Les op­po­sants conti­nuent à se mo­bi­li­ser

La Presse (Tunisia) - - ACTUALITÉS -

La loi sur la ré­con­ci­lia­tion ad­mi­nis­tra­tive vient de gra­cier les per­sonnes qui ont cau­sé du tort à la com­mu­nau­té na­tio­nale et pu­nir les persécutés et tous ceux qui ont re­fu­sé d’ou­tre­pas­ser la loi, a cri­ti­qué hier le bu­reau exé­cu­tif de l’Union gé­né­rale tunisienne du tra­vail ( Ugtt). «Cette loi est de na­ture à pa­ra­ly­ser le bon dé­rou­le­ment du pro­ces­sus de jus­tice tran­si­tion­nelle qui traîne de­puis quatre ans dé­jà » , dé­plore en­core l’Ugtt dans un com­mu­ni­qué. « L’or­ga­ni­sa­tion syn­di­cale est tou­jours at­ta­chée à res­pec­ter les dis­po­si­tions de la Cons­ti­tu­tion, no­tam­ment celles re­la­tives au pro­ces­sus de jus­tice tran­si­tion­nelle», peut-on lire dans ce com­mu­ni­qué. Elle ex­prime éga­le­ment ses ap­pré­hen­sions face à «la mon­tée de la pen­sée unique» qui, se­lon elle, est de na­ture à «ins­tau­rer une nou­velle forme de des­po­tisme». « La ré­con­ci­lia­tion na­tio­nale de­meure cru­ciale du­rant cette phase de tran­si­tion mais il n’en de­meure pas moins que cel­le­ci doit être im­pé­ra­ti­ve­ment ba­sée sur la ré­vé­la­tion de la vé­ri­té et la sanc­tion des cor­rom­pus», sou­ligne l’Ugtt. Nombre de per­son­na­li­tés po­li­tiques se sont mon­trées op­po­sées à ce pro­jet de loi, fait re­mar­quer la cen­trale syn­di­cale, ajou­tant que la tran­si­tion dé­mo­cra­tique re­quiert d’élar­gir la base de dia­logue en ce qui concerne les af­faires d’in­té­rêt na­tio­nal. L’As­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple a adop­té mer­cre­di der­nier la loi sur la ré­con­ci­lia­tion ad­mi­nis­tra­tive avec 117 voix. De son cô­té, l’or­ga­ni­sa­tion Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal de lutte contre la cor­rup­tion a condam­né l’adop­tion par l’As­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple d’une «nou­velle loi ac­cor­dant une am­nis­tie à des in­di­vi­dus ayant com­mis des crimes de dé­tour­ne­ment de de­niers pu­blics et pillé des ri­chesses » , ap­pe­lant à son re­trait et à « la mise en place d’une autre loi réa­li­sant la jus­tice pour le peuple tu­ni­sien». Dans un com­mu­ni­qué ren­du pu­blic sur son site of­fi­ciel, elle a ap­pe­lé l’Etat tu­ni­sien «à pro­po­ser d’autres bases d’une autre ré­con­ci­lia­tion et d’ou­vrir un large dia­logue na­tio­nal entre les par­ties of­fi­cielles et non of­fi­cielles agis­santes pour réa­li­ser la jus­tice, le ju­ge­ment et la paix so­ciale». «L’adop­tion de la loi de ré­con­ci­lia­tion em­pê­che­ra le ju­ge­ment des res­pon­sables et leurs com­plices lors­qu’ils dé­voi­le­ront les ri­chesses qu’ils avaient pillées», note Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal. Elle es­time que «les Tu­ni­siens ont per­du un des prin­ci­paux pi­liers de leur lutte contre les cor­rom­pus » , re­le­vant que le « par­le­ment tu­ni­sien a vo­té contre le ju­ge­ment des cor­rom­pus, l’une des prin­ci­pales causes de la ré­vo­lu­tion de 2011». Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal a fait re­mar­quer que cette loi «va en­tra­ver le pro­ces­sus des en­quêtes pour dé­ter­mi­ner la va­leur réelle des mon­tants pillés, per­met­tra aux cor­rom­pus de ca­cher leurs ri­chesses et n’ac­com­pli­ra pas la jus­tice».

« La conseillère ré­gio­nale de Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal dans la ré­gion arabe, Ken­da Hat­ter, a sou­li­gné que la pro­mul­ga­tion d’une am­nis­tie dans la nou­velle loi de ré­con­ci­lia­tion offre l’es­poir aux cor­rom­pus où ils se trouvent que l’im­pu­ni­té est pos­sible», ajoute l’or­ga­ni­sa­tion.

Un «putsch consti­tu­tion­nel» L’adop­tion du pro­jet de loi sur la ré­con­ci­lia­tion dans le do­maine ad­mi­nis­tra­tif re­pré­sente une tra­hi­son aux prin­cipes de la ré­vo­lu­tion, a sou­li­gné le Front po­pu­laire, es­ti­mant qu’il fal­lait lut­ter contre la­dite loi par tous les moyens lé­gi­times». Dans un com­mu­ni­qué ren­du pu­blic, le Front a dé­non­cé un «putsch consti­tu­tion­nel» me­né par la coa­li­tion au pou­voir et ses par­ti­sans en al­lu­sion à l’adop­tion de la loi « contro­ver­sée» sur la ré­con­ci­lia­tion.

« Cette loi est contraire aux dis­po­si­tions de la Cons­ti­tu­tion et de la loi sur la jus­tice tran­si­tion­nelle dans la me­sure où elle fa­vo­rise l’im­pu­ni­té», a dé­plo­ré le par­ti. D’après le Front po­pu­laire, cette loi est un pas en avant vers la clô­ture des dos­siers d’as­sas­si­nats po­li­tiques et d’en­voi des jeunes vers les zones de conflits. «Le pré­sident de la Ré­pu­blique as­sume l’en­tière res­pon­sa­bi­li­té des consé­quences pou­vant dé­cou­ler du pas­sage de cette loi, ju­gée in­cons­ti­tu­tion­nelle», a- t- il no­té. Le pro­jet de loi sur la ré­con­ci­lia­tion dans le do­maine ad­mi­nis­tra­tif a été ap­prou­vé par 117 élus à l’is­sue d’une jour­née de dé­bats hou­leux au cours de la­quelle les dé­pu­tés ont échan­gé ac­cu­sa­tions et in­sultes. Plu­sieurs élus ont boy­cot­té le vote. De­vant le Par­le­ment, des di­zaines de per­sonnes ont ma­ni­fes­té contre le texte à l’ap­pel du Col­lec­tif « Ma­nich Msa­mah» (Je ne par­don­ne­rai pas).

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