IN­DUS­TRIE 4.0 LA PRO­CHAINE GRANDE RÉ­VO­LU­TION

In­no­va­tion, com­pé­ti­ti­vi­té, a rac­ti­vi­té sont les nou­veaux vo­ca­bu­laires de la po­li­tique in­dus­trielle.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Me­riem KHDIMALLAH

DU­RANT la pé­riode 1970, la Tu­ni­sie a réus­si à mettre en place une vé­ri­table po­li­tique in­dus­trielle qui ré­pon­dait par­fai­te­ment aux dé­fis de l’époque. Une po­li­tique qui n’a ja­mais été re­vue de­puis afin de re­le­ver les nou­veaux dé­fis. L’heure pour les au­to­ri­tés ac­tuelles est à la re­dé­fi­ni­tion d’une po­li­tique in­dus­trielle et à la concep­tion d’une vi­sion stra­té­gique à même de don­ner un nou­vel élan et de ré­pondre aux dé­fis de cette phase dé­li­cate de tran­si­tion éco­no­mique que vit le pays de­puis le sou­lè­ve­ment po­pu­laire de 2011.

L’ORI­GINE DU PRO­BLÈME

Avant même de ré­flé­chir aux moyens ou ac­tions qui peuvent rendre à l’in­dus­trie tu­ni­sienne une grande vi­gueur, il se­rait plus ap­pro­prié de re­ve­nir à l’ori­gine du pro­blème et le com­prendre pour pou­voir le dé­pas­ser. Au len­de­main de l’In­dé­pen­dance, l’in­dus­trie tu­ni­sienne s’est dé­ve­lop­pée avec une évo­lu­tion dif­fé­ren­ciée se­lon les ré­gions, les sec­teurs et les branches in­dus­trielles. Ce­pen­dant, le sec­teur in­dus­triel, qui conti­nue à jouer un rôle fon­da­men­tal dans notre dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, n’a pas en­core ex­plo­ré toutes les pos­si­bi­li­tés ac­tuelles et fu­tures. Au­jourd’hui, le pays as­pire lé­gi­ti­me­ment à as­seoir les fon­de­ments d’un sec­teur in­dus­triel di­ver­si­fié, com­pé­ti­tif et por­teur d’une forte va­leur ajou­tée. Mais de­puis sept ans, ce sec­teur a ac­cu­mu­lé des pro­blèmes im­por­tants et un manque de com­pé­ti­ti­vi­té à cause de l’in­sta­bi­li­té po­li­tique, so­ciale et éco­no­mique qu’a vé­cue le pays. Face à cette si­tua­tion, l’ur­gence de mettre en place une stra­té­gie ef­fi­cace, qui doit ap­por­ter à ce sec­teur une plus grande ef­fi­cience, s’im­pose à nous comme un dé­fi à re­le­ver. Pour le pré­sident du Conseil des chambres mixtes (CCM), Foued La­khoua, avant même de par­ler d’ave­nir et de stra­té­gie, la plus grande ur­gence, pour nos chefs d’en­tre­prise, consiste en le sau­ve­tage de notre tis­su in­dus­triel qui se trouve confron­té à plu­sieurs dé­fis. Mal­gré l’adop­tion de la nou­velle loi sur l’in­ves­tis­se­ment, l’en­vi­ron­ne­ment des af­faires de­meure peu pro­pice à la créa­tion de nou­velles en­tre­prises et à la libre ini­tia­tive. «Comment peut-on fa­vo­ri­ser la mon­tée en gamme de notre in­dus­trie avec une ad­mi­nis­tra­tion blo­quante, des pro­cé­dures nom­breuses et lourdes, un cadre fis­cal contrai­gnant et une po­li­tique in­dus­trielle dont les grands axes res­tent im­pré­cis ? Avant même de par­ler d’in­no­va­tion et de fa­vo­ri­ser une plus forte co­or­di­na­tion entre le monde de la re­cherche et la sphère de cor­rup­tion, il faut prendre en consi­dé­ra­tion les préa­lables pour avoir une in­dus­trie tu­ni­sienne so­lide et pé­renne», in­dique-a-t-il. La­khoua ajoute qu’en dé­pit des atouts dont la Tu­ni­sie dis­pose (cadre in­ci­ta­tif, site com­pé­ti­tif, dis­po­ni­bi­li­té des res­sources hu­maines), la plu­part des ac­ti­vi­tés in­dus­trielles souffrent d’une faible va­leur ajou­tée. Le constat est clair et il faut le dire : le pays pré­sente en­core des han­di­caps d’at­trac­ti­vi­té dus à la concur­rence d’autres pays, à une éco­no­mie contrai­gnante sur des sec­teurs pi­liers de l’in­dus­trie tu­ni­sienne. Il est, donc, plus que ja­mais urgent de sur­mon­ter tous ces obs­tacles et de mettre en oeuvre une nou­velle gé­né­ra­tion de ré­formes struc­tu­relles ba­sées sur les fon­de­ments de la bonne gou­ver­nance, de l’amé­lio­ra­tion des cli­mats d’af­faires, l’ap­pro­fon­dis­se­ment et l’adé­qua­tion dans les mar­chés nou­veaux, la pro­mo­tion d’un par­te­na­riat ga­gnant/ ga­gnant de type nou­veau, le dé­ve­lop­pe­ment d’un sys­tème de fi­nan­ce­ment adé­quat…et sur­tout une vo­lon­té de mettre en pra­tique les po­li­tiques dé­ci­dées.

RE­PRISE DU POIDS DANS LE SEC­TEUR PRI­VÉ

Sou­te­nir les in­ves­tis­seurs et les in­dus­triels, no­tam­ment les PME, qui sont confron­tés à une conjonc­ture éco­no­mique dif­fi­cile, et me­ner les ré­formes né­ces­saires en vue d’amé­lio­rer le cli­mat d’in­ves­tis­se­ment res­tent l’un des axes ma­jeurs sur les­quels la pro­chaine stra­té­gie in­dus­trielle se­ra ba­sée. Mais de l’autre cô­té, se trouve le sec­teur pri­vé qui joue un rôle im­por­tant de lo­co­mo­tive pour l’in­ves­tis­se­ment. D’après le mi­nistre de l’In­dus­trie et des PME, Slim Fé­ria­ni, il est lar­ge­ment ad­mis que les PME consti­tuent la che­ville ou­vrière du sec­teur in­dus­triel. Ces PME, y com­pris les mi­cro-en­tre­prises, ont un rôle par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant à jouer. Dans les éco­no­mies dé­ve­lop­pées, les en­tre­prises moyennes gé­nèrent deux tiers des em­plois dans le sec­teur pri­vé et consti­tuent la prin­ci­pale source de nou­veaux em­plois. En Tu­ni­sie, le sec­teur pri­vé contri­bue à 75% dans la créa­tion de l’em­ploi. Donc, le gou­ver­ne­ment n’est qu’un fa­ci­li­ta­teur pour ce sec­teur. «La pro­mo­tion de l’ini­tia­tive pri­vée reste un ou­til ef­fi­cace qui aide à trans­for­mer l’in­dus­trie tu­ni­sienne et à boos­ter l’ex­por­ta­tion et les sec­teurs com­pé­ti­tifs», sou­ligne le mi­nistre, ajou­tant que les in­dus­tries ma­nu­fac­tu­rières re­pré­sentent 90% de nos ex­por­ta­tions, les autres 10% sont re­pré­sen­tées par les hy­dro­car­bures et d’autres sec­teurs. Quant au sec­teur du tex­tile, il reste au Top 3 des ex­por­ta­tions. Fé­ria­ni, qui tente d’ex­pli­quer par quels moyens l’Etat peut ef­fi­ca­ce­ment sou­te­nir l’in­dus­trie et le sec­teur pri­vé, pré­cise que le gou­ver­ne­ment est en train d’iden­ti­fier les fac­teurs qui en­travent l’in­ves­tis­se­ment pri­vé lo­cal et étran­ger afin de mettre en oeuvre les ré­formes dans quatre do­maines-clés : la re­ca­pi­ta­li­sa­tion du sec­teur fi­nan­cier, la ré­forme du code de l’in­ves­tis­se­ment, la mo­der­ni­sa­tion du cadre ju­ri­dique et le ca­drage ain­si que l’en­ca­dre­ment de la pro­li­fé­ra­tion du sec­teur in­for­mel. «Ces me­sures per­met­traient de pro­mou­voir le sec­teur pri­vé et de re­mé­dier au manque de pro­duc­ti­vi­té», sou­ligne-t-il.

RE­DON­NER SES LETTRES DE NO­BLESSE À LA PO­LI­TIQUE IN­DUS­TRIELLE

Le tis­su in­dus­triel na­tio­nal compte en­vi­ron 5.528 en­tre­prises qui em­ploient près de 400.000 per­sonnes. 92% de ces en­tre­prises sont des PME. On compte ac­tuel­le­ment 2.676 en­tre­prises to­ta­le­ment ex­por­ta­trices qui em­ploient près de 270. 000 per­sonnes et plus de 2.000 en­tre­prises étran­gères (prin­ci­pa­le­ment eu­ro­péennes) qui em­ploient 220.000 per­sonnes. Pour le cli­mat des af­faires, le constat est clair : plu­sieurs in­di­ca­teurs sont in­quié­tants, à l’ins­tar d’un cli­mat so­cial en­core fra­gile,

du re­cul de plu­sieurs in­di­ca­teurs (in­ves­tis­se­ment, ex­por­ta­tion, IDE…), d’une pres­sion sans pré­cé­dent sur les fi­nances pu­bliques, du chô­mage très éle­vé, du dés­équi­libre ré­gio­nal frus­trant, mo­dèle éco­no­mique peu in­té­gré et qui a dé­mon­tré ses li­mites, etc. Face à cette si­tua­tion, il est in­dis­pen­sable d’éla­bo­rer une nou­velle stra­té­gie pour rendre à l’in­dus­trie ce qui est à l’in­dus­trie et re­po­si­tion­ner la Tu­ni­sie sur l’échi­quier éco­no­mique ré­gio­nal ain­si qu’in­ter­na­tio­nal pour qu’elle soit une vé­ri­table pla­te­forme in­dus­trielle eu­ro-mé­di­ter­ra­néenne. Pour réus­sir ce chal­lenge, un nou­veau mo­dèle ba­sé sur la prin­ci­pale ri­chesse du pays (le sa­voir, l’in­no­va­tion, la tech­no­lo­gie…) de­vrait être éta­bli. Donc, il est in­dis­pen­sable de fer­ti­li­ser les sec­teurs his­to­riques (in­dus­trie agroa­li­men­taire ; tex­tiles, in­dus­tries des ma­té­riaux de construc­tion, de la cé­ra­mique et du verre, in­dus­tries chi­miques) et pro­mou­voir et dé­ve­lop­per de nou­veaux mé­tiers qui sont des sec­teurs à forte va­leur ajou­tée et à haut con­te­nu tech­no­lo­gique (aé­ro­nau­tique, in­dus­tries de la san­té, ITC, élec­tro­nique, éner­gie re­nou­ve­lable…). Slim Fé­ria­ni es­time que la si­tua­tion ac­tuelle pour­rait s’amé­lio­rer dans un ave­nir proche si la Tu­ni­sie re­pense sa stra­té­gie in­dus­trielle qui a at­teint ses li­mites. C’est dans ce but qu’il est in­dis­pen­sable de va­lo­ri­ser le tra­vail, pré­ser­ver l’exis­tant et ren­for­cer les pro­grammes dé­jà mis en place. Par­mi les prio­ri­tés du mi­nis­tère de l’In­dus­trie, l’amé­lio­ra­tion du cli­mat des af­faires qui né­ces­site une pro­gres­sion dans la sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures ad­mi­nis­tra­tives. Il est éga­le­ment ques­tion de sou­te­nir la pro­mo­tion des tech­no­pôles, de ren­for­cer la mise en place de pro­grammes de co­opé­ra­tion, no­tam­ment avec la GIZ, l’Usaid, l’AFD, la BAD…et de va­lo­ri­ser l’en­tre­pre­neu­riat spé­cia­le­ment chez les jeunes.

IN­TÉ­GRER PRO­GRES­SI­VE­MENT L’IN­DUS­TRIE 4.0

Slim Fé­ria­ni in­dique que son dé­par­te­ment a sé­lec­tion­né cinq sec­teurs prio­ri­taires qui ont été in­clus dans la stra­té­gie in­dus­trielle à l’ho­ri­zon 2030. Il s’agit, no­tam­ment, de l’agroa­li­men­taire, du tex­tile, de l’au­to­mo­bile et de l’aé­ro­nau­tique, l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique et l’in­dus­trie 4.0 (à base d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle). Cette stra­té­gie per­met­tra au pays de se po­si­tion­ner sur la scène in­dus­trielle in­ter­na­tio­nale et de va­lo­ri­ser la re­cherche scien­ti­fique, l’in­tel­li­gence et les com­pé­tences hu­maines. L’ac­cent se­ra mis, dans ce cadre, sur la mise en place d’une éco­no­mie du sa­voir, de la tech­no­lo­gie et de l’in­no­va­tion, à haute va­leur ajou­tée et fa­ci­le­ment ex­por­table. Mais lors­qu’on parle d’une in­dus­trie in­tel­li­gente, on se trouve face à des maillons forts qui de­vraient conso­li­der d’autres, faibles, qui de­vraient être re­ca­drés. Pour la pre­mière ca­té­go­rie, la Tu­ni­sie jouit d’un tis­su in­dus­triel as­sez riche et as­sez di­ver­si­fié qui consti­tue un vrai gi­se­ment pour l’in­no­va­tion, la di­gi­ta­li­sa­tion et le pas­sage à cette in­dus­trie 4.0 grâce à des op­por­tu­ni­tés de fer­ti­li­sa­tion des sec­teurs his­to­riques et aux nou­veaux sec­teurs por­teurs qui consti­tuent le vrai ber­ceau de l’in­no­va­tion. Autres maillons forts : un po­ten­tiel hu­main très com­pé­tent et très qua­li­fié et des struc­tures ain­si que des centres de re­cherches as­sez dy­na­miques. Il ne faut pas ou­blier les jeunes en­tre­pre­neurs qui sont très dy­na­miques et très mo­ti­vés. De l’autre cô­té, il existe trois prin­ci­paux maillons faibles. On parle tout d’abord du cadre ins­ti­tu­tion­nel et ré­gle­men­taire qui né­ces­site beau­coup de ré­formes, d’ef­fort et d’argent pour mettre en place un cadre ca­pable d’être un vrai le­vier pour une in­dus­trie 4.0. En­suite, viennent la va­lo­ri­sa­tion et le trans­fert de tech­no­lo­gie. Mal­gré la di­ver­si­té des struc­tures et des pro­grammes, l’éta­blis­se­ment de vraies pas­se­relles entre le monde scien­ti­fique et le sec­teur pro­duc­tif reste le vrai maillon faible de la chaîne de va­leur d’une in­dus­trie in­no­vante et in­tel­li­gente. En­fin, il faut trou­ver de nou­velles sources pour le fi­nan­ce­ment de l’in­no­va­tion et de l’in­dus­trie smart car on note une ab­sence cruelle de mé­ca­nismes de fi­nan­ce­ment de l’in­no­va­tion et des star­tups tech­no­lo­giques. «Il faut en­cou­ra­ger la fi­nance al­ter­na­tive car le mar­ché du ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment est pe­tit», in­dique le mi­nistre, ajou­tant qu’un pro­gramme de fi­nan­ce­ment pour la re­struc­tu­ra­tion des PME d’une va­leur de 100 mil­lions de di­nars sur 3 ans et 150MDT pour l’an­née sui­vante est en train d’être éla­bo­ré.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.