MO­HA­MED BALGHOUTHI — EX­PERT EN ACHATS IN­DUS­TRIELS ET IN­TEL­LI­GENCE ÉCO­NO­MIQUE

MO­HA­MED BALGHOUTHI - EX­PERT EN ACHATS IN­DUS­TRIELS ET IN­TEL­LI­GENCE ÉCO­NO­MIQUE

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par Na­joua HIZAOUI

L’AGENCE NA­TIO­NALE D’IN­TEL­LI­GENCE ÉCO­NO­MIQUE, UNE NÉ­CES­SI­TÉ AB­SO­LUE

L’ac­tua­li­té éco­no­mique en Tu­ni­sie et à l’échelle in­ter­na­tio­nale im­pose l’ins­tau­ra­tion d’un nou­veau pa­ra­digme bu­si­ness in­tel­li­gence à l’ère di­gi­tale. Plu­sieurs ini­tia­tives ont dé­jà été amor­cées de­puis quelques an­nées, lais­sant pré­sa­ger un ave­nir meilleur pour les sec­teurs com­mer­cial et in­dus­triel. QUEL BI­LAN POU­VEZ-VOUS DRES­SER DE L’IN­TEL­LI­GENCE ÉCO­NO­MIQUE AC­TUEL­LE­MENT EN TU­NI­SIE?

Je tiens à pré­ci­ser tout d’abord que le concept de l’in­tel­li­gence éco­no­mique est en fait un exer­cice qui per­met de pro­té­ger les in­té­rêts éco­no­miques et in­dus­triels de toute struc­ture, qu’elle soit une en­tre­prise, une col­lec­ti­vi­té lo­cale, un État ou autre. L’in­tel­li­gence éco­no­mique se po­si­tionne à long terme. Elle ana­lyse l’in­ter­ac­tion de toutes les par­ties pre­nantes qui agissent pour le dé­ve­lop­pe­ment de l’éco­no­mie et la créa­tion de ri­chesses, à sa­voir : l’Etat, les or­ga­ni­sa­tions ci­viles, pa­tro­nales et syn­di­cales, les in­dus­triels, les uni­ver­si­taires... Néan­moins, en Tu­ni­sie, il n’existe pas une struc­ture na­tio­nale qui a une vi­sion d’en­semble de po­si­tion­ne­ment éco­no­mique et in­dus­triel et l’in­tel­li­gence éco­no­mique n’existe pas de ma­nière uni­fiée. Cha­cun ou cha­cune dans son sec­teur a des bouts de stra­té­gies, mais il n’y a pas de stra­ti­fi­ca­tion de l’in­for­ma­tion de ma­nière co­hé­rente. Pis en­core, le concept in­tel­li­gence éco­no­mique n’existe pas dans l’or­ga­nisme exé­cu­tif, lé­gis­la­tif et par­le­men­taire dans notre pays. Or, comme tout pays qui veut dé­ve­lop­per son com­merce ex­té­rieur, la Tu­ni­sie doit créer une agence na­tio­nale d’in­tel­li­gence éco­no­mique qui dé­pen­dra di­rec­te­ment de toutes les struc­tures de l’Etat et de la so­cié­té. Si les par­ties pre­nantes ne sont pas au ni­veau des en­jeux na­tio­naux et in­ter­na­tio­naux et sont in­ca­pables de pro­té­ger nos in­té­rêts, la mise en place de cette agence ne ser­vi­ra à rien. C’est dire que l’Agence d’in­tel­li­gence éco­no­mique per­met­tra d’un autre cô­té, de fixer le cadre ré­gle­men­taire et stra­té­gique pour main­te­nir la paix so­ciale, pro­té­ger l’in­té­gri­té ter­ri­to­riale. Elle per­met­tra éga­le­ment d’an­ti­ci­per les chan­ge­ments tech­niques et in­dus­triels dans le monde. Il ne faut pas ou­blier qu’on vit une ré­vo­lu­tion in­dus­trielle qui a dé­jà bou­le­ver­sé toutes les mé­thodes de pro­duc­tion, d’achat et de vente. La Tu­ni­sie a ré­cu­pé­ré les in­dus­tries de l’an­cien siècle à faible va­leur ajou­tée alors qu’il fal­lait s’équi­per des bons mo­dèles in­dus­triels de de­main. Si notre pays ne compte pas fran­chir le cap, ce se­rait une grave er­reur po­li­tique et éco­no­mique.

Il faut re­con­naître tou­te­fois qu’on a toutes les com­pé­tences mais mal­heu­reu­se­ment on a des vec­teurs d’opi­nions en Tu­ni­sie qui n’ont pas as­sez d’am­bi­tions pour le pays.

QUELLES SONT LES CONDI­TIONS PRÉA­LABLES POUR CRÉER DES RI­CHESSES?

La créa­tion de ri­chesses d’un pays dé­pend obli­ga­toi­re­ment de son in­dus­trie, qu’elle soit une in­dus­trie de pro­duc­tion et/ou une in­dus­trie de ser­vices. Elle dé­pend éga­le­ment d’une vo­lon­té po­li­tique par­ta­gée. Nous ob­ser­vons un consen­sus dans toutes les dé­mo­cra­ties du monde entre des cou­rants po­li­tiques op­po­sés mais qui se re­joignent en ma­jo­ri­té sur des ques­tions stra­té­giques qui touchent à la sou­ve­rai­ne­té de leurs pays, dont la sou­ve­rai­ne­té éco­no­mique. Les par­ties pre­nantes, no­tam­ment les struc­tures na­tio­nales, doivent mi­ser sur le ca­pi­tal hu­main, no­tam­ment son in­tel­li­gence, pour créer les ri­chesses. La Tu­ni­sie est ap­pe­lée à in­ves­tir dans les in­dus­tries de pointe, avec un meilleur par­tage de la va­leur ajou­tée. Il faut en ur­gence mettre à ni­veau notre in­dus­trie avant même de ren­for­cer l’en­sei­gne­ment et de for­mer des cer-

Des im­pri­mantes 3D, par exemple, sont ca­pables d’im­pri­mer non seule­ment des plas­tiques mais aus­si du mé­tal et de l’or­ga­nique, per­met­tant ain­si de chan­ger com­plè­te­ment les pa­ra­digmes des in­dus­tries et de la chaîne de va­leur.

veaux alors qu’il n’y a pas une in­dus­trie na­tio­nale pour les em­ployer. La so­lu­tion éco­no­mique de tout un pays est avant tout in­dus­trielle. Car, la créa­tion des ri­chesses de­meure tri­bu­taire d’une in­dus­trie ba­sée sur la tech­no­lo­gie, l’in­no­va­tion et la va­leur ajou­tée.

QUELS SONT LES EN­JEUX ET LES PERS­PEC­TIVES DE L’IN­TEL­LI­GENCE ÉCO­NO­MIQUE?

Dans le der­nier rap­port du Fo­rum de Da­vos et les autres rap­ports des dif­fé­rentes agences d’in­tel­li­gence éco­no­mique dans le monde, les ex­perts convergent dans leurs ana­lyses concer­nant le foi­son­ne­ment mul­ti-tech­no­lo­gique et ses im­pacts sur l’éco­no­mie, l’in­dus­trie et la pro­duc­tion. La grande ques­tion ne concerne pas les pos­si­bi­li­tés of­fertes qui sont in­fi­nies mais elle est pro­fon­dé­ment éthique, sur le droit ou la né­ces­si­té de re­cou­rir à cette nou­velle dé­marche (in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle) comme prio­ri­té na­tio­nale pour dé­ve­lop­per les mé­thodes de pro­duc­tion in­dus­trielle (ma­nu­fac­tu­rière). Des im­pri­mantes 3D, par exemple, sont ca­pables d’im­pri­mer non seule­ment des plas­tiques mais aus­si du mé­tal et de l’or­ga­nique, per­met­tant ain­si de chan­ger com­plè­te­ment les pa­ra­digmes des in­dus­tries et de la chaîne de va­leur (re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment, achats in­dus­triels, mé­thodes..). Je tiens à in­sis­ter sur le rôle pri­mor­dial de l’Agence na­tio­nale d’in­tel­li­gence éco­no­mique re­grou­pant aus­si bien des cher­cheurs/ in­gé­nieurs, que des fu­tu­ro­logues, des in­dus­triels, des éco­no­mistes et des fi­nan­ciers, des spé­cia­listes de La Dé­fense et de la sé­cu­ri­té et dont la créa­tion de­meure une né­ces­si­té ab­so­lue en Tu­ni­sie.

D’APRÈS VOUS, QU’ELLE AC­TION FAUT-IL PRÉ­CO­NI­SER À L’ÉGARD DES AC­TEURS DU DÉ­VE­LOP­PE­MENT ÉCO­NO­MIQUE EN MA­TIÈRE D’IN­TEL­LI­GENCE ÉCO­NO­MIQUE?

Un nou­veau pa­ra­digme éco­no­mique et so­cial a été in­duit par la qua­trième ré­vo­lu­tion. Nous sommes pas­sés d’une éco­no­mie ma­té­rielle à une éco­no­mie im­ma­té­rielle. Notre siècle est ce­lui de l’in­for­ma­tion, sa pro­duc­tion et sa col­lecte, au­tre­ment dit la Da­ta. Le monde de 2030 se­ra to­ta­le­ment dif­fé­rent de ce­lui que nous connais­sons au­jourd’hui. Plu­sieurs études convergent, no­tam­ment celle des agences d’in­tel­li­gence éco­no­mique, sur le fait qu’au moins 50% des tra­vaux ho­raires se­ront rem­pla­cés par des ro­bots et /ou des so­lu­tions d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Les ac­teurs éco­no­miques peuvent bé­né­fi­cier au­jourd’hui des op­por­tu­ni­tés de la qua­trième ré­vo­lu­tion in­dus­trielle qui vont certes ap­por­ter des chan­ge­ments au ni­veau des modes de consom­ma­tion et de pro­duc­tion à l’échelle na­tio­nale et mon­diale. La qua­trième ré­vo­lu­tion in­dus­trielle change to­ta­le­ment la confi­gu­ra­tion des mo­dèles de fa­bri­ca­tion et d’ache­mi­ne­ment de la mar­chan­dise, et de pro­duc­tion des biens de consom­ma­tion. La ques­tion qui se pose chez nous est : comment pou­vons-nous af­fir­mer que l’éco­no­mie de la Tu­ni­sie doit de­ve­nir en­core plus ex­por­ta­trice qu’avant, alors que les mo­dèles éco­no­miques de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion changent ir­ré­mé­dia­ble­ment ? Ex­por­ter quoi, à qui, pen­dant com­bien de temps et avec quelle va­leur ajou­tée? Est-ce qu’on connaît vrai­ment les ten­dances fu­tures des Bu­si­ness-mo­del et des modes de consom­ma­tion as­so­ciés ? Une ana­lyse sec­to­rielle et un plan quin­quen­nal suf­fi­ront-ils ? De ces ques­tions dé­pend l’ave­nir de la po­pu­la­tion tu­ni­sienne.

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