EN­TRE­PRE­NEU­RIAT L’HI­VER DES JEUNES EN­TRE­PRISES EN TU­NI­SIE

Un quart des jeunes en­tre­pre­neurs me ent la clef sous le paillas­son du­rant les trois pre­mières an­nées d’exer­cice en Tu­ni­sie, d’après des sta­tis­tiques concor­dantes… En cause des pro­blèmes de li­qui­di­tés (im­payés, fi­nan­ce­ment du cycle d’ex­ploi­ta­tion, or­ga­nis

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Sa­my CHAMBEH

AL’ÉVI­DENCE ce taux as­sez éle­vé de dé­faillance des jeunes en­tre­prises sous nos cieux met en avant l’im­por­tance de l’en­ca­dre­ment et de l’ac­com­pa­gne­ment des nou­veaux pro­mo­teurs au bout des cinq pre­mières an­nées de leur ac­ti­vi­té. En ef­fet, les pou­voirs pu­blics ont beau mul­ti­plier et conso­li­der les pro­grammes de for­ma­tion de jeunes en­tre­pre­neurs ou de pro­mo­tion de l’ini­tia­tive pri­vée dont le ré­cent pro­jet «Ini­tia­tive per­son­nelle in­dé­pen­dante», mais le vrai pro­blème est ailleurs. Certes, l’ac­cès au cré­dit de dé­part pour le lan­ce­ment du pro­jet reste pri­mor­dial, une fois les tra­cas­se­ries ad­mi­nis­tra­tives vain­cues, mais ce­la reste in­suf­fi­sant pour as­su­rer la pé­ren­ni­té du­dit pro­jet. En ef­fet, pour bien fonc­tion­ner, une en­tre­prise éco­no­mique doit être bien gé­rée fi­nan­ciè­re­ment, com­mer­cia­le­ment et ma­na­gé­ria­le­ment, à dé­faut, elle se­ra con­fron­tée à des pro­blèmes ma­jeurs qui pour­ront conduire à sa dé­faillance et son ex­tinc­tion. D’où la né­ces­si­té d'as­sis­ter ces en­tre­prises du­rant les pre­miers exer­cices et ce, mis à part la for­ma­tion ou le re­cy­clage des por­teurs de pro­jets. D’après le CJD (Centre des jeunes di­ri­geants), «80% des pro­jets n’abou­tissent pas en rai­son de l’ab­sence d’ac­com­pa­gne­ment et d’en­ca­dre­ment».

IN­CU­BA­TEURS

Pour fa­ci­li­ter cette phase, l’en­trée en ac­tion d’un ac­teur in­con­tour­nable ap­pe­lé in­cu­ba­teur d’en­tre­prises est plus que conseillée afin de do­ter l’en­ti­té pro­duc­tive des res­sorts et des atouts né­ces­saires pour lui as­su­rer le suc­cès de la phase de lan­ce­ment et même da­van­tage. En clair, l’in­cu­ba­teur de jeunes en­tre­prises est un re­lais d’en­ca­dre­ment et d’ac­com­pa­gne­ment qui met à la dis­po­si­tion des por­teurs de pro­jets ou des créa­teurs nou­veaux d’en­tre­prises une cer­taine ex­per­tise sous forme de dif­fé­rents ser­vices et de conseils né­ces­saires pour réus­sir les pre­mières phases de la vie de la jeune en­tre­prise. Le cycle de vie de toute en­tre­prise, c’est connu, com­mence par la phase de lan­ce­ment ou de créa­tion, puis la crois­sance ou l’ex­pan­sion, puis la ma­tu­ri­té, dé­clin ou re­tour­ne­ment et (s’il n’y a pas eu une phase de re­vi­ta­li­sa­tion) on abou­tit à la phase de d’ex­tinc­tion ou de dis­pa­ri­tion de l’en­tre­prise. En clair, l’in­cu­ba­teur peut coa­cher, conseiller, as­sis­ter, en­ca­drer, hé­ber­ger, for­mer et même, se­lon les cas, fi­nan­cer les jeunes en­tre­prises ou en herbe. Autre for­mule ou struc­ture d’ac­com­pa­gne­ment qui de­vrait sus­ci­ter l’in­té­rêt des jeunes en­tre­pre­neurs : la cou­veuse d’en­tre­prises. Il s’agit d’une oc­ca­sion pré­cieuse pour le por­teur de pro­jet de pou­voir tes­ter, avant son lan­ce­ment, son pro­jet dans des condi­tions réelles et d’en éva­luer les

Le cycle de vie de toute en­tre­prise, c’est connu, com­mence par la phase de lan­ce­ment ou de créa­tion, puis la crois­sance ou l’ex­pan­sion, puis la ma­tu­ri­té, dé­clin ou re­tour­ne­ment et on abou­tit à la phase d’ex­tinc­tion ou de dis­pa­ri­tion de l’en­tre­prise.

forces et les fai­blesses et sa ren­ta­bi­li­té po­ten­tielle. D’ailleurs, rien qu’en consul­tant le web on peut fa­ci­le­ment tom­ber sur de nom­breux in­cu­ba­teurs et de cou­veuses d’en­tre­prises qui offrent des ser­vices ; gé­né­ra­le­ment il s’agit d’or­ga­nismes pri­vés ou en­core d’as­so­cia­tions qui offrent un genre de ser­vices à titre payant ou gra­cieux et n’aban­donnent leur pro­té­gé que lorsque les chances de pé­ren­ni­té de son pro­jet ou de son en­tre­prise sont grandes. Ce­ci étant dit, il reste utile de s’in­ter­ro­ger sur les prin­ci­paux mo­tifs de dé­faillance des jeunes en­tre­prises. Deux pré­ci­sions d’abord : le pro­ces­sus de dé­faillance (si le jeune en­tre­pre­neur n’y prend pas garde) peut s’en­clen­cher quelques an­nées avant le dé­pôt ef­fec­tif du bi­lan : aus­si faut-il avoir les ca­pa­ci­tés né­ces­saires pour pou­voir dé­ce­ler et à temps les signes avant - cou­reurs an­non­cia­teurs de dif­fi­cul­tés in­ex­tri­cables pou­vant conduire à la dis­pa­ri­tion de l’en­ti­té pro­duc­tive. La se­conde pré­ci­sion est qu’il peut s’agir d’une ou de plu­sieurs causes qui ont concou­ru à la ces­sa­tion des ac­ti­vi­tés de l’en­tre­prise. Il y a lieu dans ce cas de bien lire l’in­ter­dé­pen­dance des­dites causes et d’es­sayer de les pré­ve­nir pour pou­voir les évi­ter. Par­mi les causes ma­jeures de fer­me­ture des en­tre­prises éco­no­miques, com­men­çons par la mau­vaise ges­tion. Il s’agit du mo­tif gé­né­rique res­pon­sable de la dé­faillance dans la plu­part des cas. L’on pour­ra ci­ter à ce pro­pos les créances non ho­no­rées ou im­payées qui peuvent mettre en pé­ril la tré­so­re­rie de l’en­tre­prise et me­na­cer sé­rieu­se­ment ses équi­libres fi­nan­ciers. De la qua­li­té de sa ges­tion dé­pend la pour­suite de l’ac­ti­vi­té de l’en­tre­prise. Aus­si y-a-t-il lieu d’ac­cor­der tout l’in­té­rêt re­quis à cette ques­tion vi­tale et bien en ana­ly­ser le risque - client (sui­vi

de l’évo­lu­tion de sa si­tua­tion pour pou­voir éva­luer sa sol­va­bi­li­té, traque des re­tards de paie­ment éven­tuels en re­lan­çant à chaque fois le client in­cri­mi­né pour l’ame­ner à s’ac­quit­ter de sa dette) et quitte à re­cou­rir à des ser­vices et à des or­ga­nismes spé­cia­li­sés pour se pré­mu­nir contre ce fléau des im­payés.

OB­SER­VA­TOIRE DES DÉ­LAIS DE PAIE­MENT

Ce­ci nous amène à la ques­tion des dé­lais de paie­ment. En ef­fet les en­tre­prises, no­tam­ment, jeunes éprouvent d’énormes dif­fi­cul­tés si elles ne sont pas rem­bour­sées à temps par leurs clients. En ef­fet, l’al­lon­ge­ment des dé­lais de paie­ment peut avoir de graves pré­ju­dices sur la tré­so­re­rie de ces jeunes en­tre­prises. Aus­si faut-il ac­cor­der l’im­por­tance né­ces­saire à cette ques­tion, no­tam­ment en sen­si­bi­li­sant les pou­voirs pu­blics à mettre en place un ob­ser­va­toire des dé­lais de paie­ment qui se char­ge­ra d’abord de concoc­ter un texte de loi fixant des échéances maxi­males en la ma­tière, puis de veiller à l’ap­pli­ca­tion de ce texte sur­tout que les dé­lais de paie­ment sont qua­li­fiés de fac­teur de com­pé­ti­ti­vi­té, étant don­né que le re­tard de paie­ment est tout aus­si pré­ju­di­ciable que la créance ou la fac­ture im­payée car il désor­ga­nise les flux de la tré­so­re­rie pré­vi­sion­nelle et donc dé­règle la ges­tion fi­nan­cière de fond en comble. Il en est de même pour la ges­tion in­opé­rante des stocks

Par­mi les causes ma­jeures de fer­me­ture des en­tre­prises éco­no­miques, com­men­çons par la mau­vaise ges­tion. Il s’agit du mo­tif gé­né­rique res­pon­sable de la dé­faillance dans la plu­part des cas.

ou en­core pour un pi­lo­tage dé­fi­cient du be­soin de fonds de rou­le­ment. Autre cause courante de dé­faillance, c’est lorsque la jeune en­tre­prise perd la maî­trise de son pas­sif exi­gible, plus pré­ci­sé­ment ses dif­fé­rentes dettes, qui prennent des pro­por­tions dé­me­su­rées (taux d’en­det­te­ment ex­ces­sif) par rap­port à l’ac­tif dis­po­nible de l’en­tre­prise (no­tam­ment ses li­qui­di­tés.) ou par rap­port aux ra­tios de ren­ta­bi­li­té dé­ga­gés. Il y a pé­ril en la de­meure éga­le­ment lorsque les frais du per­son­nel (ou autres charges fixes et va­riables) sont très pe­sants (par rap­port au ré­sul­tat d’ex­ploi­ta­tion) ou en­core quand l’en­tre­prise souffre d’un manque criant de res­sources propres. On pour­ra aus­si ci­ter la fé­bri­li­té des in­di­ca­teurs de pro­duc­ti­vi­té ou le manque ou le mau­vais choix des in­ves­tis­se­ments pra­ti­qués. Il ne faut pas éga­le­ment pas­ser sous si­lence les causes les plus évi­dentes qui res­tent rat­ta­chées à l’ac­ti­vi­té prin­ci­pale de l’en­tre­prise, à sa­voir le com­mer­cial. Dans ce re­gistre, on peut évo­quer la fai­blesse de la de­mande du mar­ché et donc des ventes de l’en­tre­prise, une mau­vaise ap­pré­cia­tion des ten­dances du­dit mar­ché ou de la conjonc­ture qui sé­vit, une sous-es­ti­ma­tion des dé­bou­chés ou un mar­ke­ting dé­fi­cient (la prime des prio­ri­tés pour l’en­tre­prise c’est la re­cherche conti­nue de nou­veaux clients tout en fi­dé­li­sant les an­ciens) as­sor­ti d’une in­suf­fi­sante mise en va­leur des pro­duits et ser­vices de l’en­tre­prise. A ce pro­pos, il fau­dra veiller à ini­tier une po­li­tique com­mu­ni­ca­tion­nelle as­tu­cieuse qui consiste à ce que l’en­tre­prise puisse tou­cher un large pa­nel de clients po­ten­tiels, sans avoir à dé­bour­ser trop d’argent. (ci­bler le web par exemple) Pa­ral­lè­le­ment, les ex­perts re­censent des causes ma­jeures de dé­faillance d’en­tre­prises qui sont dues au cycle de pro­duc­tion des biens ou de ser­vices et dont on peut ci­ter le coût de fa­bri­ca­tion ou de com­mer­cia­li­sa­tion as­sez éle­vé (par rap­port à la concur­rence et donc non com­pé­ti­tif), l’exis­tence de formes de gas­pillage, le manque de contrôle in­terne, etc. On peut conclure par des causes en rap­port avec les orien­ta­tions stra­té­giques de l’en­tre­prise telles que le dé­faut de vi­si­bi­li­té : c’est le cas lorsque le jeune en­tre­pre­neur ne se fixe pas des ob­jec­tifs clairs et rai­son­nables et n’in­dique pas comment les at­teindre et ne met en oeuvre pas la stra­té­gie qui convient pour ga­ran­tir la réa­li­sa­tion de ces ob­jec­tifs tout en veillant à dé­ce­ler à temps les dif­fi­cul­tés pour pou­voir ré­agir face aux im­pré­vus. En­fin, le choix de la forme ju­ri­dique qui doit être le plus adap­té à l’ac­ti­vi­té de l’en­tre­prise ou la connais­sance de la ré­gle­men­ta­tion en vi­gueur im­portent beau­coup tout au­tant que le fait de sa­voir s’en­tou­rer des com­pé­tences tech­niques né­ces­saires, ce­la reste in­con­tour­nable pour la via­bi­li­té éco­no­mique de la jeune en­tre­prise.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.