Le nou­veau gou­ver­ne­ment face à ses al­liés

La Presse (Tunisia) - - ACTUALITÉS - A.DERMECH

Moins d’une se­maine après avoir ob­te­nu la confiance du Par­le­ment, le nou­veau gou­ver­ne­ment Yous­sef Cha­hed com­mence à dé­cou­vrir que ses prin­ci­paux al­liés ne sont pas prêts à lui fa­ci­li­ter la tâche

Dans la jeune ex­pé­rience dé­mo­cra­tique tu­ni­sienne émer­gente à la fa­veur de la ré­vo­lu­tion de la li­ber­té et de la di­gni­té, on au­ra vu, vé­cu et en­ten­du au cours des six der­nières an­nées ce que des peuples dont «l’âge dé­mo­cra­tique» est de plus de deux ou trois cents an­nées ont connu pro­gres­si­ve­ment et à pas me­su­rés du­rant cette même pé­riode. Des al­liances contre na­ture aux pres­sions douces et aus­si dé­cla­rées au vu et au su de tout le monde sur des chefs de gou­ver­ne­ment, pres­sions exer­cées par des par­tis qui ne dis­posent pas d’un seul siège au Par­le­ment, en pas­sant par les consul­ta­tions que le chef du gou­ver­ne­ment mène avec des lea­ders de par­tis po­li­tiques en cours de créa­tion, les ac­cords qu’un dé­pu­té de Ké­bi­li signe avec des mi­lices li­byennes sans que les au­to­ri­tés ré­gio­nales ou même son propre par­ti n’en soient in­for­més, les dé­lé­ga­tions par­le­men­taires et syn­di­cales vont dia­lo­guer avec Ba­char Al-As­sad à Da­mas pour qu’il leur livre les «ji­ha­distes» tu­ni­siens crou­pis­sant dans ses pri­sons sans que le Par­le­ment et le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères n’en soient in­for­més, les conven­tions si­gnées avec les sit-in­neurs d’El-Ka­mour pour li­bé­rer les ins­tal­la­tions pé­tro­lières des «chô­meurs cam­pant au dé­sert dans leurs D.Max», les in­sultes échan­gées ré­gu­liè­re­ment entre les dé­pu­tés de la ma­jo­ri­té et de l’op­po­si­tion au Par­le­ment pour un oui ou pour un non, des as­tuces ju­ri­diques aux­quelles on re­court pour blo­quer le vote, voire la dis­cus­sion d’un pro­jet de loi, etc, les Tu­ni­siens et les Tu­ni­siennes ont dé­cou­vert une nou­velle forme de ges­tion de la chose pu­blique, unique en son genre et dont les re­tom­bées in­flue­ront sur la vie po­li­tique na­tio­nale et mar­que­ront peut-être de leur sceau le nou­veau mo­dèle éco­no­mique, so­cial et cultu­rel au­quel on as­pire. Il est donc nor­mal, au vu de l’en­vi­ron­ne­ment dans le­quel il évo­lue, que le nou­veau gou­ver­ne­ment Yous­sef Cha­hed à peine a-t-il ac­quis la confiance du Par­le­ment se trouve sous le feu des pres­sions, prin­ci­pa­le­ment des forces cen­sées le sou­te­nir et ayant dé­jà don­né leur aval aux nou­veaux mi­nistres qui au­ront la res- pon­sa­bi­li­té de mettre en ap­pli­ca­tion la feuille de route du gou­ver­ne­ment, la­quelle feuille de route consti­tue la syn­thèse des consul­ta­tions ayant abou­ti à la com­po­si­tion du gou­ver­ne­ment que Yous­sef Cha­hed ap­pelle «gou­ver­ne­ment de guerre». Et cette guerre qui a pour cible la cor­rup­tion, le ter­ro­risme, les dis­pa­ri­tés ré­gio­nales et le chô­mage est la guerre de tout le monde, en pre­mier lieu ceux qui ont ac­cor­dé leur confiance à Yous­sef Cha­hed au Par­le­ment et ceux qui lui ont don­né leur ac­cord pour choi­sir les nou­veaux mi­nistres qui au­ront à conduire cette guerre et la ga­gner. L’Ugtt, que beau­coup d’ob­ser­va­teurs consi­dèrent comme «le par­ti n°1 ap­puyant Yous­sef Cha­hed» fi­gure bien à la tête des forces qui vont par­ti­ci­per au gain de la guerre dé­cla­rée contre les quatre fléaux em­pê­chant en­core la Tu­ni­sie de dé­col­ler. Mal­heu­reu­se­ment, à lire la mo­tion gé­né­rale is­sue de sa com­mis­sion ad­mi­nis­tra­tive te­nue, ces der­niers jours, à Ham­ma­met, on a le sen­ti­ment que l’Ugtt se dé­marque ou se dé­robe dé­jà à ses en­ga­ge­ments pris lors des né­go­cia­tions de for­ma­tion du nou­veau gou­ver­ne­ment. Per­sonne, y com­pris par­mi les syn­di­ca­listes les plus en­dur­cis, ne pour­ra ad­mettre que l’Ugtt n’était pas in­for­mée des prin­ci­pales orien­ta­tions d’ave­nir an­non­cées par Yous­sef Cha­hed dans son dis­cours d’ob­ten­tion de la confiance des dé­pu­tés. Ain­si, dé­cla­rer son op­po­si­tion aux me­sures qui se­ront prises pour sau­ver les caisses de sé­cu­ri­té so­ciale, re­je­ter la dé­ci­sion de ra­me­ner la masse sa­la­riale à 12,5% du PIB d’ici 2020, me­na­cer de faire échouer la ren­trée sco­laire, alors que le nou­veau mi­nistre de l’Edu­ca­tion vient à peine de s’ins­tal­ler à Bab Bnat et puis mul­ti­plier les dé­cla­ra­tion­sul­ti­ma­tums se­lon les­quelles l’Ugtt est prête à re­ti­rer son sou­tien à n’im­porte quel mo­ment, ne consti­tuent pas, de l’avis de plu­sieurs ob­ser­va­teurs, la meilleure pla­te­forme pos­sible à of­frir au gou­ver­ne­ment Yous­sef Cha­hed pour qu’il en­tame, en­fin, dans un en­vi­ron­ne­ment en­cou­ra­geant, les grandes ré­formes que tous at­tendent.

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