RE­CY­CLAGE DES RES­SOURCES BRUTES ET DES DÉ­CHETS LA VA­LO­RI­SA­TION NÉ­CES­SAIRE

Une nou­velle im­pul­sion de­vrait être don­née aux pro­grammes de trai­te­ment et de ges­tion des dé­chets. L’ag­gra­va­tion de la si­tua­tion en­vi­ron­ne­men­tale consta­tée de­puis 2011, no­tam­ment, a été le si­gnal dé­clen­cheur qui a per­mis aux pou­voirs pu­blics de me­su­rer le

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Amor CHRAIET

MAIS l’en­jeu n’est pas à consi­dé­rer ex­clu­si­ve­ment sous l’angle éco­lo­gique. Il existe, aus­si, des dé­fis plus stra­té­giques à plus ou moins long terme qu’il fau­dra re­le­ver. Il s’est avé­ré, en ef­fet, que sans le pa­ra­mètre éco­lo­gique, au­cune po­li­tique ne peut réus­sir. La Tu­ni­sie a dé­jà pris conscience de cette di­men­sion et s’est pré­pa­rée de la ma­nière la plus ap­pro­priée pour af­fron­ter les dé­fis et at­teindre les ob­jec­tifs fixés dans ce do­maine.

UN SEC­TEUR NÉ­GLI­GÉ

C’est de­puis la fin des an­nées 90 que des ré­gle­men­ta­tions ont com­men­cé à voir le jour et à agir sur un sec­teur lais­sé, pour long­temps, au bon plai­sir des uns et des autres. Un dé­but d’or­ga­ni­sa­tion de la col­lecte des dé­chets a été mis sur pied. Ce qui a ac­cé­lé­ré l’adop­tion d’une vé­ri­table stra­té­gie en­vi­ron­ne­men­tale c’est la si­tua­tion ca­tas­tro­phique qui s’est ma­ni­fes­tée au len­de­main des évé­ne­ments de 2011. La dé­rive consta­tée au ni­veau du trai­te­ment des dé­chets était tel­le­ment in­édite qu’il a fal­lu ré­agir vi­gou­reu­se­ment en ac­cé­lé­rant le tra­vail d’en­ca­dre­ment et de ré­or­ga­ni­sa­tion de la ges­tion de ce sec­teur. Une prise en main était, alors, né­ces­saire. Il est vrai que le fait d’évo­quer les dé­chets nous amène à pen­ser, au­to­ma­ti­que­ment, aux dé­chets mé­na­gers et aux or­dures. On omet, sou­vent, l’autre as­pect, plus tech­nique et plus por­teur du re­cy­clage. Au­jourd’hui, le trai­te­ment des dé­chets a pris un tour­nant plus com­plexe et plus in­no­va­teur. On se trouve face à des pro­grammes et des plans de tra­vail sa­vam­ment fi­gno­lés par des tech­ni­ciens et des ex­perts aus­si bien na­tio­naux qu’in­ter­na­tio­naux. L’Agence na­tio­nale de ges­tion des dé­chets (An­ged) s’oc­cupe, en prin­cipe, de ce grand dos­sier. Une nou­velle ap­proche a été adop­tée pour af­fron­ter les nou­velles exi­gences. Il ne s’agit pas, uni­que­ment, de gé­rer le flux d’or­dures mé­na­gères et de le dé­po­ser dans des dé­charges contrô­lées ou non. Il y a, ac­tuel­le­ment, un tra­vail de tri et de sé­lec­tion qui s’af­fine de jour en jour et qui se di­ver­si­fie. Des fi­lières sont ain­si nées. En plus de la col­lecte au ni­veau des mé­nages, on pro­cède au tri sé­lec­tif de ces dé­chets. Au ni­veau in­dus­triel, une struc­ture pre­nant en charge les dif­fé­rentes phases de cette opé­ra­tion se s'est consti­tuée. Plus d’une ving­taine d’en­tre­prises existent dé­jà qui s’oc­cupent de la ges­tion de dif­fé­rents pro­duits. Tout à fait ré­cem­ment, il a été pro­cé­dé au lan­ce­ment d’une uni­té de dé­mon­tage des dé­chets élec­triques et élec­tro­niques

d’une ca­pa­ci­té de trans­for­ma­tion de 24 mille tonnes à Borj Cha­kir. Cette uni­té se pro­pose d’as­su­rer la ges­tion des com­po­sants élec­triques et élec­tro­niques, ju­gés comme dé­chets dan­ge­reux. Mais, à cô­té de ce vo­let, on traite, aus­si, le fer, le cuivre, le plas­tique, l’alu­mi­nium ou les cartes élec­tro­niques. Il faut no­ter que ce sont sur­tout des en­tre­pre­neurs pri­vés qui s’adonnent à ces ac­ti­vi­tés.

TOUT, OU PRESQUE, EST RÉCUPÉRABLE

C’est ain­si qu’on peut trou­ver des équi­pe­ments spé­cia­li­sés pour la trans­for­ma­tion et le re­cy­clage des ap­pa­reils ou des ma­chines. Aus­si est-il pos­sible de re­cy­cler, par exemple, des ré­fri­gé­ra­teurs, des ma­chines à la­ver, des or­di­na­teurs, des cli­ma­ti­seurs et, en gé­né­ral, tout les équi­pe­ments élec­tro­mé­na­gers. D’autres pro­fes­sion­nels tra­vaillent dans le sec­teur du re­cy­clage des vê­te­ments usés : dif­fé­rents types de dé­chets tex­tiles de vê­te­ments usés, des chif­fons d’es­suyage in­dus­triels et ef­fi­lo­chés…. De pe­tites ex­pé­riences sont ten­tées par la so­cié­té ci­vile en vue de sen­si­bi­li­ser les ci­toyens au tri sé­lec­tif des dé­chets grâce à l’ins­tal­la­tion de conte­neurs ap­pro­priés. Mais ces ef­forts res­tent très li­mi­tés. Ce­ci n’em­pêche que l’on s’ache­mine, pe­tit à pe­tit, vers l’aban­don du dé­pôt dans les dé­charges des dé­chets mé­na­gers, en fa­veur des éco-pôles de tri, de va­lo­ri­sa­tion et de re­cy­clage de ces dé­chets. La mise dans les dé­charges se­ra ain­si uni­que­ment ré­ser­vée aux dé­chets fi­naux. Un pro­jet ex­pé­ri­men­tal dans cette op­tique est en cours à Djer­ba. Dans une pro­chaine étape, on trans­po­se­ra ce mo­dèle sur le Grand-Tu­nis, qui four­nit le tiers des dé­chets du pays. C’est à la lu­mière des ré­sul­tats ob­te­nus par ces ex­pé­riences qu’on pour­ra pen­ser à gé­né­ra­li­ser les mé­thodes de ges­tion et à pro­cé­der à des études sur les sites sus­cep­tibles de re­ce­voir de nou­velles uni­tés in­dus­trielles de trai­te­ment mo­derne des dé­chets. Jus­qu’ici nous n’avons fait qu’évo­quer l’as­pect éco­lo­gique. Il y a, tou­te­fois, l’as­pect éco­no­mique qui ne peut échap­per à per­sonne. L’ex­ploi­ta­tion des com­po­sants élec­triques et élec­triques per­met l’ex­trac­tion de plu­sieurs ma­tières. Se­lon les connais­seurs, les dé­chets élec­tro­niques contiennent toutes sortes de com­po­sants : es­sen­tiel­le­ment des plas­tiques, mais aus­si des mé­taux lourds (mer­cure et plomb) ou pré­cieux (or, pal­la­dium) en pe­tites quan­ti­tés. Pour le com­mun des mor­tels, il est dif­fi­cile d’ima­gi­ner la quan­ti­té de ma­tières ré­cu­pé­rables dans les ob­jets je­tés dans les pou­belles. Presque tout est re­cy­clable : plas­tiques, ca­nettes (alu­mi­nium / fer blanc), pa­pier et car­ton, verre, piles, etc.

PAS­SER LA VI­TESSE SU­PÉ­RIEURE

La pro­li­fé­ra­tion de ra­mas­seurs d’ob­jets usa­gés à tra­vers le pays a de quoi nous in­ter­pel­ler. Car il n’y a pas, en­core, une or­ga­ni­sa­tion de l’ac­ti­vi­té de col­lecte des re­buts. Ces per­sonnes se pro­curent un gagne-pain pré­caire certes, mais ils contri­buent ef­fi­ca­ce­ment à un tra­vail de sé­lec­tion. Les re­ve­nus qu’ils tirent de ce tra­vail sont mo­destes : 50 mil­limes le ki­lo de verre, 40 mil­limes le ki­lo de pa­pier, 650 mil­limes le ki­lo de plas­tique et 300 mil­limes le ki­lo de pehd (po­ly­éthy­lène de haute den­si­té). D’autre part, le tra­vail de ré­cu­pé­ra­tion d’ob­jets in­uti­li­sés puis va­lo­ri­sés n’est pas cou­rant. La re­vente n’est pas très ré­pan­due chez nous. C’est-à-dire que nous n’avons pas en­core un mar­ché des ap­pa­reils et des équi­pe­ments élec­tro­mé­na­gers va­lo­ri­sés. Pour­tant, les tech­ni­ciens es­timent qu’une uni­té cen­trale d’or­di­na­teur peut être re­cy­clée à 98 %, un écran ca­tho­dique à 80 % et un lave-linge à 90 %. Les in­dus­triels et les en­tre­pre­neurs-trans­for­ma­teurs tu­ni­siens se contentent pour le mo­ment de pra­ti­quer le triage, le broyage, la gra­nu­la­tion

pour le trai­te­ment des dé­chets élec­triques et d’équi­pe­ments élec­tro­niques (DEEE) et des câbles élec­triques. Leurs uni­tés sont équi­pées, éga­le­ment, de fours pour l’af­fi­nage de l’alu­mi­nium ou la fonte du cuivre, de l’étain, du bronze et du lai­ton ain­si que de presses et de broyeurs pour le plas­tique. En un mot, des ma­tières pre­mières de grande im­por­tance peuvent être ré­cu­pé­rées dans les re­jets mé­na­gers ou in­dus­triels. A vrai dire, la va­lo­ri­sa­tion de ces dé­chets a en­core du che­min à par­cou­rir en Tu­ni­sie. Car il fau­dra par­ve­nir à im­po­ser de nou­velles ha­bi­tudes chez le consom­ma­teur. Ce der­nier de­vrait trier ses dé­chets. En outre, les bud­gets des dif­fé­rents dé­par­te­ments mi­nis­té­riels re­courent à ces moyens de triage pour re­cy­cler des ap­pa­reils mais le pro­gramme n’est pas me­né comme il de­vrait l’être. Les éta­blis­se­ments sco­laires dis­posent de «ci­me­tières» d’or­di­na­teurs et de ma­chines en panne qui sont ré­cu­pé­rables. Le re­cy­clage du pa­pier et du car­ton ga­gne­rait donc à se connec­ter da­van­tage au ré­seau des éta­blis­se­ments sco­laires. Quo­ti­dien­ne­ment, des tonnes et des tonnes de pa­pier sont je­tés (feuilles de ca­hiers no­tam­ment). A la fin de l’an­née sco­laire ce sont des ca­hiers et des livres qui sont concer­nés par cette col­lecte. L’in­té­rêt por­té à ce vo­let n’est pas suf­fi­sant. Et les gra­vats ? Éco­no­mi­que­ment par­lant, le cré­neau du re­cy­clage peut s’avé­rer ren­table. Des ac­tions sont en­tre­prises dans cer­taines ré­gions dans un cadre so­li­daire, jus­te­ment, pour va­lo­ri­ser soit les dé­chets, soit les res­sources brutes. C’est ain­si qu’à Tha­la, on ex­ploite les dé­chets du marbre des car­rières. Le pro­gramme d’ap­pui aux zones dé­fa­vo­ri­sées (AZD), en col­la­bo­ra­tion avec le Bu­reau in­ter­na­tio­nal du tra­vail (BIT), a per­mis de for­mer près de 90 jeunes dans l’af­fi­nage des pierres de car­rière. Une en­tre­prise pri­vée est même née grâce à cette ac­tion qui a mo­bi­li­sé des tech­ni­ciens du Centre tech­nique des ma­té­riaux de construc­tion, de la cé­ra­mique et du verre (Ctmccv) et de l’Enit. L’in­té­rêt se porte, dé­sor­mais, vers la réuti­li­sa­tion des dé­chets de construc­tion. L’idée consiste à ex­ploi­ter ces res­sources pour le pa­vage. Moyen­nant un trai­te­ment, il se­rait pos­sible de les trans­for­mer en ma­té­riaux de ter­ras­se­ment. La na­ture de ces dé­chets est adap­tée à ce type de pro­jets. Dé­jà, 90% des dé­chets de construc­tion et de dé­mo­li­tion sont inertes et peuvent être uti­li­sées comme des rem­blais. Dans les zones ru­rales, ils peuvent ser­vir à pa­ver des routes vi­ci­nales per­met­tant de désen­cla­ver cer­taines ré­gions. Consi­dé­rés comme un fléau, les dé­chets de dé­mo­li­tion et de construc­tion sont le plus sou­vent dé­ver­sés sans tri préa­lable des sub­stances dan­ge­reuses dans des dé­charges anar­chiques (dans 82 % des cas). Ces es­paces sont, gé­né­ra­le­ment, des terres agri­coles, des terres nues, des car­rières aban­don­nées, ou des aires na­tu­relles, comme les seb­khas, les fo­rêts, les oueds et les plages. Le mi­nis­tère des Af­faires lo­cales et de l’En­vi­ron­ne­ment les éva­lue à 2.5 mil­lions de m3 par an dont 70 % sont pro­duits dans le Grand-Tu­nis, à Sousse et à Sfax. Ils coûtent très cher à la col­lec­ti­vi­té puisque chaque an­née, le mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment dé­pense 10 mil­lions de di­nars pour leur tran­sport et leur mise en dé­charge. Il est temps qu’à leur tour ils rap­portent à l’Etat. A cet égard, le dé­cret gou­ver­ne­men­tal n° 2018-59 du 16 jan­vier 2018 im­po­se­ra des amendes aux contre­ve­nants dans ce do­maine. Aux termes de ce dé­cret, il est pré­vu pour le dé­pôt sau­vage de gra­vats et autres dé­chets de jar­dins et mé­na­gers sur le do­maine pu­blic rou­tier pu­blic une amende de 1.000 di­nars.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.