

Je pense que je peux être beau­coup plus ef­fi­cace pour mon pays là où je suis ac­tuel­le­ment, au sein de la Com­mis­sion pour l’Edu­ca­tion, en tra­vaillant à l’in­ter­na­tio­nal ".

l’im­pul­sion pour le ra­jeu­nis­se­ment de la Fé­dé­ra­tion Hô­te­lière. Di­sons que j’ai joué un pe­tit rôle dans ces ques­tions-là.

EST-CE À DIRE QUE VOUS PRE­NEZ VOS DIS­TANCES À L'ÉGARD DE LA TU­NI­SIE ?

Pas du tout. Et je pense que je peux être beau­coup plus ef­fi­cace pour mon pays là où je suis ac­tuel­le­ment, au sein de la Com­mis­sion pour l’Edu­ca­tion, en tra­vaillant à l’in­ter­na­tio­nal. J’aide ac­tuel­le­ment mon pays à créer un plan de ré­forme du sys­tème édu­ca­tif, et si nos pro­jets se concré­tisent, je re­vien­drais plus sou­vent. Le Ted Talk au­quel j’ai par­ti­ci­pé au Qa­tar au cours du World In­no­va­tion Sum­mit of Edu­ca­tion a été vu 700.000 fois. J’y parle lon­gue­ment de la Tu­ni­sie et de Bour­gui­ba Tou­jours à l’in­ter­na­tio­nal, et de fa­çon plus in­di­recte, nous es­sayons d’at­ti­rer en Tu­ni­sie la Fon­da­tion BMW qui sou­haite éta­blir un hub pour le Moyen-Orient.

REVIENDRIEZ- VOUS AUX AF­FAIRES EN TU­NI­SIE? SERIEZVOUS TENTÉE PAR UNE NOU­VELLE CAR­RIÈRE PO­LI­TIQUE ?

Pour­quoi pas ? Dans dix ans, quand mes filles au­ront gran­di. Elles m’ont beau­coup man­qué quand j’étais au mi­nis­tère.

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