A prendre ou à lais­ser

La Presse (Tunisia) - - ACTUALITÉS - Par Ab­del­ha­mid GmA­ti A.G.

IL faut croire que la « nais­sance » de la dé­mo­cra­tie se fait dans «la dou­leur» dans notre pays. Elle se trouve émaillée de si­tua­tions, d’évé­ne­ments, de dé­cla­ra­tions aus­si ri­di­cules que re­gret­tables. Tel ce spec­tacle of­fert gra­tui­te­ment par cer­tains dé­pu­tés et qui est à rire et à pleu­rer. La séance plé­nière de l’ARP de mer­cre­di der­nier, et dont notre jour­nal a ren­du compte dans son édi­tion de jeu­di, n’était, cer­tai­ne­ment pas, à l’hon­neur de nos dé­pu­tés de l’op­po­si­tion : vo­ci­fé­ra­tions, in­sultes, ac­cu­sa­tions, échanges de pro­pos per­son­nels mal­veillants, vio­lence ver­bale. Au point que le dé­pu­té du mou­ve­ment En­nahd­ha, Nou­red­dine Bhi­ri a dé­non­cé « le viol de la sa­cra­li­té de l’hé­mi­cycle de l’ARP ain­si que les graves at­teintes por­tées à la dé­mo­cra­tie. Si les dé­pu­tés de l’op­po­si­tion étaient ar­més, ils nous au­raient li­qui­dés ». Que des dé­pu­tés s’op­posent à un pro­jet de loi est dans l’ordre des choses dé­mo­cra­tiques mais qu’ils s’ef­forcent d’em­pê­cher la séance consa­crée au vote de la loi de ré­con­ci­lia­tion ad­mi­nis­tra­tive et les autres de s’ex­pri­mer, est pro­pre­ment in­ad­mis­sible et dé­note une « drôle » de concep­tion de la dé­mo­cra­tie. Ils au­raient dû sa­voir que la dé­mo­cra­tie, c’est aus­si le fait d’ac­cep­ter qu’une ma­jo­ri­té par­le­men­taire gou­verne. La loi se­ra quand même vo­tée avec 117 voix pour, 3 contre et 1 abs­ten­tion, sus­ci­tant, sans sur­prise, une vive in­di­gna­tion dans les rangs de l’op­po­si­tion. Pour­tant, les huit ar­ticles du pro­jet ont été adop­tés un par un avant le vote du pro­jet de loi dans son in­té­gra­li­té et les op­po­sants ont eu lar­ge­ment le temps d’ex­po­ser leur re­fus. A no­ter que 5 dé­pu­tés du mou­ve­ment En­nahd­ha ont vo­té contre et que, par­mi les 15 dé­pu­tés ayant re­fu­sé de prendre part au vote, 6 sont du Cou­rant po­pu­laire qui ont été les plus vin­di­ca­tifs (Sa­mia Ab­bou, Imed Dai­mi) et ont qua­li­fié le vote de « tra­hi­son » et ceux qui ont vo­té de «ven­dus». Est-ce la loi de ce­lui qui crie le plus fort, qui se montre le plus agres­sif, qui doit pri­mer ? Ce­la re­lève du « ter­ro­risme in­tel­lec­tuel ». On en ri­rait si ce­la ne se pas­sait pas dans une ins­ti­tu­tion aus­si ho­no­rable.

Et il y a d’autres « choses » qu’on ai­me­rait bien lais­ser. D’après le mi­nis­tère de la Jus­tice, on a en­re­gis­tré 14.892 cas de di­vorce du­rant l’an­née ju­di­ciaire 20142015 en Tu­ni­sie, soit plus de 1248 cas chaque mois et donc 41 cas par jour. Le plus grand nombre de di­vorces se fait à la de­mande de l’un des conjoints. Suivent les di­vorces à l’amiable. Et le nombre de plaintes dé­po­sées par les ma­ris est presque le double de ce­lui dé­po­sées par les épouses (9165 contre 5818). Ce­la classe la Tu­ni­sie au pre­mier rang des pays arabes en ma­tière de di­vorce et en qua­trième po­si­tion à l’échelle mon­diale. Et une étude de l’Of­fice na­tio­nal de la fa­mille et de la po­pu­la­tion (Onfp) montre que 17.000 cas d’avor­te­ment sont en­re­gis­trés chaque an­née en Tu­ni­sie. Ce­la pour les avor­te­ments dé­cla­rés, qui ont eu lieu dans les éta­blis­se­ments de san­té re­con­nus. Le chiffre se­rait re­vu à la hausse si on compte les cas qui ne font pas re­cours aux mé­de­cins. Et la ma­jo­ri­té écra­sante des avor­te­ments a lieu chez les femmes ma­riées (80%). Les femmes cé­li­ba­taires re­pré­sentent, quant à elles, 20% des cas. Con­cer­nant les plus im­por­tantes causes d’avor­te­ment, on cite le viol, la gros­sesse hors ma­riage et la gros­sesse non-dé­si­rée ou non pro­gram­mée.

De la même ma­nière, on se trouve « ou­trés » d’ap­prendre ce que ré­vèle, ven­dre­di 9 sep­tembre, le mi­nistre des Af­faires so­ciales, Mo­ha­med Tra­bel­si, qui af­firme que 18,8% des Tu­ni­siens sont des illet­trés, soit un peu moins de 2 mil­lions de per­sonnes qui ne savent ni lire et ni écrire conve­na­ble­ment. Et comme le mi­nistre, on trouve ce­la « hon­teux » sur­tout dans un pays qui a pri­vi­lé­gié l’édu­ca­tion dès son In­dé­pen­dance. Un sys­tème édu­ca­tif qui fait que, ven­dre­di der­nier, quelque 2 mil­lions 88 mille élèves ré­par­tis sur un en­semble de 6093 éta­blis­se­ments ont ef­fec­tué la ren­trée sco­laire. Une ren­trée dont le coût moyen dé­passe le sa­laire mi­ni­mum in­ter­pro­fes­sion­nel ga­ran­ti (SMIG) qui s’élève à 357 di­nars. C’est ce que nous ap­prend une étude réa­li­sée par l’Or­ga­ni­sa­tion de Dé­fense du Consom­ma­teur (ODC) sur les coûts de la ren­trée sco­laire 2017 pour les mé­nages tu­ni­siens. Il en res­sort que le coût moyen de la ren­trée pour la fa­mille tu­ni­sienne ayant des en­fants ins­crits dans les écoles pri­maires pu­bliques s’élève à 350 di­nars.

L’am­bas­sa­deur de France en Tu­ni­sie, Oli­vier Poivre d’Ar­vor, a ef­fec­tué une visite, mar­di der­nier, dans le gou­ver­no­rat de Kas­se­rine. Ob­jec­tif : pros­pec­ter les moyens de pro­mou­voir la co­opé­ra­tion entre les villes tu­ni­siennes et fran­çaises dans di­vers do­maines no­tam­ment agri­cole, in­dus­triel, tou­ris­tique, cultu­rel et de l’en­sei­gne­ment. Il s’est in­té­res­sé, comme lors de ses vi­sites dans d’autres gou­ver­no­rats, aux pro­duits tu­ni­siens. Et il rap­porte : « Lors de ma visite à Kas­se­rine, Mo­nia Mham­di, res­pon­sable as­so­cia­tive, est ve­nue les mains pleines. Avec une idée: faire connaître en de­hors des fron­tières ces dé­li­cieuses pe­tites gâ­te­ries que sont les bou­lettes du Rfiss Toun­si ! Un ex­quis mé­lange de se­moule, de dattes et d’huile d’olive ».

Cer­tains de chez nous de­vraient en prendre de la graine, pro­mou­voir les pro­duits du pays au lieu de se cha­mailler.

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