Wa­shing­ton fer­me­ment op­po­sé au ré­fé­ren­dum d’au­to­dé­ter­mi­na­tion

Une consul­ta­tion «pro­vo­ca­trice» et «dé­sta­bi­li­sa­trice»... Le Par­le­ment kurde ira­kien a ap­prou­vé ven­dre­di soir le ren­dez-vous élec­to­ral du 25 sep­tembre pro­chain

La Presse (Tunisia) - - INTERNATIONAL -

AFP — La Mai­son- Blanche a ré­cla­mé ven­dre­di l’aban­don du ré­fé­ren­dum an­non­cé sur l’in­dé­pen­dance du Kur­dis­tan ira­kien, peu après un vote du Par­le­ment ré­gio­nal en fa­veur de cette consul­ta­tion qui in­quiète les pays voi­sins tels que la Tur­quie et l’Iran. Ju­geant que cette consul­ta­tion, pré­vue le 25 sep­tembre, se­rait «pro­vo­ca­trice» et «dé­sta­bi­li­sa­trice», Wa­shing­ton ré­af­firme sa convic­tion qu’elle se­rait une en­trave à la lutte contre le groupe Etat is­la­mique (EI) et à la sta­bi­li­sa­tion des zones li­bé­rées. «Nous ap­pe­lons le gou­ver­ne­ment ré­gio­nal kurde à aban­don­ner le ré­fé­ren­dum et à en­ta­mer un dia­logue sé­rieux avec Bag­dad dans le­quel les Etats-Unis ont tou­jours été prêts à jouer un rôle de fa­ci­li­ta­teur», a in­di­qué l’exé­cu­tif amé­ri­cain dans un com­mu­ni­qué au ton ferme. Le Par­le­ment kurde ira­kien, ba­sé à Er­bil, a ap­prou­vé ven­dre­di soir, d’un vote à main le­vée, le ren­dez-vous élec­to­ral an­non­cé par le pré­sident Mas­soud Bar­za­ni en juin et pour le­quel la cam­pagne bat son plein de­puis des jours. Le vote s’est te­nu en l’ab­sence de l’op­po­si­tion qui a re­fu­sé cette séance ex­cep­tion­nelle convo- quée alors que le Par­le­ment kurde ne siège plus de­puis deux ans en rai­son de dif­fé­rends entre par­tis po­li­tiques. Sur 68 dé­pu­tés pré­sents, 65 ont vo­té en fa­veur du ré­fé­ren­dum dans une as­sem­blée clair­se­mée. A l’is­sue du vote, au mi­lieu de sièges vides, ils se sont le­vés et ont bran­di des dra­peaux kurdes et en­ton­né l’hymne du Kur­dis­tan ira­kien. Le ré­fé­ren­dum, qui concerne quelque 5,5 mil­lions de Kurdes ira­kiens, in­quiète les pays voi­sins, comme la Tur­quie ou l’Iran, qui re­doutent que le ré­fé­ren­dum en­cou­rage les vel­léi­tés sé­pa­ra­tistes de leurs mi­no­ri­tés kurdes. Le pré­sident turc Re­cep Tayyip Er­do­gan a ju­gé que ce se­rait une « très mau­vaise chose » , sou­li­gnant que le Con­seil de sé­cu­ri­té turc se réuni­ra le 22 sep­tembre pour adop­ter une po­si­tion of­fi­cielle. Les Etats- Unis et leurs al­liés ont pré­sen­té jeu­di soir à M. Bar­za­ni un «pro­jet» pro­po­sant des «al­ter­na­tives» au ré­fé­ren­dum, se­lon l’émis­saire amé­ri­cain au­près de la coa­li­tion an­ti­ji­ha­diste en Irak, Brett McGurk. Le pré­sident kurde s’est en­ga­gé à ré­pondre «ra­pi­de­ment». Se­lon Mi­chael Knights, du Wa­shing­ton Ins­ti­tute for Near East Po­li­cy, les Kurdes ira­kiens, qui sont « de­puis le dé­part ex­trê­me­ment dé­ter­mi­nés» sur la te­nue de cette consul­ta­tion, se­ront peu en­clins à ac­cep­ter un ac­cord « à moins qu’il ne contienne des ga­ran­ties in­ter­na­tio­nales très claires » , avec en par­ti­cu­lier un ca­len­drier vers l’in­dé­pen­dance si les dis­cus­sions avec Bag­dad échouent.

«Pro­té­ger l’uni­té de l’Irak»

Ce vote vou­lu par M. Bar­za­ni in­ter­vient par ailleurs alors que son man­dat a ex­pi­ré en 2015. Il s’est ce­pen­dant main­te­nu au pou­voir, en ar­guant que l’Irak et le Kur­dis­tan étaient en­ga­gés dans une cam­pagne pour re­pous­ser les ji­ha­distes et que les condi­tions ne per­met­taient pas de te­nir des élec­tions. Cette réu­nion de l’As­sem­blée du Kur­dis­tan ira­kien se tient après que le Par­le­ment fé­dé­ral a vo­té à deux re­prises cette se­maine des me­sures contre le ré­fé­ren­dum d’in­dé­pen­dance. A chaque fois, les dé­pu­tés kurdes ont quit­té la salle en signe de pro­tes­ta­tion. Mar­di, le Par­le­ment fé­dé­ral a vo­té contre la te­nue de cette consul­ta­tion pour « pro­té­ger l’uni­té de l’Irak» , et jeu­di, il a li­mo­gé le gou­ver­neur de la pro­vince dis­pu­tée de Kir­kouk qui avait dé­ci­dé, contre l’avis de Bag­dad dont il dé­pend, d’or­ga­ni­ser le ré­fé­ren­dum dans sa ré­gion. Le Kur­dis­tan bé­né­fi­cie de­puis 1991 d’une au­to­no­mie qui s’est élar­gie au fil des ans. En an­non­çant en juin avoir fixé la date du ré­fé­ren­dum, M. Bar­za­ni a en­voyé le si­gnal clair, es­timent les ex­perts, que l’Irak en­trait dans une nou­velle phase. Après plus de trois an­nées de com­bat pour chas­ser les ji­ha­distes qui ont un temps te­nu près d’un tiers de l’Irak, le pays re­vient aux pro­blé­ma­tiques confes­sion­nelles et eth­niques d’avant l’EI. Les craintes s’ac­croissent sur de pos­sibles vio­lences im­pli­quant no­tam­ment les pesh­mer­gas (com­bat­tants kurdes) et la my­riade d’uni­tés pa­ra­mi­li­taires dis­sé­mi­nées à tra­vers le pays qui pour­raient se dis­pu­ter les zones re­prises aux ji­ha­distes. L’in­fluent com­man­dant chiite Ha­di Al-Ame­ri, chef de l’or­ga­ni­sa­tion Ba­dr, puis­sant groupe pa­ra­mi­li­taire ira­kien sou­te­nu par Té­hé­ran, a mul­ti­plié ces der­niers temps les mises en garde contre «la guerre ci­vile».

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